Lurgentiste.com – Pour l’exercice 2025, la direction de l’hôpital de Référence de Sangmelima sollicite une enveloppe de 1 118 milliards de FCFA. Mais le ministre de la Santé publique, Manaouda Malachie, conditionne l’octroi de ces fonds à la production, « dans les brefs délais », du bilan de l’exercice 2024 ainsi que des pièces justificatives des dépenses engagées.
Dans une correspondance datée du 12 mai 2025, adressée au président du comité de gestion de l’établissement, le Pr Louis Richard Njock, secrétaire général du ministère de la Santé publique (Minsanté), exige notamment la transmission des lettres de mise en détachement justifiant la provision de 40 millions de FCFA inscrites dans le projet de budget. Mais surtout, il attend le plan d’apurement d’une dette cumulée de 341 millions de FCFA.
Une dette tentaculaire
Selon des sources proches du dossier, tant au Minsanté qu’au sein de l’hôpital, l’établissement entretient depuis plusieurs mois des relations tendues avec une kyrielle de prestataires de services. Parmi les plus importants figurent des fournisseurs d’intrants et de réactifs pour le laboratoire, ainsi que des distributeurs de matériel médical, qui réclament le paiement de factures impayées.
À ces dettes s’ajoutent les créances non réglées auprès des grossistes répartiteurs de produits pharmaceutiques, ainsi que des fournisseurs d’équipements et de fournitures de bureau. « Le personnel chargé de l’entretien des espaces verts, en sous-traitance interne, attend toujours huit mois de salaires », révèle une source du service financier.
L’établissement, placé sous la direction du Pr Dominique Noah Noah, traîne également une dette fiscale importante. Il s’agit notamment des cotisations sociales non reversées à la Caisse nationale de prévoyance (CNPS) pour le personnel recruté, de l’impôt sur le revenu prélevé à la source mais non versé à la direction générale des impôts, ainsi que d’autres taxes liées aux salaires et aux marchés publics, précise un haut responsable administratif.
Fonds de solidarité et tension
Afin de clarifier la gestion de l’hôpital, le ministère de tutelle exige désormais une série de documents précis. Le courrier adressé au comité de gestion de l’hôpital de référence de Sangmélima réclame ainsi : les quittances ou bordereaux de versement du fonds de solidarité ; les bons de commande enregistrés auprès de l’administration fiscale ; les dossiers fiscaux des prestataires retenus ; les preuves de reversement des impôts et taxes ; les états de répartition des fonds (motivation du personnel, etc.) ; ainsi que les contrats de service dûment enregistrés.
La section sur les recettes propres devra inclure une synthèse annuelle des recettes et des dépenses, notamment celles de la pharmacie. Quant aux dons et legs, ils devront être accompagnés de précisions sur leur nature, leur valeur et les mouvements de stock correspondants. Enfin, les subventions reçues du ministère des Finances et du Minsanté devront être justifiées « conformément aux textes réglementant la dépense publique ».
Au sein du Minsanté, certains évoquent une brouille entre le ministre Manaouda Malachie et le Pr Noah Noah Dominique, en lien avec la gestion du fonds de solidarité et des subventions. « C’est ce différend qui aurait motivé ce courrier à l’allure de réquisitoire », souffle une source administrative.
Lot de griefs
Pour plusieurs acteurs du secteur hospitalier, cette correspondance révèle une problématique de gestion interne. « Depuis l’arrivée du Pr Noah Noah, la gestion interne de l’hôpital s’est sérieusement dégradée », déplore un cadre hospitalier.
À titre d’exemple, il évoque le groupe électrogène principal, censé alimenter tout l’hôpital, qui est tombé en panne puis abandonné en raison du coût jugé trop élevé de sa réparation. « Deux petits groupes électrogènes ont été achetés à la place, mais ils ne suffisent qu’à alimenter quelques services. Sans électricité, il est impossible de réaliser des radiographies ou des échographies », souligne-t-il.
