Covidgate : tourments judiciaires des lieutenants de Manaouda pour un marché de 228 millions de FCFA

(Lurgentiste.com) – Ousmane Diaby, directeur des Études et Projets ; Eyenga Ndzomo Élysée Amour II, conseiller technique n°1 ; Remy Edou Bekolo, comptable-matières ; et Ngapout Abiba épouse Njoya, inspecteur principal du Trésor, sont attendus ce 27 février devant les magistrats de la première section de la Chambre des Comptes de la Cour suprême du Cameroun. Ces quatre hauts cadres du ministère de la Santé publique (Minsanté) sont impliqués dans le scandale du Covidgate.

Lors de l’audience de ce 27 février, le parquet général près la Cour suprême présentera ses réquisitions, suite à l’audition publique ordinaire du 16 janvier dernier pour fautes de gestion, présidée par le magistrat Théodore Mbenoun.

Il leur est reproché des faits présumés de « réception des travaux avant exécution complète » dans le cadre d’un marché public, selon le journal spécialisé actualité juridico-judiciaire Kalara. L’affaire concerne les travaux de construction du Centre d’isolement de l’Hôpital régional de Ngaoundéré en 2020. Le problème réside dans un double paiement de 228 534 093 FCFA, effectué « en l’absence de procès-verbal », selon Kalara.

La juridiction des comptes demande à Manaouda Malachie, ministre de la Santé publique, de récupérer les 228 millions de FCFA illicitement sortis des caisses de l’État. Ceci en émettant un ordre de recette à l’attention des entreprises concernées par ces paiements.

Amende et/ou mise en débet

Les mis en cause quant à eux risquent chacun une amende et/ou une mise en débet pour rembourser à l’État les pertes financières résultant des fautes de gestion qui leur sont reprochées. A condition qu’ils soient reconnus coupables à l’issue de l’examen de leurs dossiers, selon une source judiciaire proche du dossier.

Dans cette affaire, Ousmane Diaby, actuellement directeur des Études et Projets au Minsanté, et Eyenga Ndzomo Élysée Amour II, conseiller technique n°1, ne sont pas de simples hauts cadres du Minsanté. Ils sont surtout des membres influents de la « galaxie Manaouda Malachie ». En effet, ils figurent parmi ses plus fidèles lieutenants, qu’il a personnellement recrutés au sein de ce ministère peu après sa prise de fonction en janvier 2019.

Pendant la crise du Covid-19, Ousmane Diaby occupait le poste de président du groupe de travail chargé de formuler des avis techniques sur les marchés publics, tandis qu’Eyenga Ndzomo Élysée Amour II, sous-directeur du Budget et du Financement, coordonnait la Section Administration et Finances du SGI pour la riposte sanitaire. C’est sous leur responsabilité que la Chambre des comptes a identifié des détournements et des mauvaises pratiques de gestion.

Heureusement pour eux, deux des trois dossiers en instruction à la Chambre des Comptes ont abouti à un non-lieu. Bien que Manaouda Malachie, dont la responsabilité a été mise en cause dans l’affaire de surfacturation des tests de dépistage, n’ait cessé de clamer son innocence, son entourage révèle qu’il a souvent exprimé des inquiétudes pour « ses proches collaborateurs, notamment Eyenga et Diaby », selon un proche.

Profils hauts

Quoi qu’il en soit, ces fidèles de la première heure de l’ère Manaouda Malachie au Minsanté sont présentés comme des têtes bien faites. Du moins à en juger par leurs parcours académiques et professionnels respectifs.

Eyenga Ndjomo Élisée Amour II, inspecteur principal de l’information documentaire diplômé de l’École supérieure des sciences et techniques de l’information et de la communication (Esstic), est décrit par ses collègues comme « brillant malgré ses controverses, humaniste et sociable ». Expert en finances publiques, management des organisations, gestion de projets et analyse des politiques publiques, il a occupé le poste prestigieux de directeur des ressources humaines. Originaire du département de la Lekie, arrondissement d’Elig-Mfomo, il est également titulaire d’une maîtrise professionnelle en archivistique et d’un master en finance publique, option gestion budgétaire, obtenu en 2017.

Le cas Diaby

Ousmane Diaby, quant à lui, occupe depuis mai 2019 le poste de chef de la Division des études et des projets. Il est au cœur des dossiers de construction des huit centres hospitaliers régionaux de référence, ainsi que de la réhabilitation des hôpitaux généraux de Yaoundé et Douala et du Centre hospitalier et universitaire de Yaoundé (CHUY), dont il supervise la mise en œuvre. Il représente également le Minsanté au Conseil d’administration du Fonds mondial.

C’est sous sa responsabilité que l’affaire des congélateurs achetés d’occasion a éclaté, entachant la réputation du pays auprès de ce partenaire financier. Avant de rejoindre le Minsanté, il était chef de service au ministère de l’Eau et de l’Énergie. Ousmane Diaby est titulaire d’un master en ingénierie financière, obtenu avec mention Bien à l’Emlyon Business School en 2018, et d’une maîtrise en sciences économiques décrochée à l’Université de Yaoundé II en 2010. Depuis l’année dernière, il est également titulaire d’un doctorat en économie de la santé.

14 procédures

Rappelons que les trois rapports de la Chambre de contrôle et de surveillance des marchés publics (CCSP) révèlent que la gestion des 180 milliards de FCFA alloués à la riposte contre la pandémie a été marquée par des irrégularités. Ces rapports mettent en cause de nombreux responsables gouvernementaux et administratifs du Minsanté, du Minresi et du Minat. La juridiction a décidé d’ouvrir 14 procédures pour faute de gestion et de transmettre 12 dossiers au ministre de la Justice, susceptibles de donner lieu à des poursuites pénales.

Journaliste diplômée de l'École supérieure des sciences et techniques de l'information et de communication (Esstic) au Cameroun. Passionnée et spécialisée des questions de santé publique et épidémiologie. Ambassadrice de la lutte contre le paludisme au Cameroun, pour le compte des médias. Etudiante en master professionnel, sur la Communication en Santé et environnement. Membre de plusieurs associations de Santé et Politique, dont la Fédération mondiale des journalistes scientifiques (WFSJ) et le Club des journalistes politiques du Cameroun (Club Po). Très active sur mes comptes Tweeter et Facebook.
Leave a comment

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *