« La baisse de libido peut entrainer les envies de suicide »

La sexologue et médecin épidémiologiste explique en détail ce qui peut justifier la perte du désir sexuel chez la femme particulièrement, les conséquences dans leur vie de couple et donne des conseils pour le retrouver. Lire l’interview.

Qu’entend-on par baisse de la libido ?

Le terme libido désigne le désir sexuel. La libido est propre à chaque individu. Chacun peut éprouver plus ou moins la libido. Ce qui est très important c’est qu’il n’y a pas de libido dite normale. Si on vit avec quelqu’un qui a la même envie, le même rythme sexuel tout le temps, ça va. Mais si le rythme est différent chez les deux partenaires, on peut penser qu’il y a un problème de libido chez l’un et chez l’autre alors que normalement, il n’y a en a pas. C’est pour ça que la libido varie selon les individus ou chez une même personne selon les périodes de la vie. Le déclin du désir encore appelé baisse de la libido entraine une diminution ou une perte totale pour la sexualité.

D’où vient-elle de manière générale ?

Lorsqu’une baisse du désir sexuel s’installe, il faut avant tout en comprendre les mécanismes et les causes. Le désir sexuel est propre à chacun et dépend de nombreux facteurs comme notre culture, notre histoire personnelle, les évènements du quotidien. Une diminution du désir sexuel peut être causée par des troubles d’ordre psychologiques, émotionnelles ou physiologiques. Une maladie ou d’autres évènements peuvent influer sur le psychisme. Par exemple, quand l’énergie vitale est touchée, la femme se met en retrait de son corps et il est logique qu’il y ait alors une diminution de l’envie sexuel. Il y a aussi les médicaments, les changements hormonaux, la consommation des substances psycho actives, la fatigue et le stress qui peuvent également en être les causes. Il faudra aussi savoir que la régularité des rapports sexuels joue aussi un rôle capital dans la libido. Si on a plus de relations sexuelles depuis un long moment, notre corps n’est plus habitué à réagir. On l’a laissé s’endormir voire s’éteindre. Les organes sexuels ne fonctionnent que si l’on s’occupe d’eux. On perd l’habitude de faire l’amour et l’appétit sexuel aussi, en sommes. Donc la baisse peut venir aussi de ça. Il y a aussi la baisse de la pression qui intervient aussi chez un certain nombre de couples au fil des années. C’est une raison fréquemment évoquée pour expliquer la diminution du désir. Par exemple la routine, les attentes mal ou jamais exprimées peuvent engendrer une baisse du désir. Il y a aussi le mode de vie stressant, une charge de travail importante, la multiplication des activités sportives peuvent aussi peu à peu entrainer un manque de temps à consacrer à la sexualité.

Qu’est ce qui peut justifier cette baisse du désir sexuel chez la femme en particulier ?