D’autres dysfonctionnements sont pointés du doigt, notamment l’installation solaire, financée à hauteur de 125 millions de FCFA, mais « jamais pleinement opérationnelle ». Les ruptures de stock sont fréquentes : « Les ruptures de réactifs essentiels sont fréquentes », déplore un laborantin. « Les commandes de matériel sont souvent inefficaces à cause de l’ingérence de la direction », affirme un autre agent.
Malaise du personnel
La situation du personnel de l’hôpital demeure tout aussi préoccupante. « Plus des trois quarts des agents recrutés dans cet établissement perçoivent un salaire dérisoire. L’administration reste dépendante des subventions, et malgré cela, elle accumule toujours autant de dettes », dénonce un syndicaliste. Par ailleurs, « le personnel qualifié se fait de plus en plus rare », ajoute un autre agent, qui souligne également que le bus de transport du personnel, flambant neuf, ne transporte plus personne. Ce véhicule est cloué au sol, faute de panne non réparée et de carburant.
Contactée, la direction de l’hôpital oppose un démenti catégorique à toutes ces accusations. « L’hôpital se porte bien. Il n’y a aucun arriéré de salaires, les primes et quotes-parts sont en cours de paiement. À ce jour, aucun contrôle n’a révélé de faute de gestion », affirme Guy Ferdinand Ongame, chef d’unité communication. Mais ces assurances suffisent-elles à convaincre face au chapelet de critiques qui persistent ?
Suite à la publication de cet article, nous avons reçu un droit de réponse du service de communication de l’Hôpital de référence de Sangmélima.


Note de la Rédaction
Suite au droit de réponse adressé par l’Hôpital de Référence de Sangmélima à Lurgentiste.com, la Rédaction tient à apporter les précisions suivantes concernant les points soulevés :
- Sur la dette fiscale de l’établissement
Le service de communication de l’Hôpital de Référence de Sangmélima affirme que l’établissement n’accuse aucune dette fiscale. À l’appui de cette déclaration, il évoque — sans le produire — une attestation de conformité fiscale datée du 31 janvier 2025. Nous prenons acte de cette déclaration. Toutefois, il convient de rappeler que ce type de document a une validité de trois mois. Par conséquent, l’attestation évoquée est frappée de caducité depuis le 31 mars 2025. En l’absence d’un justificatif valable au moment de la publication de notre article, et au regard des informations obtenues auprès du ministère de la Santé publique, l’établissement présentait bel et bien une dette fiscale au 12 mai 2025.
- Sur la dette CNPS
L’hôpital soutient également n’avoir aucune dette vis-à-vis de la CNPS. Là encore, nous prenons acte de cette déclaration. Toutefois, il aurait été pertinent d’en fournir la preuve, notamment au regard des informations dont nous disposons : la dette CNPS, évaluée à plus de 70 millions de FCFA, n’aurait été apurée qu’aux deux tiers grâce à une subvention publique récemment allouée à l’établissement.
- Sur les groupes électrogènes
S’agissant des groupes électrogènes, nous réaffirmons que le groupe principal de l’Hôpital de Référence de Sangmélima est effectivement en panne. Plutôt que d’être réparé, celui-ci a été suppléé par deux générateurs de 60 kVA chacun. Toutefois, l’énergie produite par ces générateurs ne permet d’alimenter qu’une partie de l’hôpital. Plusieurs équipements, notamment en radiologie et au laboratoire, ne fonctionnent pas de manière optimale lorsqu’ils sont branchés sur ces générateurs.
La rédaction de Lurgentiste.com, ainsi que la journaliste Olive Atangana, restent fermement attachées à la diffusion d’informations précises, vérifiées et équilibrées. Depuis bientôt dix ans, notre démarche professionnelle — parfois iconoclaste — est guidée par une exigence de vérité, sans aucune intention malveillante de nuire à l’image d’une personnalité ou d’une institution.
Nous continuerons à suivre ce dossier relatif à la gestion de l’Hôpital de Référence de Sangmélima avec rigueur, impartialité, et dans le respect des principes d’éthique et de déontologie journalistique.
La Rédaction