Manaouda Malachie: "Vous pouvez compter sur moi. Vous n'êtes pas seuls".

(L’urgentiste.com) — Plus de quatre mois. C’est le temps qu’a déjà passé dans les tiroirs du ministre de la Santé publique, le rapport d’enquête administrative instruite par ce dernier le 26 septembre 2021. Ladite enquête avait été commanditée par ses soins, « pour établir les responsabilités » après la mort suspecte, d’Hilaire Ayissi Mengue à l’hôpital Central de Yaoundé (HCY) le 19 septembre dernier. Conduite par le Dr Yves Mathieu Zoa Nanga, Inspecteur général des services médicaux et paramédicaux, la commission devait travailler dans un délai de deux semaines, à déterminer ce qui s’est réellement passé au sein de cet hôpital entre le 10 et 18 septembre 2021, et qui a conduit au décès du jeune homme de 22 ans après deux opérations chirurgicales.

À travers cette enquête dite « approfondie », le Dr Zoa Nanga avait des missions précises : savoir qui a fait quoi ; les causes réelles de cette mort. À l’issue de celle-ci, devait jaillir la lumière sur la prise en charge de ce patient. D’après l’Inspecteur général, ladite enquête a été bouclée vers la mi-octobre 2021 et remise au ministre, Manaouda Malachie. « Toutes les parties ont été entendues. Je ne peux pas vous en dire plus. Seul monsieur le ministre de la Santé publique, qui est le commanditaire de l’enquête, peut communiquer à ce sujet », a réagi le Dr Zoa Nanga, joint au téléphone.

Contacté, le chef de la Cellule de communication du Minsanté n’a pas donné suite à notre demande d’informations. Elle portait entre autres, sur les résultats de cette enquête, quand ils seront rendus publics et les responsabilités des personnes entendues. Nos différentes relances resteront vaines. Comme si, c’est la loi de l’omerta qui gouverne ce sujet au Minsanté. Pourtant, au cours de sa visite de réconfort le 29 septembre 2021, Manaouda Malachie avait fait une promesse à cette famille éplorée : « Nous allons investir pour que la vérité éclate. Vous pouvez compter sur moi. Vous n’êtes pas seuls, je suis avec vous ». Sauf que la famille doute désormais de la bonne foi du Minsanté. Aujourd’hui, certains membres y sont convaincus que les autorités manœuvrent pour étouffer cette vérité.

Des mutilations multiples sur le corps du jeune homme

Jeu trouble

On soupçonne d’ailleurs le Minsanté de vouloir protéger le personnel médical impliqué dans cette funeste affaire. Ce d’autant plus que d’après nos sources, c’est Manaouda Malachie qui après l’autopsie du 8 octobre, a saisi l’Ordre national des médecins du Cameroun (ONMC) autour du 15 octobre. L’autorité tutélaire de la santé au Cameroun sollicitait de l’Ordre qu’il convoque le Dr Jean Paul Um, médecin de travail et légiste commis par la famille. Il sera donc convoqué et auditionné le 29 octobre, par les membres du bureau de cet Ordre professionnel parmi lesquels, le Dr Gervais Atedjoe, secrétaire général. De lui, rien ne va filtrer sur la rencontre. À en croire des sources au sein de l’ONMC, le Dr Um a été interrogé sur son rapport d’autopsie qui incriminerait la prise en charge du jeune homme décédé, alors que les résultats ne sont pas encore connus.

Mais aussi et surtout, de n’avoir pas soutenu ses confrères dans cette affaire. Au Minsanté et à l’ONMC, certains soupçonnent le Dr Um d’avoir divulgué le document devenu viral. Une accusation « infondée » dans l’entourage du médecin. « Il a rendu le rapport à la famille et c’est la famille qui a publié le document », informe un proche de la famille.  En tout cas, confie un haut responsable de l’Ordre des médecins, « l’avoir convoqué ne veut pas dire que c’était pour l’incriminer ou le sanctionner. Au contraire ». Mais, pour les parents d’Hilaire, peu importe les assurances de l’Ordre national des médecins. « Le seul fait que le ministre saisisse l’Ordre est en soi un problème », argue l’un d’eux.

En fait, le rapport du Dr Um remis à la famille et à leur conseil juridique a conclu qu’Hilaire qu’Ayissi Mengue était certes décédé des suites d’une infection généralisée comme l’a aussi soutenu le Pr Joseph Fouda, directeur de l’Hôpital central le 24 septembre 2021. Toutefois, « Cette conclusion soulève des questions relatives au suivi médical, eu égard à l’histoire de la maladie (…) De l’autopsie nous déduisons que ce n’est pas ce coup de poignard qui a perforé le colon. Le colon a donc été perforé par un second objet contondant, probablement lors de la première intervention (celle du 14 septembre) », écrit le Dr Um dans son rapport.

Impasse sur les obsèques

En tout cas, à ce jour, bien malin qui peut dire avec certitude quand est-ce que les rapports d’autopsie et d’enquête administrative seront publiés et que cette affaire dont l’information judiciaire a été ouverte le 20 janvier 2022 au TGI du Mfoundi va dérouler son générique de fin. Les regards sont désormais tournés vers les autorités sanitaires, judiciaires et policières pour la manifestation de la vérité. Entre-temps, la vie semble avoir repris son cours normal au ministère de la Santé publique et à l’HCY. Mais la famille d’Hilaire Ayissi n’arrive pas à faire son deuil.

La tombe dans laquelle il devait reposer le 25 septembre dernier (jour de son inhumation) à Ekala-Minkoul sur la route de Sa’a, département de la Lekie, attend toujours de l’y accueillir. Mengue Ndongo Sotherie la mère, elle, traine depuis lors une douleur et une tristesse indescriptibles.  Elle n’a toujours pas repris son activité de revendeuse au marché d’Etoudi. Tenue par l’obligation de réserve depuis l’ouverture de l’information judiciaire, la famille d’Hilaire Ayissi s’est fermée à la presse. Mais, nos sources informent que Mengue Sothérie et sa sœur ont été auditionnées le 26 janvier dernier au TGI du Mfoundi où l’affaire est en cours.

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Encadré

Dossier médical : l’énigme

L’autre curiosité de cette affaire est le dossier médical du patient Hilaire Ayissi Mengue. À ce jour, sa famille ainsi que leur avocat, n’ont toujours pas eu accès à cette pièce maîtresse qui décrit le suivi du patient. C’est dans ce document que sont consignés tous les actes médicaux posés par le personnel sur le patient. Ceci, malgré les différentes démarches effectuées auprès de l’hôpital central, de l’ONMC et du Tribunal de Grande Instance (TGI) du Mfoundi (Yaoundé). Élément de preuve essentiel en cas de contentieux, il permet de déterminer la responsabilité du professionnel ou de l’établissement de santé. C’est un outil qui aide le juge en l’éclairant sur le caractère fautif ou non de la prise en charge du patient.

Selon notre source médicale en service à Yaoundé, dans l’affaire en cours, tout refus de sa demande de mise à disposition peut être interprété par trois hypothèses. « Soit ce dossier n’existe pas ; soit il est vide ; soit il est compromettant ». Ce médecin penche d’ailleurs pour la dernière hypothèse. Pour lui, « Cela laisse supposer que le protocole normal de prise en charge de ce patient n’a pas été respecté. Parce que si tout ceci avait été clair, il n’y aurait pas d’hésitation à le fournir à la famille ou à son avocat ». Le Dr Um est aussi de cet avis. « Soit il n’y a pas de dossier médical. Soit on craint que l’exploitation de ce dossier serait compromettante pour des acteurs », soutient-il dans son analyse.

 

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