Pour les experts environnementaux, les conditions d’assainissements longtemps ignorées peuvent pourtant jouer un rôle important dans la recrudescence de la maladie et méritent par conséquent, une attention particulière.

La gestion de l’épidémie de choléra est orientée depuis toujours, vers deux axes principaux. Le traitement clinique et la sensibilisation des populations. C’est du moins, le constat fait par les experts du ministère de l’Environnement et de la protection de la nature. Or, « Nous pensons qu’il est essentiel d’intégrer l’aspect environnemental puisque les conditions d’assainissements peuvent jouer un rôle important dans la recrudescence de la maladie en permettant aux gènes de rester permanent dans l’environnement », explique John Gounes, en service au ministère de l’Environnement, de la protection de la nature et du Développement Durable (Minepded).  Voilà pourquoi une étude sur 146 latrines a été menée au moins de juin 2018 dans la ville de Garoua. A la salle des conférences du ministère de la Santé à Yaoundé, la projection de l’image hideuse et nauséeuse d’une latrines de moins de cinq mètres, située non loin d’un puits à Garoua a créé une onde de choc au sein de l’assistance. Tant elle présentait la face cachée de la réalité des conditions d’hygiène et salubrité dans cette région. Ainsi, 83,5% des latrines de la zone ont une profondeur inférieure à 1 mètre tel que le révèle cette étude sur les « Effets potentiels de l’environnement sur la recrudescence du choléra. Cas de la région du Nord ». Sur la base du diagnostic fait sur le terrain, « Nous avons constaté que la plupart des puits ont une profondeur qui va de 10 cm à 3,5 mètres et les latrines vont de 5cm à 1,8m dans la zone concernée. Et à peu près 52% de ces latrines ont une profondeur inférieure à 50cm dans la zone », fait savoir John Gounes.

Et ce n’est pas tout. « Nous avons essayé de faire la cartographie de ces latrines et montrer la proximité avec les WC. 68% de ces WC sont localisées dans les zones à risque c’est-à-dire à moins de 25m d’un pied. Nous avons essayé de faire un schéma de comment la contamination se passe. Vous avez ces WC qui ont de faibles pots qui sont remplis lorsqu’il pleut. Et dès que c’est rempli, les eaux de ruissellement lessivent les WC et entrainent dans les bas-fonds les eaux déjà souillées. L’importance ici c’est que dans la zone où nous avons travaillé, nous avons une profondeur de moins d’un mètre entre le fond du WC et de début de la nappe. Et en saison des pluies, compte tenu des caractéristiques du sol, les eaux remontent rapidement et il y a contact. A ce moment, la contamination est permanente », informe ce dernier. Bien plus, les analyses de proximité montrent par exemple un puits ayant 1M de profondeur et trois WC autour ayant à peu près 30CM de profondeur. « En cas de pluie il n’y a pas de raison que chaque ce puits ne soit pas contaminé parce qu’il y a trop de pollution autour », regrette John Gounes. Or, « Nous pensons qu’il est essentiel de procéder à un assainissement de ces zones-là. Il faut davantage sensibiliser la population située dans les localités dont l’environnement doit encore être amélioré, mettre en place des assainissement communautaire, systèmes de localisation des zones à risque. Nous pouvons ainsi limiter la propagation du choléra », soutien ce dernier.

Pistes de solutions

Pour M. Damou Lamtoing, « La problématique qui nous rassemble interpelle suffisamment le ministère de l’Environnement parce que dans le développement de la maladie, les déterminants environnementaux sont très importants. Vous avez compris que les problèmes d’assainissement sont en réalité dus en grande partie aux problèmes d’aménagement interurbain. Donc c’est une question multisectorielle qui interpelle une intervention de tous les partenaires ». Ce conseiller technique numéro 2 au Minepded dénonce le fait que « Les normes et spécifications techniques de constructions des latrines ne sont pas respectées. Les périmètres de sécurité immédiat, rapproché et éloigné ne sont pas respecté tout comme le réseau d’assainissement dans nos communes ne sont pas respectés. Nous pensons au ministère de l’environnement que les problèmes environnementaux méritent une analyse beaucoup plus approfondie ». Et donc, « Il est important d’envisager à l’avenir une surveillance épidémiologique globale qui permettrait à ce qu’on parvienne à faire véritablement une superposition d’un certain nombre de fond de carte qui nous permettrait de voir la mobilité et densité des populations, les infrastructures comme les puits, les forages. Plus un puits est construit profondément, à ce moment on est exposé à une pollution par des produits chimiques, moins une latrine est profonde, on est exposé à la contamination d’un certain nombre d’agents pathogènes ».

Et ce dernier de conclure : « Il y a donc une nécessité d’intensifier la sensibilisation sur le respect des normes et spécification technique de construction des puits et latrines. Il faut approfondir la réflexion sur les déterminants environnementaux pour permettre d’avoir une aide à la décision, savoir exactement où se trouvent les grands foyers et cela appelle une cartographie des risques. Il faut réactiver les services d’hygiène et de salubrité qui à une certaine époque a donné des résultats probants. On pourrait approfondir la réflexion sur les déterminants environnementaux mais il est important de savoir quelle est la période exacte où la maladie se développe, quels sont les grands cours d’eau où se trouvent les réservoirs. Tous ces éléments sont importants pour une aide à la décision et pour les actions futures de lutte contre la maladie ». Entre temps, la préparation à la journée mondiale des latrines le 19 novembre prochain va bon train. Les équipes de riposte envisagent aussi de mener une enquête auprès des élèves sur la disponibilité dans latrines dans les domiciles.

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