Lurgentiste.com- Les chiffres de l’enquête démographique et de santé 2018 sont sans appel : au Cameroun, 17 221 femmes et filles vivent avec une fistule obstétricale non traitée. Une pathologie grave, résultant d’un accouchement prolongé sans assistance médicale, qui provoque une incontinence chronique et de multiples complications : infections, troubles rénaux, blessures, voire infertilité. À ces souffrances physiques s’ajoutent des conséquences sociales dramatiques : isolement, stigmatisation et marginalisation.
Face à l’ampleur du problème, un café presse a été organisé le 4 juin à Yaoundé, autour du thème : « Faire de la fistule obstétricale une affaire du passé au Cameroun ». L’initiative visait à réunir acteurs institutionnels, professionnels de santé, société civile et médias pour renforcer la sensibilisation, le plaidoyer et la mobilisation des ressources. Autre enjeu majeur : promouvoir un suivi régulier des grossesses par des gynécologues ou des sages-femmes qualifiées.
« La fistule obstétricale est une tragédie évitable. Chaque femme a le droit d’accoucher en toute sécurité et de vivre une vie digne et épanouissante », soutient Dr Justin Koffi, représentant de l’UNFPA au Cameroun.
Dans le cadre de la campagne « Éliminer la Fistule », portée conjointement par le ministère de la Santé publique et l’UNFPA, environ 200 femmes et filles sont opérées gratuitement chaque année. Mais ce chiffre reste en deçà des besoins. L’UNFPA le reconnaît : des ressources plus importantes sont nécessaires pour accélérer l’éradication de cette affection.
« Si l’on investit 20 à 30 milliards FCFA sur la période qui vient, il serait possible d’éliminer la fistule obstétricale à l’horizon 2030 au Cameroun », affirme le représentant de l’UNFPA.
L’événement du 4 juin s’inscrivait dans le cadre de la Journée internationale pour l’élimination de la fistule obstétricale, célébrée chaque 23 mai. Cette maladie touche principalement les femmes des pays en développement, où l’accès aux soins obstétricaux de qualité reste limité.
Le Cameroun s’est doté d’une stratégie nationale de lutte contre la fistule obstétricale, avec le soutien de l’UNFPA. Cette stratégie a permis plusieurs avancées. D’abord, un réseau de soins obstétricaux et néonatals d’urgence (SONU) a été mis en place. Il interconnecte 150 structures sanitaires à travers le pays. Ensuite, le Centre Espoir Retrouvé a été créé à l’hôpital Protestant Norvégien de Ngaoundéré. Ce centre est aujourd’hui un véritable pôle d’excellence en Afrique centrale. Enfin, 16 équipes chirurgicales ont été formées. Elles sont spécialisées dans la prise en charge complète des cas de fistule obstétricale.