Ils peuvent aller de la baisse de la libido à l’infertilité. 

La cigarette et Vivien ne font plus qu’un. L’histoire d’amour entre les deux dure depuis une dizaine d’années. La trentaine sonnée, ce mécanicien consomme en moyenne « un paquet de cigarettes par jour ». Pourtant, « Une seule cigarette par jour peut gravement nuire à la santé du fumeur », met en garde le Dr Matshidiso Moeti, Directrice régionale de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) pour l’Afrique. D’ailleurs, Vivien l’a appris à ses dépens. Lui qui a été victime d’un trouble de la libido il y a trois ans. « Je n’arrivais plus à satisfaire ma compagne qui a fini par le dire à mes parents. J’en étais diminué. Ma mère a cru que j’étais devenu impuissant et m’a fait boire toutes les décoctions qu’on lui conseillait. C’est plus tard qu’une amie m’a expliqué que mon problème est l’une des conséquences de la cigarette sur ma santé », confie ce dernier. Non sans cacher sa gêne.

En effet, « La consommation abusive de tabac-addiction a un premier impact sur le cerveau qui développe une dépendance» mais aussi et surtout, provoque « des troubles de la sexualité allant de la baisse de la libido à l’infertilité », explique le Dr Marileine Kemme, médecin-addictologue à l’hôpital Central de Yaoundé (HCY). Par la suite, « On peut observer des troubles de l’humeur, du comportement mais également des maladies de divers systèmes telles que : la cataracte, les cancers de la bouche de la gorge des poumons des reins », poursuit-elle. Et ce n’est pas tout. Le tabagisme a des effets néfastes sur presque tous les organes du corps humain. Il peut provoquer plusieurs types de cancers dont ceux du poumon, de la bouche, de la gorge, de l’œsophage, de l’estomac et de l’intestin.

Le tabac expose aussi ses consommateurs à un risque accru d’infections pulmonaires et respiratoires, des maladies cardiovasculaires, de l’hypertension artérielle (HTA), du diabète de type 2, à une « mauvaise alimentation des tissus entraînants un vieillissement précoce des maladies de la peau comme le psoriasis », précise le médecin-addictologue.  Par ailleurs, « Toujours sur le plan de la santé, le fumeur expose son environnement en entraînant un tabagisme passif qui a les mêmes effets néfastes », prévient celle-ci. Plus grave, « Il n’existe aucune forme de tabagisme sans risque », martèle le Dr Matshidiso Moeti. Voilà sans doute ce qui justifie le thème « S’engager à arrêter », ayant marqué la journée mondiale sans tabac que la communauté internationale célèbre le 31 mai de chaque année. Ceci, pour rappeler que le tabac tue la moitié de ses consommateurs.

Mesures dissuasives de consommation

Au Cameroun, pour tenter de dissuader les consommateurs, les paquets de cigarettes portent depuis le 12 juin 2019 des avertissements et des images-chocs (poumons noircis, dents endommagées, patients perfusés, etc.) illustrant les effets de la consommation du tabac sur le corps humain. Un nouveau marquage sanitaire graphique représentant le cancer de la bouche entre en vigueur le 12 juin prochain. « La première chose pour arrêter de fumer c’est de le décider. Il s’agit de prendre la responsabilité de sa santé, de sa vie et protéger celles des autres. Ensuite faire une demande de soin chez son thérapeute et s’en tenir aux objectifs fixés », prescrit le Dr Kemme, par ailleurs Chef du Centre de Soins, accompagnement et Prévention en Addictologie de l’HCY.

En tout cas, depuis plusieurs années, la Coalition camerounaise contre le tabac (C3T) mène un plaidoyer pour l’adoption d’une loi nationale antitabac pour lutter contre ce fléau. Cette loi devrait notamment interdire de fumer dans les lieux publics et collectifs, ainsi qu’en présence de personnes non-fumeurs ou à risques (nourrissons, mineurs, femmes enceintes et malades). Le texte entend également proscrire la vente des cigarettes aux mineurs et dans les établissements scolaires. « Le Cameroun sera un pays plus sain, plus productif avec la mise en place d’une législation antitabac forte », affirme cette C3T. D’après elle, « En permettant l’adoption de la loi antitabac, les autorités prendraient une décision historique contre un fléau qui, d’ici la fin du siècle pourrait décimer plus de vies que toutes les autres maladies réunies ».

En rappel, chaque année, environ 1,2 million de non-fumeurs décèdent des suites de l’exposition à la fumée de tabac. On dénombre en tout 1,3 milliard de consommateurs de tabac dans le monde.  60% des consommateurs de tabac ont exprimé le souhait d’arrêter de fumer, mais seulement 30 % d’entre eux ont accès aux outils nécessaires pour y parvenir. Consciente de l’efficacité des solutions numériques pour combler cet écart, l’OMS a mis au point l’interface « Florence » qui fournit de brefs conseils sur le sevrage tabagique tout en mettant des outils et solutions utiles à la disposition du grand public.

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