Rétrospective/Cameroun: L’année sanitaire 2022 en dix repères

12 autres mois viennent de s’écouler dans le secteur sanitaire au Cameroun. Une période marquée entre autres par l’échec de la mise en œuvre effective de la Couverture santé universelle (CSU), la résurgence des épidémies de choléra, rougeole et variole du singe, la rupture de stocks du vaccin contre la tuberculose, de l’insuline ; la péremption du vaccin contre le Covid-19, le mouvement des patients souffrant d’insuffisance rénale pour une meilleure prise en charge, la non livraison de plusieurs Centres hospitaliers régionaux. Néanmoins, de timides réalisations sont à noter. Notamment la poursuite du renforcement du système de santé, la petite embellie de la vaccination contre le Covid-19, la loi sur la Procréation médicalement assistée (PMA), trois autres transplantations rénales effectuées en terres camerounaise malgré l’absence de la loi dont le projet est en cours d’élaboration depuis 2020. Sous Manaouda Malachie, ce secteur aura donc été marqué en 2022, par des avancées et ratés regroupés en 10 repères.

1-Epidémies : La sempiternelle résurgence

En 2022, le Cameroun n’a pas échappé à la résurgence des épidémies. Le pays a ainsi eu maille à partir avec notamment le choléra, la rougeole (plus de 2000 cas) et la variole du singe (plus de 100 cas et 3 décès). Pour le choléra, plus de 15085 cas et près de 300 décès ont été répertoriés sur le territoire. La dernière en date s’est déclenchée à la fin du mois de décembre dernier à Ntui, dans une communauté de sableurs. Même si l’autorité tutélaire de la santé s’est voulue rassurant en déclarant que l’épidémie est sous contrôle et qu’il n’y a aucune raison de s’inquiéter, force est de constater pour le déplorer que les solutions apportées à cette épidémie de choléra comme aux autres demeurent des placebos.

2-Couverture santé universelle : De glissement en glissement

La Couverture Santé universelle (CSU) est restée un vœu pieux en 2022, comme les années précédentes. Son lancement d’abord annoncé par le ministre de la Santé publique en 2020 puis en 2021 et ensuite au cours de l’année écoulée n’a pas eu lieu. Le Minsanté justifie cet énième glissement de calendrier par l’absence du cadre légal. « On ne peut pas faire la CSU sans que l’on ait la loi. Nous n’avions pas cela et donc, nous ne pouvons pas commencer la CSU en 2022 comme annoncé », a-t-il déclaré en décembre dernier. D’après lui, l’élaboration de ses sept textes d’application et l’avant-projet de loi ont été finalisés et transmis au gouvernement. En attendant donc que cet encadrement juridique soit disponible, l’autorité tutélaire de la santé au Cameroun a décidé de lancer la phase pilote 1 au premier semestre 2023.  Entre temps, les enrôlements qui devaient démarrer en fin décembre 2021 ne l’ont pas été. Mais, Manaouda Malachie affirme que des sites d’enrôlement ont déjà été déployés à travers huit régions sur 10 ; que des datas center ont été construits à 80-85% et sont déjà prêts. Le doute reste toutefois de mise au sein de l’opinion nationale et au Parlement.

3-Affaire Hilaire Ayissi Mengue : Le statut quo/ Le boulet ?

La dépouille de Hilaire Ayissi Mengue git toujours à l’hôpital Central de Yaoundé, plus d’un an après son décès. L’année 2022 n’a pas permis que ce jeune homme de 22 ans décédé dans des circonstances troubles à l’hôpital Central de Yaoundé en septembre 2021 puisse reposer en paix. Le rapport d’enquête administrative commandé par le ministre de la Santé publique « pour établir les responsabilités » après cette mort suspecte n’a toujours pas été rendu public. Du côté de la justice, l’on se presse aussi lentement. Après l’ouverture de l’information judiciaire en janvier 2022 et les auditions des différentes parties en septembre, la confrontation reste attendue. En rappel, c’est le 24 septembre 2021 que ce scandale éclate au sein de l’opinion. Au cœur de celui-ci, la mort suspecte d’un jeune de 22 ans survenue à l’hôpital Central de Yaoundé (HCY), après deux opérations chirurgicales. Jusqu’à ce jour, des explications justifiant les circonstances de ce décès et les nombreuses mutilations constatées sur la dépouille du défunt n’ont pas été données aux membres de sa famille. Au Minsanté, des sources se dédouanent de ce dossier et affirment que le rapport de ce département ministériel ne peut être publié sans le dénouement du côté de la justice. Affaire à suivre.

