Douala. Les sages-femmes de nouveau en grève

« Nous sommes au quartier depuis trois ans »

Elles feront un sit-in demain ce jeudi 30 janvier, devant la délégation régionale du ministère de la Santé de cette ville.

Les étudiants sages-femmes de Douala sont en colère. Ils le feront savoir ce jeudi 30 janvier 2020 à la délégation régionale de la Santé publique pour le littoral. En fait, ils réclament leurs attestations, diplômes ou relevés de notes justifiant leur formation. Leur courroux est d’autant plus exaspéré que cela fait trois ans que ces étudiants ont terminé leur formation.  Seulement, depuis 2017, elles n’ont reçu aucun document attestant leur fin de formation.

« Nous sommes au quartier à attendre depuis 3 ans. Quand bien même on va à l’école pour s’enquérir de la situation, on nous informe que c’est le ministère de la Santé. Et quand on va au ministère, eux aussi nous parlent de l’université de Buea », fulmine une sage-femme. Cette nouvelle journée de grève intervient trois semaines après une première mobilisation. En effet, le 14 janvier 2020, ces étudiants sages-femmes manifestaient devant l’école où ils ont été formés.

Ras-le-bol

« Ayez pitié de nous ! » ; « Sans diplôme ! » ; « Chômage +++ ! » ; « Galère exagérée ! » ; « Trois ans déjà sans attestations », sont entre autres messages que l’on peut lire sur les pancartes que brandissaient les grévistes. « En principe, les sages-femmes du Cameroun sont formés par l’État. Selon l’arrêté du président de la République signé en 2014, les étudiants formés dans cette école devraient intégrer directement la fonction publique. Mais là n’est pas la question », expliquait ce jour, un gréviste sous le sceau de l’anonymat.

Les sages-femmes disent avoir usé de tous leurs moyens pour récupérer leur diplôme.  Elles ont même engagé des réunions avec certains cadres des services du ministère de la Santé. Notamment avec André Mama Fouda (ancien ministre de la Santé) et Manaouda Malachie, l’actuel Minsanté. En vain. « Nous avons écrit au ministère de la Santé, ils nous ont convoqué pour une réunion de concertation. Au terme de celle-ci, on croyait le problème résolu. Mais jusqu’ici rien », relate une source.

50 000 Fcfa pour une attestation

Ladite réunion s’est tenue en avril 2018. Y prenaient part, le directeur des Ressources humaines du Minsanté, le représentant personnel du Premier ministre [Philémon Yang Ndlr], et celui de l’université de Buea. Au terme de cette assise, l’université susmentionnée avait été sommée de produire les diplômes dans un délai de 2 semaines, avec les fonds que devait lui reverser le ministère de la Santé. Mais jusqu’ici, rien n’a été fait. « On croyait qu’après les élections de 2018, tout rentrera dans l’ordre. Malgré cela, nous nous sommes rendus compte que cela ne préoccupait personne », fulmine un étudiant gréviste.

D’après des informations glanées à bonnes sources, en octobre 2019, l’université de Buea, sur les 10 écoles de Sages-femmes que compte le Cameroun et dont trois promotions sont en attente de diplômes (2014, 2015 et 2016 : Ndlr), a délivré près de 50 attestations. Cependant, elle exige un paiement de 50 000 Fcfa aux promotions de 2019 pour qu’elles rentrent à en possession de leurs attestions.

Sit-in désespéré

« Nous avons décidé d’abandonner les procédures administratives qui prennent assez de temps et n’aboutissent à rien. Nous allons faire ce sit-in jusqu’à ce qu’on se fasse entendre », indiquent-ils. Au Cameroun, 62% de sages-femmes exercent comme volontaires dans les différentes structures de santé.

« Les sages-femmes et le personnel infirmier sont la colonne vertébrale de tous les systèmes de santé : en 2020, nous appelons tous les pays investir dans les effectifs de sages-femmes et d’infirmiers dans le cadre de leur engagement en faveur de la santé pour tous », a pourtant recommandé le Dr Tedros Adhanom Ghebreyesus, directeur général de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS).

Olive Atangana

Journaliste diplômée de l'École supérieure des sciences et techniques de l'information et de communication (Esstic) au Cameroun. Passionnée et spécialisée des questions de santé publique et épidémiologie. Ambassadrice de la lutte contre le paludisme au Cameroun, pour le compte des médias. Etudiante en master professionnel, sur la Communication en Santé et environnement. Membre de plusieurs associations de Santé et Politique, dont la Fédération mondiale des journalistes scientifiques (WFSJ) et le Club des journalistes politiques du Cameroun (Club Po). Très active sur mes comptes Tweeter et Facebook.

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