Hépatite B : le Cameroun en rupture de stock du Tenofovir, le traitement subventionné

Hépatite B : le Cameroun en rupture de stock du Tenofovir, le traitement subventionné

Au Cameroun, le Tenofovir, médicament antiviral essentiel dans la prise en charge de l’hépatite B, est en rupture dans les formations sanitaires publiques depuis deux ans. « Au CHU, par exemple, le personnel médical informe depuis deux ans que le médicament n’est plus disponible. Mon malade est obligé de se ravitailler en pharmacie, alors que le discours officiel affirme que le traitement est subventionné et disponible », s’indigne une proche de patient. Une situation similaire est signalée dans plusieurs régions, notamment le Littoral, l’Ouest et l’Est, où le médicament est tout simplement introuvable dans le circuit public.

Contactés, plusieurs directeurs d’hôpitaux et des responsables proches du dossier au ministère de la Santé publique (Minsanté) confirment cette rupture. « Le stock subventionné, vendu à 2 000 FCFA à la population, est en rupture depuis deux ans. C’est exact », reconnaît l’un d’eux. Ce dernier précise que le Tenofovir reste accessible en pharmacie, mais à un prix bien plus élevé, autour de 14 000 FCFA, soit sept fois le prix subventionné. Or, selon Gavi, l’Alliance du vaccin, les subventions accordées ces dernières années ont permis de réduire de 60 % le coût des traitements contre l’hépatite B, et de 82 % pour ceux de l’hépatite C.

Une « commande d’urgence » en cours

Face à l’ampleur du problème, les autorités sanitaires affirment avoir lancé une commande d’urgence. Un accord de gré à gré a été obtenu auprès du ministère des Marchés publics. « Le fournisseur est prêt à livrer cette semaine. Ce sont les délais de transport vers les zones éloignées qui pourraient poser problème », explique une source au Minsanté. Elle précise que des solutions sont recherchées pour accélérer les procédures sans enfreindre les règles de passation des marchés publics.

En attendant, les patients peuvent toujours se procurer le Tenofovir dans les officines privées. « Pour ceux qui n’ont pas les moyens de payer les 14 000 FCFA par mois, la situation sera résolue cette semaine, selon les dispositions du gré à gré obtenu », indique la même source. Le stock commandé devrait couvrir les besoins pour une durée d’un an. Par ailleurs, le ministre de la Santé a ordonné l’accélération du dépistage, avec l’acquisition récente de nouveaux tests, ce qui pourrait faire augmenter la demande en traitement.

Entre stock inutilisé et risque de péremption

Actuellement, seuls les traitements destinés aux personnes co-infectées VIH-hépatite C et aux femmes enceintes positives à l’hépatite B sont disponibles et distribués gratuitement. « Nous avons suffisamment de stocks en région et la distribution vers les différents sites est en cours », rassure une source au sein du ministère. Toutefois, une autre inquiétude émerge : celle de la péremption des stocks si le dépistage ne s’intensifie pas. « Nous craignons que certains stocks ne soient pas utilisés à temps. Il faut que davantage de femmes soient dépistées », alerte-t-elle.

Le stock concerné, évalué à 193 000 doses, est censé expirer en 2027. Mais des retards dans le lancement de la distribution — estimés entre trois et quatre mois — ont réduit la marge de manœuvre. « Si le rythme actuel de prise en charge se maintient, on risque une perte. Mais les responsables sont conscients de l’urgence d’accélérer pour rattraper ce retard », affirme un cadre médical. Il se veut cependant rassurant : « Le risque de péremption est faible. Logiquement, ce stock ne devrait pas être perdu. »

Forte prévalence au Cameroun

Dans le cadre du mois de juillet dédié à la lutte contre les hépatites virales, une campagne nationale de dépistage est prévue, selon nos sources. Toutefois, les moyens logistiques disponibles ne permettraient pas de couvrir l’ensemble du territoire. L’accent devrait être mis sur les régions du Nord, notamment l’Extrême-Nord, où la prévalence de l’hépatite B atteint 20 %, contre une moyenne nationale estimée à 11,2 %. À Yaoundé, une opération de dépistage plus symbolique est envisagée, « essentiellement pour des raisons de visibilité », précise une source à la sous-direction en charge du programme au Minsanté.

L’hépatite C, de son côté, touche 1,3 % de la population, tandis que 10,5 % des personnes atteintes de l’hépatite B sont également porteuses du virus D. Le Cameroun, avec ses 27 millions d’habitants, est classé parmi les pays à forte endémicité. En 2023, plus de 12 000 nouveaux cas d’hépatite B et 3 800 cas d’hépatite C ont été enregistrés, témoignant de l’impact significatif de ces pathologies sur la santé publique.

Les groupes les plus exposés sont notamment les professionnels de santé (près de 13 % de prévalence), les personnes non vaccinées, les usagers de drogues injectables, ainsi que celles ayant reçu des transfusions sanguines avant 1990.

Le Plan stratégique national de lutte contre les hépatites prévoit une intégration renforcée de cette lutte dans les autres programmes de santé publique. L’objectif est ambitieux : faire en sorte que 90 % des personnes atteintes connaissent leur statut, que 90 % de celles dépistées reçoivent un traitement, et réduire de 65 % la mortalité liée aux hépatites virales.

Journaliste diplômée de l'École supérieure des sciences et techniques de l'information et de communication (Esstic) au Cameroun. Passionnée et spécialisée des questions de santé publique et épidémiologie. Ambassadrice de la lutte contre le paludisme au Cameroun, pour le compte des médias. Etudiante en master professionnel, sur la Communication en Santé et environnement. Membre de plusieurs associations de Santé et Politique, dont la Fédération mondiale des journalistes scientifiques (WFSJ) et le Club des journalistes politiques du Cameroun (Club Po). Très active sur mes comptes Tweeter et Facebook.
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