Mort de Me Souop. Le rapport d’enquête accable l’équipe de soignants

(Lurgentiste.com)- On en sait un peu plus sur la mort de Me Sylvain Souop, survenue le 16 janvier 2020 au Centre des Urgences de Yaoundé (Cury). Trois ans jour pour jour, le Rapport de la mission d’investigation commanditée par le ministère de la Santé publique à la suite de ce décès, révèle que l’ex-Coordonnateur du Collectif des avocats de Maurice Kamto, principal challenger de Paul Biya à la présidentielle de 2018, est décédé d’une hémorragie arachnoïdienne associée à un œdème cérébral. En d’autres termes, il est mort à la suite d’un saignement dans le cerveau provoqué par un Accident vasculaire cérébral survenu après un arrêt cardiaque et une intubation « difficile » du malade. « Ils résultent des pics tensionnels causés par l’intubation difficile et/ou des manœuvres de réanimation consécutives à l’arrêt cardiaque », révèle l’équipe d’enquêteurs conduite par le Dr Yves Mathieu Zoa Nanga dans le document dont lurgentiste.com a eu copie.

A l’indexe

La mission d’investigation note de nombreux écarts dans la prise en charge de ce patient. À la lumière des auditions, les enquêteurs établissent des responsabilités à l’endroit de différents acteurs qui sont intervenus dans la prise en charge de l’accidenté Sylvain Souop. D’abord le directeur du Cury, le Dr Louis Joss Bitang, pour absence de coordination des médecins sous ses ordres (il était en week-end à Douala et affirme avoir suivi la situation de bout en bout). Ensuite, le chirurgien orthopédiste (Dr Ngogang Franck Olivier) et les deux infirmières anesthésistes (Meffo Mireille et Caklieu Caroline). Ceci, pour avoir conduit au bloc opératoire un patient sans avis formel du médecin anesthésiste-réanimateur, « au regard des risques identifiés dès l’évaluation initialement effectuée », motivent les enquêteurs. Enfin, le médecin anesthésiste-réanimateur (Dr Kyebyene Annick) pour n’être pas allée au bout de son évaluation pré anesthésique de ce patient.

Ce qui s’est passé

Mais que s’est-il donc passé ce jour-là ? Me Souop arrive au Cury le 11 janvier 2020 à 17 h 30 min, en provenance de l’hôpital régional de Bafoussam, sans note de transfert (écart 1). Victime d’un accident de la circulation dans la nuit du 10 au 11 janvier à l’entrée de la ville de Bafoussam, il devait y être opéré d’une fracture de la main. L’évaluation à l’admission faite par l’équipe de triage va révéler qu’il était porteur d’une hypertension artérielle jusque-là méconnue.
Le Dr Ngogang Franck Olivier, chirurgien Traumatologue Orthopédiste organise une opération chirurgicale du malade le 13 janvier à 6 h du matin. Mais, le nom de Me Souop ne figure pas dans la liste des patients programmés pour être opérés ce jour-là, en témoigne le programme opératoire journalier établi par l’équipe de soins et transmis à tous les intervenants par WhatsApp. C’est que le malade n’était pas prêt pour cette chirurgie. Et pour cause, « En plus des résultats d’examens biologiques qui étaient attendus, les conditions matérielles pour l’admission au bloc opératoire n’étaient pas encore remplies », peut-on lire dans le rapport.

Pression sur l’équipe d’anesthésie

En réalité, l’enquête charge le Dr Ngogang. « Il y a eu pression du chirurgien sur l’équipe d’anesthésie quant à la programmation et le début de l’intervention », affirme l’enquête. Pour ne rien arranger, « La programmation de ce patient à 6 h avec une équipe d’infirmières anesthésistes (en lieu et place de son confrère anesthésiste Dr Kyebyene Annick : Ndlr) épuisées par la garde n’est pas opportune », écrivent les enquêteurs. En fait, les deux infirmières citées ici venaient d’effectuer quatre interventions cette nuit-là. Dame Caklieu Carole, l’une d’elles a été appelée « près de quatre fois par le Dr Ngogang pour administrer l’anesthésie à Mr Souop », relève le rapport.
Malheureusement, « après l’induction de l’anesthésie, elle a été confrontée à une intubation difficile : trois fois sans succès. C’est à la 4e tentative que l’intubation a été réussie, suivie malheureusement par un arrêt cardiaque. Les deux infirmières anesthésistes déclarent n’avoir pas pris en compte le problème spécifique que présentait le patient à savoir l’hypertension artérielle », rapporte le document.

Antécédents médicaux

D’après la consultation pré anesthésique faite le 11 janvier à 22 h, l’ancien membre du Conseil de l’Ordre des avocats du Cameroun présentait en effet une obésité (95 kg), un cou court et une hypertension artérielle « sévère ». Après qu’une préparation pré opératoire ait été instituée, le patient n’avait malheureusement pas été réévalué par le médecin anesthésiste. « Ceci traduit une légèreté dans la préparation du patient », accuse la mission. Le dossier d’anesthésie quant à lui, révèle plusieurs insuffisances.
Au rang de celles-ci, une consultation pré anesthésique approximative marquée par la non-prise en compte d’une intubation difficile prévisible à la lumière des signes de l’examen physique et de la radiographie du thorax. Après qu’il soit entré dans le coma, un scanner cérébral a été effectué. Celui-ci va donc révéler une hémorragie sous arachnoïdienne avec œdème cérébral. Ce qui va lui être fatal.

Impunité ?

Le rapport dont copie a été envoyé au Président de l’Ordre national des médecins du Cameroun (ONMC) le 31 janvier 2022 par Manaouda Malachie n’a pas eu de suite de la part des deux parties. Une inaction critiquée par des médecins qui crient à l’impunité. Ceux-ci estiment que les personnes incriminées devaient être sanctionnées et écoper d’« au moins des suspensions ou pourquoi pas les faire juger par les Ordres », avance l’un d’eux en service à Yaoundé. Et même, « La famille a aussi le droit de porter plainte au moins pour homicide involontaire. Les faits sont assez graves, il y a eu décès… », argumente-t-il.
Toutefois, « Au regard des allégations parvenues au ministre de la Santé publique, la mission ne retient aucune intention criminelle des personnels médicaux et médico-sanitaires impliqués à la prise en charge de Me Souop Sylvain », concluent tout de même l’équipe d’enquêteurs constituée du Dr Zoa Nanga (Inspecteur général des services médicaux et paramédicaux), le Pr Owona Etoundi Paul (Inspecteur des services médicaux et paramédicaux N° 3), Pr Esiene Agnes (Chef service anesthésie et réanimation à l’Hôpital central de Yaoundé) et de M. Boukar Kella (Directeur des affaires juridiques et du contentieux au Minsanté).

Olive Atangana

Journaliste diplômée de l'École supérieure des sciences et techniques de l'information et de communication (Esstic) au Cameroun. Passionnée et spécialisée des questions de santé publique et épidémiologie. Ambassadrice de la lutte contre le paludisme au Cameroun, pour le compte des médias. Etudiante en master professionnel, sur la Communication en Santé et environnement. Membre de plusieurs associations de Santé et Politique, dont la Fédération mondiale des journalistes scientifiques (WFSJ) et le Club des journalistes politiques du Cameroun (Club Po). Très active sur mes comptes Tweeter et Facebook.

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