Chez la femme, la libido est fortement corrélée aux secrétions hormonales produites notamment par les ovaires. D’autres hormones telles que les œstrogènes assurent la lubrification des muqueuses lors des rapports sexuelles. Et ces secrétions hormonales jouent donc un rôle majeur dans le fonctionnement de la libido féminine. Une baisse de la libido survient généralement beaucoup plus pendant la grossesse, autour de la ménopause ou après une maladie grave. Donc elle est de plusieurs ordres. Je vais prendre selon les cas. Au Cameroun par exemple, il y a d’abord le travail. Beaucoup de femmes sont stressés au travail. Il y a la vie de couple. Le phénomène de « tchizas », de maitresses a apporté beaucoup de diminution d’envie sexuelle des femmes vis-à-vis de leurs maris. Parce que dans les foyers, d’un moment à l’autre il y a cette découverte de la présence d’une autre femme dans la vie sexuelle de son mari ou de son homme. Ou pour celles qui sont célibataires, se rendre compte que l’âge avance et elles ne sont pas casées quelque part fait en sorte qu’à un moment, elles mettent le sexe loin de leurs priorités et essayent d’avancer. Ce qui fait qu’à un moment, elles n’ont vraiment pas envie d’avoir des rapports sexuels, elles n’ont pas envie de faire l’amour avec quelqu’un. Il y a aussi la naissance de plusieurs enfants. Avec les nouvelles conditions de vie ce n’est pas très aisé pour une femme de se retrouver entrain d’avoir toujours ces mêmes envies. Il y a aussi à un moment l’âge parce qu’on se dit qu’à un moment, les femmes africaines ne devraient plus penser à avoir du désir sexuel et penser plutôt à s’occuper de ses enfants, ses petits enfants et du quotidien de la vie. Tous ceci peut aussi jouer un rôle sur la diminution de la libido des femmes ici au Cameroun.  Donc elles sont aussi diverses que variées. Mais la raison la plus fréquente chez la femme se sont les problèmes de couple. Par exemple une routine qui s’installe, une relation conflictuelle peut directement impacter notre désir pour l’autre et notre désir tout cours. De nombreuses autres raisons comme les baisses hormones, les effets secondaires de certains médicaments, une mauvaise hygiène de vie, le stress et la fatigue en sont quelques autres exemples. Nous avons aussi un élément que beaucoup négligent. Une mauvaise expérience sexuelle dans le passé peut aussi malheureusement impacter le désir sexuel. Par exemple un viol, le manque de confiance en soi, une mauvaise estime ou une image de soi peut avoir un impact dans les échanges. Et comme beaucoup de femme en ce moment manque énormément de confiance en elle, ça peut aussi entrainer cette diminution du désir sexuel.

Au Cameroun, quelle est la moyenne de femmes qui en souffrent ?

Je ne peux pas me prononcer actuellement sur la moyenne de femmes qui en souffrent. Mais le nombre de femmes que je reçois est quand même énorme. Ces femmes sont nombreuses. Actuellement, beaucoup de femmes vivent cette baisse du désir sexuelle. N’oublions pas qu’actuellement, le Cameroun fait face à un nouveau mode de vie. Celui où la femme est amenée à chercher, à sortir tôt le matin et aller bosser dur comme un homme et à rentrer. Ce qui fait que la femme subit beaucoup de pression et de stress. Ça fait en sorte qu’elles mettent de coté leurs envies et leur désir sexuel. La routine et beaucoup de déception font aussi en sorte qu’au Cameroun, les femmes ont moins de désir que les hommes. Si je dois faire un calcul, je pense que 60 à 70% de femmes ont vécu ou ont eu à une période de leur vie cette baisse de libido sexuelle.

Quelles en sont les conséquences sur le plan sexuel, santé et de couple des femmes ?

Une femme qui est au chômage, qui vient de perdre son travail ou alors donne naissance à un nouveau bébé qui compromet sa carrière professionnelle a très souvent une libido perturbée. Et les conséquences de cette baisse de libido peuvent entrainer les dépressions, les envies de suicides, des états de mal être, d’envie de mourir. Ce n’est pas très aisé de pouvoir aider ce genre de personnes.

Y a-t-il des cas où ce problème de perte de désir sexuel a entrainé un divorce ?

Oui effectivement. L’une des causes des couples en instance de divorce ou divorcés c’est le désir sexuel des partenaires.

Une femme qui a un désir sexuel élevé permanent est-elle une nymphomane ?

La nymphomanie est la plupart du temps un terme qui est utilisé à tort et à travers pour désigner un appétit sexuel démesuré chez la femme. En réalité une femme nymphomane exprime effectivement une hyper sexualité de nature à troubler son quotidien et à faire obstacle à sa vie de couple au point où il faut qu’elle se soigne. La femme nymphomane a tout le temps envie d’avoir des rapports sexuels avec le même partenaire ou non avec ou sans jouissance. C’est le rapport charnel qui l’excite et qu’elle recherche sans cesse, sans pour autant atteindre l’orgasme. Donc contrairement aux usages répandus du terme, la nymphomanie n’est pas seulement un simple attrait prononcé pour la sexualité. Un individu peut avoir des rapports sexuels permanent sans pour autant être nymphomane. Donc une femme peut avoir tout le temps cette envie de faire l’amour sans pour autant être nymphomane. Par contre la nymphomanie est une véritable pathologie psychique, psychologique qui s’exprime par le biais d’une hyper sexualité. La femme nymphomane est obsédée par l’idée du coid. Elle y pense en permanence et met tous les moyens en œuvres pour avoir les rapports sexuels. Ce n’est pas tant l’idée de plaire qui la dirige mais bel et bien son obsession du sexe

