La direction de cette formation sanitaire publique innove, pour apporter des soins de qualité aux patients, améliorer les conditions de travail du personnel et la couverture sanitaire de la région, malgré un plateau technique peu adéquat. 

« Notre hôpital vient de loin ». La confidence est d’un personnel en service à l’hôpital régional de Bertoua (HRB), région de l’Est. C’est que, cette formation sanitaire (Fosa) publique n’avait pas bonne presse auprès de ses usagers. Au moment où le Dr Huguette Nguele Meke prend les rênes de cet hôpital en 2013, l’idée répandue est que cette structure sanitaire est insalubre, l’accueil du personnel mauvais, une prise en charge des patients lente. Le personnel lui, croule sous le poids des accusations. On lui reprochait par exemple d’être inhumain, peu accueillant, corrompu ; responsables de nombreuses erreurs médicales graves et une attitude professionnelle déplorable.

Le divorce entre patients et personnels de santé semblait donc consommé.  Mais ce n’est pas tout. La directrice devait aussi faire face à « une crise de confiance traduite par une faible fréquentation». Une situation qui résultait après analyse, «d’un personnel en nombre diminué, démotivé (les quotes-parts s’élevaient au plus à 7 000 FCFA : Ndlr), corrompu, adepte du rançonnement et du détournement des malades, passé maître dans la vente parallèle des médicaments». Il fallait donc réinstaurer la confiance avec la mise à la disposition du public d’abord, d’un numéro vert pour les dénonciations et procéder à des mesures d’urgences pour redonner fière allure à cette structure du soleil levant et relever la couverture sanitaire de cet hôpital.

Efforts de restructuration

Il y a quelques années, l’HRB recevait moins de 30 patients par jour. Mais depuis la mise sur pied des réformes, cette Fosa atteint la barre de 70 consultations. Soit 2000 par mois. « Nous devons d’abord reconnaître que l’Etat nous a soulagé en affectant ici des médecins et des spécialistes qui rehaussent notre estime auprès des populations », précise le Dr Nguele Meke. Quoi qu’il en soit, ces résultats obtenus au bout des actions entreprises depuis 2013 et toujours en cours, pour améliorer la qualité de la prise en charge et des conditions de travail au sein de la structure.

Ce sont entre autres, la prise en charge systématique des cas d’urgence vitale, sans condition de paiement préalable, la création d’un service de brancardage, d’un poste d’accueil et d’orientation des usagers, le recrutement de certains personnels sur fonds propres, le renforcement du service d’hygiène, le paiement régulier des primes et motivations du personnel par des commissions indépendantes et rotatives et la récente réhabilitation de la peinture sur les bâtiments de l’hôpital.

HRB (2)

En effet, c’est une formation sanitaire publique qui donne à voir des bâtiments étincelants de couleurs chatoyantes et des locaux d’une propreté frappante. La couleur verte qu’elle arbore fièrement depuis peu, reflète le sens positif, la stabilité retrouvée et surtout, le souci permanent de celle que son entourage présente comme une passionnée du travail, de réconcilier la formation sanitaire qu’elle dirige avec la population.

Le patient qui arrive est d’abord ébloui par la beauté de ses murs et la propreté ambiante. Dès l’entrée, trois agents installés dans un box vitré au poste d’accueil et de l’orientation guident le patient vers l’une des caisses à quelques mètres du box d’accueil. Après s’être acquitté de ses frais de sessions, le malade peut alors commencer sa marche vers sa prise en charge. Seulement, sa « 1ere limite à l’amélioration de la qualité des soins c’est l’insuffisance du personnel et la vétusté du plateau technique », regrette un personnel en service au sein de cette Fosa.

