Decès des triplets de Logbaba : le rapport d’enquête accablant de l’Ordre des médecins du Cameroun

(Lurgentiste.com) – « L’acharnement thérapeutique n’avait pas sa place vu le pronostic à court et à long terme. » Telle est la conclusion du rapport d’expertise médico-légale produit par la Commission d’enquête mise sur pied par l’Ordre national des médecins du Cameroun (ONMC), suite au décès de trois nouveau-nés prématurés à l’hôpital de district de Logbaba le 22 janvier dernier. Ce document de 9 pages obtenu par l’Urgentiste met en lumière trois principales failles : techniques, éthiques et déontologiques.

Transfert tardif / équipements manquants

Selon la commission présidée par le Dr Ndobo Pauline, gynécologue-obstétricienne, le personnel soignant de l’hôpital de Logbaba a procédé à un transfert tardif de la patiente de 25 ans, admise dans la nuit du 21 au 22 janvier avec une grossesse de 25 semaines et cinq jours et une perte abondante des eaux. « C’est la faute principale de l’hôpital. Le personnel a fait accoucher la patiente sur place, sachant que l’établissement ne disposait pas des équipements nécessaires pour sa prise en charge », commente une source proche du dossier.

En effet, le service de gynécologie de cet hôpital public ne dispose ni de couveuse de transport, ni de matériel adapté pour la prise en charge des grandes prématurités, ni même de source d’oxygène portable. Le rapport dénonce également l’absence de matériel pour poser des voies centrales, le manque d’un anesthésiste spécialisé pour nouveau-nés et l’inexistence de matériel pour intuber les nouveau-nés de très petit poids. « Actuellement, aucun hôpital au Cameroun n’est capable de prendre en charge un bébé de 25 semaines pesant 500 grammes », regrette l’ONMC.

Erreurs dans la prise en charge

Concrètement, l’équipe médicale « aurait dû organiser le transfert in utero immédiat de la parturiente avec une ambulance médicalisée vers un hôpital de niveau 3 », écrivent les enquêteurs. La commission critique par ailleurs l’absence de couveuses de transport dans cet hôpital situé dans la capitale économique du pays, ainsi que le fait que les nouveau-nés ont été enveloppés dans des draps et placés dans un carton.

Ils ont ensuite été « remis dans cet état à la famille pour être transportés dans un taxi, vers un hôpital de leur choix », sans aucun personnel de santé pour les accompagner. Pourtant, « en cas de naissance prématurée, le transfert devrait être effectué par une ambulance médicalisée avec de l’oxygène disponible. Si celle-ci n’est pas disponible, le transfert des nouveau-nés doit être organisé par la méthode peau à peau avec un parent, accompagné par un personnel médical », insiste le rapport.

Insuffisances du Minsanté

Les enquêteurs sont formels : ces triplets auraient dû être transportés avec une couveuse de transport dans une ambulance médicalisée équipée d’oxygène, ou à défaut, par la méthode peau à peau avec de l’oxygène. Cependant, le service de gynécologie ne dispose pas de couveuse de transport, et le personnel n’a pas été formé à la méthode Kangourou pour le transport des bébés de petit poids.

Face à ces dysfonctionnements, l’ONMC formule plusieurs recommandations à l’attention du ministère de la Santé publique. Premièrement, il est essentiel d’équiper les hôpitaux d’ambulances médicalisées pour le transport des patients. Deuxièmement, il faut doter les hôpitaux de niveau 3 de matériel de réanimation néonatale. Enfin, il est crucial d’assurer la formation du personnel médical pour le transfert des bébés de petit poids par la méthode peau à peau dans tous les hôpitaux de district.

Pronostic très réservé

Selon le rapport remis à Manaouda Malachie, ministre de la Santé publique, la patiente a présenté un avortement tardif de triplets de 25 semaines d’âge gestationnel, dont le pronostic était déjà très réservé en raison de plusieurs facteurs. Dont le terme précoce de la grossesse, la rupture des membranes, la mauvaise adaptation à la vie extra-utérine à la naissance, les très faibles poids de naissance et le manque de plateau technique dans les hôpitaux camerounais.

Dans le contexte camerounais, le taux de survie de tels nouveaunés est de 1 % seulement. En cas de survie, les conséquences peuvent inclure des hémorragies cérébrales, des problèmes cardiaques, des complications digestives, une détresse respiratoire et, à long terme, des handicaps moteurs à vie. C’est pourquoi, dans ces cas, aucun acharnement thérapeutique n’est nécessaire.

 

Journaliste diplômée de l'École supérieure des sciences et techniques de l'information et de communication (Esstic) au Cameroun. Passionnée et spécialisée des questions de santé publique et épidémiologie. Ambassadrice de la lutte contre le paludisme au Cameroun, pour le compte des médias. Etudiante en master professionnel, sur la Communication en Santé et environnement. Membre de plusieurs associations de Santé et Politique, dont la Fédération mondiale des journalistes scientifiques (WFSJ) et le Club des journalistes politiques du Cameroun (Club Po). Très active sur mes comptes Tweeter et Facebook.
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