L’inquiétude prévaut chez les diabétiques insulino-dépendants tandis que certaines sources pharmaciennes annoncent un retour à la normale d’ici le 15 août 2020.

Les diabétiques insulino-dépendants sont aux abois. Depuis le mois d’avril 2020, les malades peinent à trouver de l’insuline dans les pharmacies. « Ce sont les stocks résiduels qui sont entrain d’être épuisés mais de manière générale, les fournisseurs sont en rupture depuis quelques semaines déjà », confirme un pharmacien en service à Maroua. Les pharmaciens d’officines eux, signalent une rupture de depuis deux mois. En effet, le constat sur le terrain fait état de ce dans les grandes villes du Cameroun (Ngaoundéré, Douala, Yaoundé, Maroua, Ebolowa), quelle que soit la forme (Stylo et Flacon), le principal médicament des diabétiques de type 1 est indisponible autant chez les grossistes-répartiteurs.

Le Cameroun compte plus d’un million de diabétiques et un taux de prévalence de 6%. Parmi eux, 10%, sont insulino-dépendants. Soit 1000. Selon les statistiques, la grande partie de ces insulino-dépendants sont des enfants dont l’âge varie entre 0-21 ans. La file active de cette tranche est comprise entre 600 et 700. « L’insuline est vitale pour les diabétiques de type 1. S’ils font huit jours sans insuline ils vont mourir», alerte un diabétologue à l’hôpital Central de Yaoundé. Pour ce dernier, « Cette crise est sérieuse » et mérite « d’être prise au sérieux et résolue».

Désarroi

L’ampleur de la situation est telle que les insulines en flacon davantage utilisés par les malades, sont rares. « On voit encore quelques insulines en stylo mais ils sont chers », indique une source médicale. En fait, le stylo a 300 unités et coûte entre 7000 et 8000 Fcfa tandis que le flacon en a 1000 et coûte 6000 Fcfa. « Voilà pourquoi les gens aux faibles revenus ont des difficultés pour se ravitailler. Quand bien même ils trouvent en stylo, ils sont incapables de se l’approprier. Et quand ils trouvent et qu’ils font des efforts pour en avoir, ça ne met pas long. Ça fini rapidement », explique une source à la Maison des diabétiques et hypertendus de Yaoundé. Au sein de cette association qui assurent le suivi et la prise en charge des diabétiques, l’inquiétude est réelle.

Une source informe que « Les malades appellent de partout le pays parce qu’ils espèrent qu’ici ils vont trouver le médicament. Nous avons quelques stylos mais ça ne peut pas satisfaire pas tous les malades». C’est dire que la détresse est réelle. Ils sont d’autant plus inquiets qu’ils ne savent pas quand le marché sera renfloué. D’après des sources, depuis deux semaines, des tractations entre grossistes ont lieu pour un retour à la normale. L’une d’elle révèle d’ailleurs qu’un stock d’insulines est arrivé à Douala le 27 juillet dernier. Au ministère de la Santé, l’on n’évoque pas le sujet. La Direction du médicament, de la pharmacie et des laboratoires au ministère de la Santé publique, n’a pas souhaité s’exprimer à ce propos.

La Cename au banc des accusés

Jusqu’ici, la grande partie d’insulines d’habitude disponible est fabriqué en France. Or, depuis le 3 avril 2020, les fournisseurs camerounais peinent à importer les médicaments. En fait, l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (Anms) a commis une note portant interdiction d’exportation des spécialités d’anesthésie-réanimation et de médecine d’urgence pendant cette période de crise sanitaire de Covid-19. Dans cette liste de produits, figuraient les médicaments du diabète dont les insulines. Ce qui impacterait sur le Cameroun car c’est dans se pays que s’approvisionnent l’essentiel des fournisseurs en médicaments qui ravitaillent le marché camerounais. Conséquences, les grossistes-répartiteurs peinent à importer les médicaments.

