Au moment où « des signes perceptibles » d’une reprise se profilent à l’horizon depuis mi-août, professionnels et autorités sanitaires tirent la sonnette d’alarme sur ses dangers.

L’on en est pas encore à une 2e vague de contaminations au coronavirus au Cameroun mais le sujet est déjà présent dans les esprits. D’ailleurs, sur son compte Twitter le 15 août dernier, Manaouda Malachie, le ministre de la Santé publique (Minsanté) a agité le spectre d’«un risque de seconde vague si nous relâchons nos efforts », exprimant ainsi sa crainte. Il n’en fallait donc pas plus malgré la baisse de la contamination notifiée depuis quelques semaines, pour mettre une frange de l’opinion nationale en alerte.

Ce d’autant plus que « des signes perceptibles » d’une reprise se profilent d’ores et déjà à l’horizon depuis mi-août. Ceci, au regard du relâchement général observé dans le respect des mesures barrières et du port obligatoire du masque dans les lieux publics, de la réouverture partielle des frontières alors que des foyers de contaminations sont enregistrés dans des pays Européens tels que le France.

« Nous étions sur une pente décroissante où la pression a commencé à se relâcher au niveau des hôpitaux et où le test de positivité était relativement faible. Si la courbe remonte, ce serait évidement le déclenchement d’une seconde vague », prévient le Dr Roger Etoa, médecin de santé public. Une recontamination à craindre, d’après de nombreux avis d’experts. Ceci, pour diverses raisons. D’abord, « Parce que le virus n’a pas disparu ; il est parmi nous même si les indicateurs militent pour la baisse de l’épidémie. Mais le virus est encore en circulation », précise Roland Awono, épidémiologiste.

Bien plus. « L’immunité collective n’est pas suffisante ; son efficacité n’a pas été prouvé à 100%. Tout le monde ne peut pas être immuniser. L’autre raison c’est la saisonnalité. Tous les syndromes grippaux sont saisonniers et la Covid-19 est un syndrome grippal dû à un type de corona qu’on appelle le coronavirus. On doit rester vigilant », poursuit ce dernier.

Dangers d’une recontamination

L’hypothèse d’une recontamination ne séduit guerre, selon les professionnels de la santé consultés. Car, elle va inéluctablement s’accompagner d’une contamination massive avec un nombre beaucoup plus important de cas, ceux graves y compris, une aggravation des symptômes et un nombre plus important de morts. Si le Cameroun a acquis une certaine expérience au cours de la « 1ere vague », avec sur le plan sanitaire des équipes un peu plus aguerris, les équipements de plus en plus installés, les procédures rodées, il n’en demeure pas moins que le pays reste fragile.

« Si cette 2e vague survenait, elle devrait nous coûter chère », confirme un médecin spécialiste de santé publique. En effet, « l’un des grands dangers est économique parce que la gestion d’une telle crise consomme énormément de ressources financières, humaines et matérielles », explique le Dr Roger Etoa. Plus grave, « Il y a d’autres pathologies qui peuvent malheureusement être oubliées », poursuit ce dernier.

Risques épidémiologiques

En effet, « On fait face aujourd’hui à un autre risque épidémiologique, avec des maladies comme le choléra et la rougeole qui sont endémiques au Cameroun », renchérit le Pr Yap Boum, épidémiologiste. A en croire celui qui est par ailleurs directeur d’Epicentre Afrique MSF ce risque épidémiologique « est d’autant plus grand que les ressources humaines et les ressources matérielles du système de santé national ont été dirigées principalement vers la Covid-19, alors que celle-ci ne chasse pas les autres épidémies ».

Et dans la mesure où ça fait sept mois que l’économie mondiale tourne au ralenti, « Ce serait extrêmement dommageable s’il y avait une 2e vague qui va complètement anéantir les quelques petits tissus économiques qui résistent encore à cette violente crise économique qui aura des conséquences en termes de perte d’emploi, d’aggravation de la pauvreté, de l’installation de la famine. Et évidemment qui est un déterminant de la santé. Donc c’est un cercle qui va aggraver encore l’état de la santé mondiale », explique le médecin de santé publique.

A ceci, s’ajoute la crainte des pathologies post-Covid-19. D’ores et déjà, un tableau inquiétant de patients atteints de lésions pulmonaires, rénales ou cardiaques se dessine. Les scientifiques ayant menés des études en France et en Ecosse voient apparaître une nouvelle affection pulmonaire, à savoir une maladie pulmonaire post-Covid-19 à la suite de l’infection au coronavirus. Des complications cardiovasculaires, rénales et neurologiques se listent en outre parmi les séquelles de l’infection au nouveau coronavirus.

Prescriptions

Manaouda Malachie a été le premier à délivrer une ordonnance médicale pour prévenir cette éventuelle 2e vague. «Il est plus que jamais nécessaire de renforcer le respect des mesures de barrière et le port du masque facial», a prescrit le Minsanté. A sa suite, diverses ordonnances ont été établies. « Le gouvernement et les autorités sanitaires doivent inciter la population à la prudence. Ce sont les efforts que nous avons fait qui ont freiné la contamination. Donc, nous devons être prudents », plaide un médecin de santé publique au Minsanté.

Mais aussi et surtout, « Il faut miser sur la réactivité des Districts de santé, les renforcer ; qu’on apprenne de nos erreurs et qu’on produise localement ce qui peut l’être », indique ce dernier. Pour le Pr Yap Boum, « Nous devons maintenant rentrer dans une phase d’intégration de la réponse, pour pouvoir assurer la continuité des services de santé pour les patients et les communautés affectées par ces autres maladies ».

Pour l’heure, au 20 août 2020, les statistiques officiels du virus mortel au Cameroun faisaient état de 18 662 cas confirmés, 408 décès et 1189 cas actifs. « Renforçons le respect des mesures barrières », a martelé le Minsanté hier, sur son compte Twitter.

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