Manaouda Malachie soutient que la ressource humaine et les conditions de travail actuelles sont suffisantes pour assurer des soins de qualité, ses collaborateurs en attestent du contraire.

Depuis son arrivée à la tête du très sensible ministère de la Santé publique, Manaouda Malachie n’a de cesse d’exiger « l’humanisation des soins dans nos hôpitaux et des services ». Il en a même fait son « crédo ». Pour lui, cette dynamique s’articule autour de la qualité des prestations des soins, de l’attention portés aux patients, et usagers du service public hospitalier et sur la relation patient-soignant de manière générale. « Une telle option est un défi qu’il convient de relever et pour laquelle nous n’avons pas droit à l’erreur ou à l’échec », a encore martelé le Minsanté le 17 juin dernier à Yaoundé. Sauf que sorti de ce discours tenu au cours de la réunion de concertation et de dialogue avec les personnels de santé, la réalité sur le terrain est toute autre. D’abord, « le système d’offre de soins est un ensemble d’infrastructures, de ressources et d’activités mobilisées pour assurer les prestations de soins et de service en vue de répondre aux besoins de la population », explique le Pr Eugène Sobngwi, directeur médicale de l’hôpital Central de Yaoundé.

Selon ce dernier, « Il y a une exigence de continuité, de globalité et d’équité pour fournir à toute la population les services qu’elle requiert, des services de la meilleure qualité possible, continu et conforme aux mesures de bonnes pratiques, avec une satisfaction de la population et des professionnels ». Concrètement, pour atteindre le « crédo » prescrit par la tutelle, il faut au préalable tenir compte du déficit criard en infrastructures inadaptées aux standards et à l’usage auquel font face les hôpitaux. A ceci, s’ajoutent la vulnérabilité à des choses comme la fourniture en eau et en électricité, la nébuleuse d’oxygène, de budget dérisoire, de pesanteurs procédurales qui sont parfois mal adaptées à la gestion hospitalière qui est une question d’urgence parfois.

Climat social et relation patient-soignant

Ici encore, le corps médical regrette que dans cette relation de soignant et soigné, « le soignant est injustement rendu seul responsable et coupable de l’offre de soins trop souvent famélique ». Et face aux multiples accusations formulées contre eux et dont sont victimes les usagers, une réplique toute trouvée est de mise. « Nous recevons les gens en bout de course. A titre d’illustration, à l’hôpital Central de Yaoundé, pour 662 décès en un an, dans les services d’urgences, nous avons enregistré 1312 arrivées- décédées. C’est-à-dire que 2/3 qui sont enregistré comme décédé aux urgences le sont avant l’arrivée en raison des parcours préhospitaliers complexes et éreintants », justifie le directeur médical.

Aussi, « les actes des brebis galeuses crient plus forts que l’héroïsme silencieux de la majorité des soignants. Les soignants dévoués et héroïque se sentent abandonnés, victime de harcèlement moral et de violences physique recrudescents », déplore le Pr Sobngwi.   Quoi qu’il en soit, « Les malades attendent de meilleures conditions d’hygiène dans les formations sanitaires, un control plus strict de leurs soins et une prise en charge plus rapide des soins et des couts plus accessibles à la bourse des plus modestes. Dans ces attentes, nous pouvons nous-même répondre, en notre qualité de responsable du système de santé, résoudre déjà, une partie des problèmes si durement ressenti par les populations », retorque Manaouda Malachie.

Ressources humaines sous perfusion

Autre goulot d’étranglement à l’atteinte des objectifs fixés par le Minsanté, l’épineuse question des ressources humaines dans les formations sanitaires. L’hôpital Central par exemple, crie à un déficit de 589 personnels. Bien plus, 21 de ses médecins généralistes sur les 25 présenteront le concours de spécialisation à la prochaine rentrée. Cette formation sanitaire publique fait aussi face à des qualifications professionnelles insuffisantes. En effet, le staff déplore qu’il n’y ait aucune sage-femme sur les 219 personnels hospitaliers. Plus grave, les 118 aides-soignantes dont dispose cet hôpital font fonction d’Infirmier diplômé d’Etat (IDE).

Ce qui n’est pas sans conséquences sur l’administration des soins. Situation similaire à l’hôpital régional annexe d’Ayos où le staff fonctionne avec un effectif de 42 personnes. « Nous avons un seul spécialiste ; pas de chirurgien et ça nous pénalise. Nous sommes obligés de faire appel à un ancien aide-soignant qui s’y connais par expérience. Il nous faut absolument de chirurgiens. Surtout que nous sommes sur une route nationale », confie une source médicale au sein dudit hôpital.

À l’hôpital régional de Ngaoundéré, « le problème qu’a cette formation sanitaire c’est qu’elle n’a pas un personnel de qualité », regrette une source médicale. Dans deux DS de l’Extrême-Nord, la situation n’est guère reluisante. L’un pour une population de 14 700 habitants, ne dispose que d’une sage-femme absente, d’une aide-soignante, de quatre médecins, d’un agent technique médico-sanitaire, et d’aucun pharmacien et IDE. L’autre, bien qu’insuffisant aussi (13 au total), déplore le déficit qualité en sages-femmes et IDE. Un administrateur de santé publique lui, précise que le personnel dans les hôpitaux de districts (HD) et Centre médicale d’arrondissement (CMA) urbains oscillent entre 30 et 70 personnels tandis que ceux ruraux n’en n’ont que 5 et 10. Même son de cloche pour les DS urbains (entre 5 et 10) et ruraux (entre 1 et 3 personnels).

Or, « les soins de qualité requièrent un personnel de qualité et en nombre suffisant. Nous n’avons que quatre médecins considérés comme personnel qualifié et aucun infirmier. C’est donc un important handicap pour cet hôpital. A ceci, s’ajoute un plateau technique inadéquat », regrette le médecin chef, d’un HD de l’Extrême-Nord. Mais, nouvelle fin de non-recevoir opposé à ces récriminations par le Minsanté. « Comprenons-nous très bien. La ressource humaine disponible en l’état actuelles est bien capable d’assurer avec dévotion et abnégation, la mission qui nous est à ce jour confiée », argue Manaouda Malachie.

Mise au point

Loin de s’émouvoir de ce tableau sombre, Manaouda Malachie est formel. « Nous pouvons faire mieux, avec le peu que nous avons », tranche-t-il. Et devant les caciques du corps médical, les responsables des Ordres professionnels, le Minsanté va exprimer son mécontentement sur l’opacité liée à la gestion des ressources hospitalières. « Nous parlons peu des recettes de l’hôpital qui devraient aider à faire un certain nombre de chose. Il est important que les recettes propres de l’hôpital fassent l’objet d’une réflexion. Qu’est-ce qu’on en fait ? Il faut se donner soi-même des moyens de contrôle », précise ce ce dernier. Le dialogue de sourd est donc consommé. Aussi, « En dépit des limites objectives de notre système de santé, nos populations sont en droit d’attendre une qualité de soin significativement améliorée, un meilleur accueil dans les formations sanitaires, un accès plus équitable aux soins et aux médicaments essentiels, un système qui prennent en compte toutes les couches de la populations », tranche le Minsanté.

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