Don du sang : 59 % des besoins restent non couverts au Cameroun malgré la hausse des collectes

Au Cameroun, la collecte de sang enregistre une nette progression. En 2024, 165 708 poches de sang ont été collectées, contre 103 359 en 2019 et 99 000 en 2020. Un bond de 41 % par rapport aux dernières années. En 2023, le pays avait déjà atteint 158 481 poches. Une évolution saluée par le Pr Dora Ngum Shu Mbanya, directrice générale du Comité national de transfusion sanguine (CNTS).

« Un exemple frappant est celui des régions du septentrion où les croyances sur le don de sang sont répandues : plus de 17 000 poches y ont été collectées en 2019, et en fin 2024, le chiffre a doublé »,
se réjouit-elle.

À elle seule, la région de l’Extrême-Nord a collecté 19 225 poches en 2024, contre 12 143 pour le Nord et 13 685 pour l’Adamaoua. De plus, 44 266 donneurs volontaires ont été recensés cette même année, soit une hausse de 4,55 %. « C’est une progression », reconnaît le Pr Mbanya. « Mais cela ne couvre que 41 % de nos besoins. » En d’autres termes 59% de la demande de sang n’est pas couvert au niveau actuel de la collecte.

Le Cameroun a en effet besoin de 400 000 poches de sang par an pour répondre à la demande nationale. Un objectif encore loin d’être atteint, comme le déplore le Pr Tetanye Ekoe, président du comité de gestion du CNTS : « En 2024, nous n’en avons collecté que 165 000. »

Toujours est-il que le CNTS poursuit sa mission dans un contexte encore marqué par de nombreux défis structurels et culturels. « Il reste un gros effort à faire », alerte la DG de la structure. Si les campagnes de sensibilisation se multiplient, le don de sang reste freiné par la peur, les tabous et les idées reçues.

Selon le Pr Mbanya, beaucoup de citoyens sont mal informés ou influencés par des croyances erronées. Pourtant, un homme peut donner son sang jusqu’à trois fois par an, et une femme quatre fois. Il estime qu’il est urgent de créer une véritable culture du don au Cameroun.

 

Des équipements toujours insuffisants

En plus des résistances culturelles, le CNTS doit faire face à des faiblesses techniques. Une grande partie des structures sanitaires ne disposent pas d’équipements essentiels. En 2024, près de 42 % des structures visitées n’étaient pas équipées d’hémoglobinomètres. Environ 48 % ne possédaient pas de chaînes d’analyse efficaces. Par ailleurs, seule une minorité de banques de sang participe aux programmes d’évaluation externe de la qualité, et l’implication dans l’assurance qualité reste très limitée.

Malgré ces difficultés, le CNTS a déployé une réponse active. En 2024, la structure a mené 108 campagnes de sensibilisation dans différentes régions du pays. Elle a également organisé 72 collectes de sang et touché plus d’un million de personnes par contact direct, sans compter la contribution des médias.

Le ministère de la Santé publique a soutenu un plan de déploiement ayant permis la visite de 59 banques de sang dans six régions, avec pour objectif de renforcer leurs capacités opérationnelles. En parallèle, des équipements sont en cours d’acquisition pour améliorer la collecte, le traitement et le transport du sang. Un laboratoire de sécurité sanguine doit être mis en service cette année. Un centre dédié à l’impression de poches de sang, propre au CNTS, est également en voie d’opérationnalisation.

 

Stratégie ambitieuse

Le CNTS s’est en outre doté d’un plan stratégique couvrant la période 2025 à 2030. Cette feuille de route vise à améliorer la gouvernance du système national de transfusion sanguine. Elle prévoit aussi de promouvoir le don volontaire et non rémunéré, de garantir la qualité et la sécurité du sang produit, de renforcer les systèmes de contrôle et d’assurance qualité, et de développer un sous-système performant de gestion des données et de l’information transfusionnelle.

Selon le Pr Mbanya, cette stratégie a pour but de bâtir un système intégré, efficace, durable et conforme aux standards de l’OMS, tout en s’alignant sur la stratégie sectorielle du ministère de la Santé.

La 21e édition de la Journée mondiale du don de sang, célébrée sous le thème « Donnez votre sang, donnez de l’espoir : ensemble, sauvons des vies ! », a mis l’accent sur l’engagement citoyen. Le Pr Tetanye a rappelé que le don de sang est un acte de foi, de civisme et de gratitude envers l’État. Il a précisé que tout Camerounais âgé de 18 à 60 ans, en bonne santé et pesant au moins 50 kg, peut donner son sang dans les banques de sang hospitalières du pays.

Journaliste diplômée de l'École supérieure des sciences et techniques de l'information et de communication (Esstic) au Cameroun. Passionnée et spécialisée des questions de santé publique et épidémiologie. Ambassadrice de la lutte contre le paludisme au Cameroun, pour le compte des médias. Etudiante en master professionnel, sur la Communication en Santé et environnement. Membre de plusieurs associations de Santé et Politique, dont la Fédération mondiale des journalistes scientifiques (WFSJ) et le Club des journalistes politiques du Cameroun (Club Po). Très active sur mes comptes Tweeter et Facebook.
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