Plateau technique sous perfusion

Cet hôpital connaît malheureusement un déficit en équipements et matériels. Son plateau technique affiche un matériel de mammographie absent, tout comme le numériseur et la table d’anesthésie.  Le bloc opératoire lui, est vieillissant, le scanner défectueux (il n’a fonctionné que pendant 11 mois), avec une imprimante en panne de surcroit. La directrice de cet hôpital a néanmoins essayé de la dépanner, l’entreprise General Electric en charge de la maintenance étant porté disparue depuis lors.

« Seulement, nous n’avons pas pu remettre à jour le numériseur. On ne peut donc pas imprimer les images. Le radiologue ne peut que les lire sur son moniteur et les interpréter», regrette un personnel du service de radiologie. Actuellement donc, « le médecin va sur le moniteur regarder. Parfois, il utilise son téléphone pour éviter que le patient qui va de Yokodouma fasse le déplacement de Yaoundé pour faire ne scanner », explique un administrateur de santé publique en service au sein de cette Fosa publique.

Le chapelet de ces plaintes n’en fini pars d’être égrené, à cause de l’eau courante qui répond aux abonnés absents, de l’énergie électrice capricieuse, de la gestion problématique des déchets hospitaliers. La morgue n’affiche pas non plus un visage rayonnant. Sur les huit caissons, vieux de 25 ans et dépassés par le boom démographique de la ville, seuls cinq sont opérationnels. Pourtant, depuis 2014, le bâtiment de la nouvelle morgue a été livré mais sans matériel de conservation. Fort heureusement, pour pallier le manque d’eau courante, la direction de l’hôpital a fait creuser un forage qui est le seul point de ravitaillement de la structure et acquis un groupe électrogène de relais dont la maintenance est régulièrement assurée.

Personnels aux urgences

Le patient en quête de soins à l’HRB bute à une ressource humaine diminué. D’après les chiffres en notre possession, cette structure qui fait face à un flux de patients provenant des quatre départements de la région et de pays voisins ne dispose que de six médecins généralistes et 14 spécialistes (3 chirurgiens, 3 dentistes, 2 ophtalmologues, 2 ORL,1 cardiologue, 1 rhumatologue, 1 néphrologue, 1 pédiatre (recruté sur fonds générés par le programme de financement basé sur les performances (PBF) de la Banque mondiale) et 1 gynécologue-obstétricien par ailleurs directrice de l’hôpital.

A cet effectif s’ajoutent depuis le mois de mai 2018, quelques fonctionnaires du corps, une trentaine de personnels infirmiers en cours d’intégration. Les services les mieux lotis ont quatre infirmiers au maximum, pour répondre en même temps aux urgences, permanences et gardes. La norme OMS qui prescrit trois infirmiers pour dix lits est alors mise à rude épreuve ici. Pour le service de médecine par exemple, ce sont trois infirmiers qui assurent les soins pour 40 lits.

La petite lueur d’espoir vient du centre d’hémodialyse. Celui-ci n’a fort heureusement pas encore subi de rupture d’intrants contrairement à ceux des grandes villes « Nous recevons même souvent les patients de Yaoundé et Douala pour les dialyses », se réjoui une source médicale.

Rigueur professionnelle

 Malgré ce sombre tableau et des conditions de travail difficiles pour le personnel, «Nous ne transigeons pas avec les comportements qui mettent en cause la relation patient-hôpital », indique Yannick Lene, l’économe de l’HRB. D’ailleurs, « Quand il y a des actes avérés (de négligence médicale et mauvaise conduite professionnelle : Ndlr), il y a des sanctions. Il y a des conseils de discipline qu’on a tenus, au cours desquels on a sanctionné des collaborateurs qui ont soit vendu des médicaments, soit arnaqué des patients », poursuit ce dernier.

En plus, ce personnel est soumis à un code éthique qui laisse peu ou pas du tout de place à la tolérance. Mais seulement, « Nous le faisons à contre-cœur car en face, nous avons un personnel qui a déjà passé plusieurs mois en attente de son intégration à la fonction publique», souffle une source. Une trentaine selon les statistiques de mai 2018.

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