Cameroun : plus de 2 000 cas de consommation de drogues recensés en 2024, une crise en pleine expansion

La consommation de drogues continue de progresser au Cameroun, avec plus de 2 000 cas enregistrés en 2024 dans les centres spécialisés en addictologie. C’est plus du double des chiffres de 2023, alerte le Dr Marileine Kemme Kemme, médecin-addictologue et chef du Centre « La Vie » de l’Hôpital central de Yaoundé.

« En l’espace d’un an, nous avons observé une augmentation de plus de 1 000 cas. Le phénomène prend de l’ampleur, avec des conséquences dévastatrices sur la santé mentale, physique, mais aussi sur le plan social, familial, professionnel et académique », prévient la spécialiste.

Cannabis, tramadol, drogues locales

Le cannabis reste la substance la plus consommée, représentant 48 % des cas. Il est suivi du tabac, du tramadol, de l’alcool, de la cocaïne et de l’héroïne. Les centres notent aussi une montée des drogues de synthèse et de nouvelles substances psychoactives locales non encore totalement identifiées.

Selon le Dr Kemme Kemme, plusieurs facteurs alimentent cette flambée : instabilité familiale, précarité socio-économique, pression des pairs, chômage des jeunes, mais aussi accessibilité accrue des drogues du fait de frontières poreuses et d’un marché parallèle en pleine mutation. « La détresse psychologique chez les jeunes est également un terreau fertile pour l’addiction », souligne-t-elle.

Une réponse à tâtons

Face à l’ampleur du phénomène, le gouvernement camerounais, à travers le Comité national de lutte contre la drogue, mise sur une stratégie axée sur la prévention, la réduction des risques et la prise en charge spécialisée. À ce jour, 19 centres d’accompagnement sont opérationnels dans les principales villes du pays. Une offre en deçà des besoins.

En 2024, le Cameroun a également adopté son tout premier Plan stratégique national de lutte contre la drogue (2024-2030). Il vise à réduire significativement l’offre et la demande, mais aussi à atténuer les effets sanitaires et sociaux de la consommation. Ce plan prévoit notamment la création de nouveaux centres, la formation de personnels spécialisés et le développement de campagnes ciblées dans les milieux scolaires, universitaires et professionnels.

Urgence sanitaire et sociale

Malgré ces efforts, le fossé reste large entre l’ampleur du phénomène et les moyens mobilisés. L’augmentation rapide des cas, la diversification des substances consommées et la vulnérabilité des jeunes posent la question de la capacité du système national à absorber ce choc sanitaire et social. À terme, c’est toute une génération qui risque d’être compromise si les réponses ne deviennent pas aussi systémiques qu’intensives. La lutte contre les drogues ne peut plus être cantonnée aux centres de soin : elle doit s’inscrire au cœur des politiques éducatives, de santé publique et de sécurité.

Journaliste diplômée de l'École supérieure des sciences et techniques de l'information et de communication (Esstic) au Cameroun. Passionnée et spécialisée des questions de santé publique et épidémiologie. Ambassadrice de la lutte contre le paludisme au Cameroun, pour le compte des médias. Etudiante en master professionnel, sur la Communication en Santé et environnement. Membre de plusieurs associations de Santé et Politique, dont la Fédération mondiale des journalistes scientifiques (WFSJ) et le Club des journalistes politiques du Cameroun (Club Po). Très active sur mes comptes Tweeter et Facebook.
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