4-Plateaux techniques : Le timide relèvement

Ce n’est pas la révolution, mais le Cameroun a marqué quelques points sur le processus du renforcement des plateaux techniques des hôpitaux publiques de son système sanitaire. Ainsi, l’hôpital régional annexe de Nkongsamba s’est vu doté d’une ambulance médicalisée et d’un scanner 16 barrettes comportant un générateur intégré et un injecteur automatique. Pareil pour les hôpitaux régionaux de Bertoua et Bamenda. A Baham, l’hôpital de district a reçu des lits d’hospitalisation et de matelas, des gants de soins, perfuseurs, cathéters, stéthoscopes, thermomètres, incubateur néonatal… La grande nouveauté a été l’inauguration des centres d’hémodialyse de trois régions. Celui de l’hôpital régional de Maroua a été renforcé par l’installation de 5 nouveaux générateurs de dialyse. Celui de Ngaoundéré a été inauguré mais n’est pas encore fonctionnel faute de spécialiste tandis que celui de Bafoussam (10 machines, 10 lits, une unité de de traitement et de purification d’eau, une salle de pose de cathéter) bien que terminé, attend toujours sa mise en service. D’après Paul Biya, grâce à ce relèvement « du plateau technique de plusieurs formations sanitaires, notre pays est désormais capable d’offrir des soins de qualité dans des domaines particulièrement pointus, tels que la chirurgie cardiaque ou la transplantation rénale ». Dans son adresse à la nation le 31 décembre 2022, le chef de l’Etat a d’ailleurs demandé la poursuite des « efforts engagés dans ce secteur en mettant en œuvre un vaste plan de renforcement du plateau technique et des capacités du personnel des hôpitaux sur l’ensemble du pays ».

5-Centres hospitaliers régionaux : Longue attente à Maroua, incertitude à Bamenda et Buea

Maroua ne tient pas encore son Centre hospitalier régional (CHR). Bien que les travaux soient « quasiment achevés » et que son ouverture soit prévue au cours de cette année, les populations attendent toujours sa mise en service officielle. Il en est de même pour les CHR de Bertoua et Ngaoundéré. Les travaux de construction de ceux de Buea et Bamenda sont même en arrêt depuis quatre ans déjà. Il est prévu que ceux de Buea redémarrent cette année mais cette reprise demeure incertaine à cause de l’offre financière revue à la hausse par l’entreprise Alliances Construction chargée desdits travaux et que le gouvernement n’a pas encore validé. Concernant le CHR de Bamenda, « les négociations sont en cours avec le génie militaire ». En présentant le bilan du Plan d’urgence triennal pour l’accélération de la croissance économique (Planut) volet « Santé » le 25 novembre dernier à l’Assemblée nationale, le Premier ministre Joseph Dion Ngute s’est gardé de mentionner ces deux CHR qui devaient être livrés depuis 2019. Mais à côté de ces mauvais points, de bons ont quelque peu irradié l’année sanitaire 2022. Au rang de ceux-ci, figurent en bonne place la carte sanitaire, la vaccination contre le Covid-19 et bien d’autres.

6-Carte sanitaire : la petite embellie

La carte sanitaire du Cameroun a continué à s’enrichir au cours de l’année écoulée. Ainsi, le Centre hospitalier régional de Garoua et l’hôpital général de Garoua dans la région du Nord ont été inaugurés et mis en service. Le premier est un hôpital de plus d’une centaine de lits, spécialisé en gynéco-obstétrique. Pour cela, il dispose de service et d’équipements variés. Le service de gynécologie obstétrique par exemple a trois salles d’accouchements individuelles fournies chacune d’une photothérapie et d’une table radiante, une salle de bain assisté, une salle de surveillance fœtale, une salle de dilatation, huit salles d’hospitalisation et des dizaines de couvreuses. L’hôpital général lui, le troisième du pays, est un pôle de neurosciences qui prendra en charge les maladies et affections médicales du système nerveux, les affections psychiatriques ainsi que la réhabilitation. Il est doté de 28 salles d’opération, deux d’accouchements, d’une capacité d’accueil de 250 lits, des équipements et technologies les plus pointus en matière d’imagerie médicale et l’ensemble des spécialisations médicales et services. Le moins que l’on puisse dire c’est que ces deux infrastructures sanitaires font aujourd’hui la fierté du pays et même de la sous-région.

7-Vaccin anti Covid-19 : lueur d’espoir au bout de l’effort

Les efforts du Programme Elargi de vaccination (PEV) pour une couverture vaccinale en hausse ont quelque peu porté leurs fruits après deux ans et cinq campagnes nationales de vaccination. De sources officielles, le Cameroun est ainsi sorti des pays qui avaient des couvertures vaccinales de moins de 10%. « C’est déjà un bon pas en avant », s’est réjoui le Dr Tchokfe Shalom Ndoula, secrétaire permanent du PEV. Ceci est à mettre en partie à l’actif de la campagne de vaccination organisée en novembre dernier et qui a permis d’atteindre le chiffre record de plus de 2 millions de personnes vaccinées. Plus de 80% de personnels de santé ont même été couverts pendant cette campagne. Par ailleurs, de nouvelles solutions pour contrer l’hésitation vaccinale et favoriser l’acceptation de la vaccination par la population ont vu le jour. Toutefois, malgré cette petite embellie, la couverture vaccinale demeure faible et le pays n’a toujours pas atteint son objectif initial de couvrir 20% de la population camerounaise. Le pays envisage donc d’intégrer ce vaccin dans la vaccination de routine cette année 2023, pour la booster et atteindre l’immunité collective à travers la vaccination. L’opération va-t-elle susciter plus d’engouement et reléguer au second plan le doute, le scepticisme et l’hésitation vaccinale qui ont longtemps plombé le déroulement de la lutte contre le virus mortel ? Wait and see.