A quel moment il faut justement consulter ?

Si la perte du désir sexuel entraine une souffrance alors il faudra consulter un médecin en particulier un sexologue. Et c’est lui qui sait comment il faire pour t’aider à avoir à nouveau le désir sexuel, les émotions qui pourront t’aider à réveiller le désir, l’envie de sexe.

Peut-on l’assimiler à un symptôme de la ménopause ?

Non pas du tout. C’est vrai que lorsque les femmes ont une ménopause, elles peuvent facilement se retrouver en train d’avoir les diminutions de libido mais ce n’est pas un signe probant de la ménopause. Il y a même les femmes que c’est lors de la ménopause qu’elles ont plutôt les envies excessives de sexe. C’est vrai qu’on dit souvent que les troubles hormonaux peuvent entrainer cette diminution et la ménopause aussi est un jeu d’hormones qui peut aussi entrainer une diminution comme une augmentation aussi.

La pilule contraceptive, le tabac et l’alcool peuvent-ils affecter la libido chez la femme ?

Effectivement, les pilules, le tabac et l’alcool peuvent affecter la libido chez la femme. Parce que ce sont tous des excitants, des stimulants pour le tabac et l’alcool. Maintenant pour la pilule, ce sont les hormones qu’on prend et vous savez que l’hormone surtout l’œstrogène et la testostérone qu’on prend ou alors autre chose sont impliquées dans les stimulus de l’envie sexuelle. Donc ils peuvent jouer un très grand rôle dans la libido chez la femme

Quels conseils pour retrouver son désir sexuel ?

Il est possible pour tout un chacun de s’épanouir tout au long de sa vie sexuelle. Pour cela il faut beaucoup de chose et notamment il faut se surprendre. Se renouveler, voyager, bousculer les habitudes ancrées dans le quotidien ; improviser, jouer, partager, échanger. En fait, se donner une harmonie générale si on est en couple. Si on ne l’est pas, savoir chercher son équilibre ; être en phase avec soi-même avant de l’être avec l’autre. Et aussi, avec la progression de l’excitation chez l’un comme chez l’autre. De cette manière, les passions peuvent se dérouler favorablement. Il faut aussi savoir qu’une fois que le corps fonctionne bien, il continue normalement à bien fonctionner. Il faut éviter de faire des arrêts car cela peut être problématique au bout d’un moment. A même temps, si une femme n’a plus fait l’amour depuis un moment, je lui donne des exercices de découverte pour réveiller son propre corps vis-à-vis d’elle-même et vis-à-vis de l’autre. Ces découvertes, ce sont des exercices que j’aime bien. C’est vrai que c’est souvent difficile en Afrique et au Cameroun parce qu’on est un peu ancré dans la culture ; les femmes ont honte de se dévoiler, de découvrir leur corps, de découvrir ce qui peut plait, de découvrir les parties de leur corps. Et comme je dis souvent à la plupart de mes patientes que beaucoup d’entre nous vont mourir sans jamais vraiment prendre leur plaisir, sans jamais même avoir du vrai plaisir sexuel parce que notre culture, notre façon de voir le monde, la vie en Afrique, au Cameroun et dans d’autres cultures notamment comme les gens du Nord ou de l’Ouest font en sorte que ces femmes ne découvrent pas le bon coté de se connaitre soi-même et connaitre les désirs de son corps.

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