Une bactérie Escherichia coli porteuse d’un gène associé à la résistance aux carbapénèmes a été détectée dans le sang d’un patient hospitalisé à Douala. Ces antibiotiques sont utilisés notamment contre des infections graves lorsque d’autres traitements deviennent inefficaces. Les chercheurs présentent cette détection du gène blaOXA-181 comme la première connue au Cameroun.
Le résultat provient d’une étude publiée le 2 septembre 2026 dans JAC-Antimicrobial Resistance. Elle est menée notamment par Arsène Djoko Nono, de l’Université de Buea et du Centre Pasteur du Cameroun, avec Benjamin Thumamo Pokam, Anna Njunda, Pierrette Landrie Simo Tchuinte, Ariane Nzouankeu et des chercheurs rattachés notamment à l’Institut Pasteur, l’Université Paris Cité et l’Inserm.
La découverte doit toutefois être interprétée avec prudence. Les prélèvements ont été réalisés entre juin 2022 et mai 2023 et seulement quatre bactéries provenant d’hémocultures ont été séquencées de manière approfondie. blaOXA-181 n’a été retrouvé que dans l’une d’elles. Les auteurs qualifient eux-mêmes cette observation de préliminaire. L’étude ne permet donc pas d’affirmer que ce mécanisme de résistance circule aujourd’hui largement à Douala ou ailleurs au Cameroun.
Retrouvées chez des femmes, des poulets et dans les eaux usées
Les chercheurs ne se sont pas limités aux hôpitaux. Ils ont recherché des E. coli capables de résister à plusieurs antibiotiques couramment utilisés chez des personnes en bonne santé, des volailles et dans les eaux usées de Douala.
Parmi 240 femmes enceintes en bonne santé testées dans une maternité de Logbaba, 131 étaient porteuses de ces bactéries, soit 54,6 %. Ce portage ne signifie pas qu’elles étaient malades. Chez 240 poulets achetés dans les marchés de Brazzaville et New-Bell, 169 étaient positifs, soit 70,4 %. Les bactéries ont également été retrouvées dans 67 des 72 prélèvements d’eaux usées, soit 93,1 %.
Les résultats hospitaliers doivent être lus différemment. Sur 2 234 prélèvements sanguins réalisés dans trois hôpitaux de référence de Douala, 76 contenaient E. coli. Parmi ces 76 bactéries, sept, soit 9,2 %, présentaient le type de résistance étudié. Ce taux ne signifie donc pas que 9,2 % des 2 234 patients étaient concernés.
Les bactéries analysées résistaient aussi fréquemment à d’autres antibiotiques. La résistance à la ciprofloxacine dépassait 80 % dans tous les milieux étudiés et celle au triméthoprime/sulfaméthoxazole dépassait 70 %. Le séquençage de 32 bactéries a permis d’identifier 45 gènes de résistance différents, dont mcr-1, associé à la résistance à la colistine, autre antibiotique utilisé contre certaines infections difficiles à traiter.
Surveiller ensemble l’homme, l’animal et l’environnement
L’un des principaux intérêts de l’étude est son approche dite « Une seule santé ». Elle consiste à surveiller simultanément les bactéries résistantes chez l’homme, l’animal et dans l’environnement, plutôt que d’étudier séparément ces trois milieux.
Les chercheurs ont ainsi retrouvé certaines familles génétiques d’E. coli à la fois chez des personnes, des poulets ou dans les eaux usées. Cela suggère que des bactéries apparentées circulent dans plusieurs milieux, mais ne démontre pas qu’elles ont été directement transmises de l’un à l’autre.
Cette prudence est importante. Seulement 32 bactéries ont été séquencées et elles ont été choisies pour couvrir des profils différents, non pour représenter statistiquement toutes les bactéries en circulation à Douala. L’étude ne permet donc ni de reconstituer précisément les chaînes de transmission ni de généraliser ses résultats à l’ensemble de la population.
Elle montre néanmoins l’intérêt de surveiller plusieurs points à la fois : hôpitaux, populations, marchés de volailles et eaux usées. Cette approche correspond au Plan d’action camerounais contre la résistance aux antimicrobiens 2024-2028, qui prévoit de renforcer la surveillance et la recherche selon le principe « Une seule santé ». Son coût total est estimé à près de 2,5 milliards de FCFA.
La principale inconnue concerne désormais l’évolution depuis 2023. L’étude ne permet pas de savoir si blaOXA-181 a été retrouvé depuis chez d’autres patients au Cameroun, ni si sa présence est restée isolée ou s’est étendue.

