Le Collectif des 700 médecins, pharmaciens et chirurgiens-dentistes qui revendique leur intégration à la fonction publique, espérait trouver une oreille attentive auprès des Ordres professionnels, leurs « Maitres ». Que non ! La réunion de « concertation » tenue à Yaoundé le 11 août dernier avec ces diplômés des facultés de médecine publique a plutôt tourné au sermon. La plateforme regroupant l’Ordre national des médecins (Onmc), l’Ordre national des pharmaciens (Onpc) et l’Ordre national des chirurgiens-dentistes du Cameroun, a vertement remonté les bretelles aux jeunes grévistes qui ont osé organiser un sit-in le 2 août 2021 devant les services du Premier ministre.

La première estocade est portée par le Dr Guy Sandjon, Président de l’Onmc.  « Un médecin a un savoir-faire et il doit aussi avoir un savoir être. Il ne va pas se comporter comme n’importe quel citoyen qui pense qu’il ne peut obtenir qu’en allant faire un sit-in devant les services du premier ministre », tance le très influent doyen des Patrons des Ordres professionnels du secteur sanitaire au Cameroun. De son point de vue, la grève du 2 août dernier foulait au pied l’article 6 du serment d’Hippocrate prêté par ses jeunes confrères. Cet article engage les assermentés à ne poser aucun acte qui « dévalorise ni écorne la dignité de notre profession ».

Espoirs déçus

Alors que le groupe de jeunes médecins contraints au chômage écoute leurs aînés, la série de remontrances ne s’arrête pas là. Le Dr Tankoua-Sunou Chantal, présidente de l’Ordre national des Chirurgiens-dentistes du Cameroun prend le relais. « Un médecin qui est dans la rue et manifeste, ce n’est pas normal. Cette forme de revendication doit être la dernière étape. Il faut aller de manière disciplinée, efficiente, responsable », renchérit cette diplômée de la Faculté de Chirurgie Dentaire de Montpellier en France.

Sur les visages des médecins sans matricule, c’est la déception. La réaction de leurs « Maitres » est loin du soutien qu’ils espéraient. Ils sont d’autant plus déçus que si les Ordres professionnels ont critiqué la forme de leur revendication, ils ont soigneusement évité de se prononcer sur le fond du problème de ces jeunes médecins. « C’est une mascarade qui n’est pas de nature à arrêter ce que nous voulons faire. L’intégration que nous réclamons nous revient de droit », argue le Dr Theodore Tchangou, chirurgien-dentiste et porte-parole du Collectif.

Groupe de réflexion et mascarade

Soit. Toujours est-il que les responsables des Ordres professionnels leur ont prescrit de s’organiser en groupe de réflexion. Ledit groupe va donc élaborer un document qui va lister en 10 points, les problèmes de ces médecins et esquisser des pistes de solutions. Ce n’est qu’à l’issue de ceci que « nous allons donc prendre rendez-vous avec qui de droit pour aller intercéder », a insisté le Dr Atedjoe Gervais, secrétaire général de Onmc. Sauf que le Collectif des médecins non intégrés ne l’entend pas de cette oreille. « Ce que l’Ordre a raconté lors de notre rencontre ne nous concerne pas. C’est de l’amalgame et rien de bon ne peut sortir de là », le porte-parole du Collectif.

Selon lui, « Cette assise n’aurait pas dû avoir lieu si en 2013 lors de la réforme, la commission nationale de formation des médecins, pharmaciens et odonstomatologues avait pris des mesures par rapport aux médecins qu’on devait former ». C’est-à-dire, statuer autant sur le quota des médecins à former et que celui de ceux à recruter de manière claire.

Dans tous les cas, ces jeunes diplômés qui reconnaissent que : « Les président des Ordres sont nos Maîtres. Ils sont plus sages que nous. Nous n’allons donc pas refuser ce qu’ils nous ont demandé de faire », ne compte pas lâcher prise. Bien au contraire, « Nous ne comptons pas baisser les bras. Nous allons adresser une lettre ouverte au Président de la République pour qu’il se penche sur la question des médecins non intégrés sortis des écoles de médecines publiques de la promotion 2020. Nous nous mobilisons en ce moment pour cela », informe le Dr Théodore Tchangou. Déterminé.

Casse-tête

En réalité, le problème d’intégration à la fonction publique de ces 700 médecins, pharmaciens et chirurgiens-dentistes issus des facultés de médecine publique (Yaoundé, Bamenda, Buea, Douala), promotion 2013-2020 « est beaucoup plus compliqué qu’il ne parait », affirme le Dr Guy Sandjon. Et pour cause, à ces lauréats du facultés publiques, viennent s’ajouter ceux des formations privées « or le concours ne concerne que ceux du public ». Bien plus, cette situation relève d’au moins trois ministères.  Par conséquent, « Il faut y aller de manière politique. Je suis tout à fait d’accord qu’un médecin n’est pas n’importe qui et doit décemment gagner sa vie Dire qu’on va recruter 7 promotions ou 10, l’Etat ne pourra pas », soutient le président de l’Onmc.

Et dans l’immédiat, propose-t-il, « il faut demander ce qui est très important et qu’on peut obtenir. Je souhaite par exemple qu’on allège les conditions de spécialisation », plaide le gynécologue fort réputé. Et de conclure : « Il est vrai que nous n’avons pas de baguette magique et n’allons pas tout résoudre. Mais notre voix porte quand même un peu plus et ensemble on pourra trouver une solution à ce problème ».

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