Mais selon l’analyse de certains médicaments, cette interdiction ne suffit pas elle seule, à justifier la pénurie. « Si au bout de quatre mois de Covid on a une rupture, c’est qu’on a un réel problème. Le Covid n’a rien à voir avec l’insuline », s’insurge notre source diabétologue. Pour elle, « La Cename (Centrale nationale d’approvisionnement en médicaments essentiels : Ndlr) devrait dire ce qui ne va pas ». En d’autres termes, cette Centrale, bras séculier de l’Etat en matière de médicaments essentiels, devrait disposer d’un stock de sécurité.

Du côté de cette Cename, le Dr Samba, directeur d’exploitation, explique que la rupture est liée à des questions financières. Lorsque votre reporter aborde l’aspect du stock de sécurité, de la commande nationale depuis le début d’année, et d’une date éventuelle pour un retour à la normal, ce dernier botte en touche les questions. « La Cename n’est pas le seul importateur d’insuline au Cameroun. Nous sommes 20 à importer l’insuline au Cameroun. Donc il y a 19 autres personnes», se défend-il.

A propos de ce que représente le marché de l’insuline au Cameroun et le besoin national en insulines, il élude les questions. « La Cename c’est seulement 10% du marché pharmaceutique en valeur ajouté au Cameroun. C’est un nain, en chiffre d’affaire des importations des insulines au Cameroun. La Cename seule ne peut pas couvrir la demande nationale. C’est pourquoi il y’a d’autres importateurs dans le secteur », argue le Dr Samba. Néanmoins, il reconnait que « La Cename en tant que fournisseur de l’Etat, ne devrait pas se permettre une pénurie des produits de premières nécessités ». Seulement, peu soutenue par l’Etat, la Cename a de faibles capacités pour acheter les médicaments.

Incertitude et alternatives

Au Cameroun, plusieurs importateurs se partagent le marché des importations d’insulines. Parmi eux, deux principales firmes : Laborex « le premier importateur », et Ubipharm « le challenger ». A Laborex, c’est l’incertitude qui prévaut. « Nous n’avons pas d’informations ; nous attendons comme tout le monde. C’est bien dommage », indique le Dr Josepha Ondoua Ada, directrice d’Agence Akwa à Laborex.  Ce d’autant plus que « Je ne peux pas vous dire quand le retour à la normal se fera », fait-elle savoir.

A la Maison des diabétiques et hypertendus, « J’ai essayé d’appeler le représentant du Laboratoire Novo, il m’a dit que c’est un problème de vols. Comme les vols ne viennent pas régulièrement, c’est pourquoi ils sont en difficulté. J’espère que ça ne va plus durer longtemps parce que si ça fait encore plus d’un mois, il y aura plus de stylo », précise un responsable. Entre temps, en guise d’alternatives, « On a commencé les substitutions. Ensuite, les adaptations thérapeutiques se feront peut-être car on a les insulines retards, rapides, recombinées, etc », explique un pharmacien.

Dans le monde, quatre grandes firmes se partagent le marché de l’insuline (près de 30 milliards au niveau mondial). Ce sont Novo, Nordisk, Sanofi, MSD et Lilly. « Le nœud du problème chez nous est la production locale. Depuis un an, certains médecins de Yaoundé et Douala avaient décidé de se mettre ensemble pour en produire. On ne sait pas où ils en sont. Le Covid va au moins nous servir de déclencheur pour résoudre certains problèmes », espère un pharmacien à Douala.

Le diabète est une maladie chronique qui se caractérise par une hyperglycémie (c’est-à-dire un taux de sucre élevé dans le sang en permanence). « Avec le temps, le diabète peut endommager le cœur, les vaisseaux sanguins, les yeux, les reins et les nerfs », relève l’Organisation mondiale de la Santé (OMS). Au Cameroun, elle représente la 5e cause de mortalité.

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