8-Procréation médicalement assistée: Le cadre légal salvateur

Exit les dérives dans le secteur de la Procréation médicalement assistée (PMA) au Cameroun. Le pays dispose désormais d’une loi y relative, après des années de pratique sans cadre légal. Son adoption au cours de l’année écoulée à l’Assemblée nationale, consacre ainsi un grand bon que vient de faire le gouvernement dans ce secteur réputé extrêmement sensible. Cette loi définit les principes qui doivent désormais sous tendre les recours et la pratique de la PMA à savoir le respect de la vie et de la dignité de l’être humain, le principe de consentement écrit préalable, libre et éclairé ; le respect des règles bioéthiques et déontologiques ; les règles et procédures à observer par les praticiens du domaine concerné. Ses soixante-cinq articles répartis dans dix chapitres pose un ensemble d’interdictions et de sanctions administratives et pénales auxquelles s’exposent les contrevenants. Par exemple, les sanctions administratives vont de la suspension au retrait de l’agrément, tandis que la répression pénale prévoit des peines d’emprisonnement allant jusqu’à 20 ans, à côté des amendes dont les plus fortes s’élèvent à 20 millions de Fcfa. Les établissements et centres exerçant actuellement des activités de PMA disposent d’une période transitoire d’un an pour se conformer aux prescriptions de la nouvelle loi. Elle a été saluée par une bonne frange de la classe médicale. Mais, elle a fait des gorges chaudes chez le clergé.

9-Santé mentale : La petite percée

La survenue du Covid-19 en 2020 est venue mettre au goût du jour, la nécessité de placer la santé mentale des populations au centre des priorités dans le secteur sanitaire. Le Cameroun n’est pas resté en marge de ceci. Ainsi, l’année écoulée aura connu de belles réalisations dans ce secteur. D’abord, environ 300 personnes souffrant de maladies mentales ont été retirées des rues de la ville de Yaoundé et conduit au « Village de l’Amour » sis à l’hôpital Jamot de la ville. Ensuite, à travers la mise sur pied d’un groupe de travail national, plusieurs autres départements ministériels ont été sensibilisés. En 2022, c’était aussi essentiellement les activités de sensibilisation et de santé mentale dans les médias traditionnel et médias sociaux. Les activités de formation et surtout la prise en charge des personnes atteints de schizophrénie qui erraient dans les rues ne sont pas en reste. Et les équipes de la sous-direction au Minsanté ne comptent pas s’arrêter là. Les activités de sensibilisation sont également menées dans le cadre de la gestion du Covid-19.

10-Dr Fanné Mahamat : La disparition qui a choqué

Comme en 2021, l’un des acteurs de poids dans la lutte contre le Covid-19 en terres camerounaises a tiré sa révérence. Il s’agit du Dr Fanné Mahamat, Directeur de la Promotion de la Santé (DPS) au Minsanté, morte dans des circonstances tragiques le 23 janvier 2022. Une grande perte pour ce département ministériel. En effet, à travers sa riche carrière, la native de Kousseri dans le Logone et Chari, région de l’Extrême-Nord et ses nombreuses casquettes, s’est aussi illustrée par son dynamisme et des actions d’éclats. Par exemple, elle a redynamisé la sous-direction chargée de l’hygiène et l’assainissement, instauré de multiplier les campagnes sur l’hygiène et l’assainissement dans les écoles, mené le plaidoyer pour une meilleure prise en compte de la santé mentale au Cameroun par la sensibilisation et l’éducation. D’autres acteurs de poids ont quitté la scène en 2022, fauchés par la mort. Tel est le cas du Dr Martina Baye Lukong, Coordonnatrice du Programme national multisectoriel de lutte contre la mortalité maternelle, néonatale et infantile (PLMI). Durant une longue et riche carrière aussi, ce médecin spécialisé en santé publique s’est fortement impliqué dans la promotion de la santé maternelle et infantile dans son pays, le Cameroun, et au-delà. La « pionnière » de ce programme a ainsi grâce à sa mise en œuvre permis au Cameroun de réduire la mortalité maternelle de plus de 40% partant de 767 décès pour 100000 naissances vivantes en 2011, à 406 en 2018 après plusieurs décennies.

Olive Atangana

Journaliste diplômée de l'École supérieure des sciences et techniques de l'information et de communication (Esstic) au Cameroun. Passionnée et spécialisée des questions de santé publique et épidémiologie. Ambassadrice de la lutte contre le paludisme au Cameroun, pour le compte des médias. Etudiante en master professionnel, sur la Communication en Santé et environnement. Membre de plusieurs associations de Santé et Politique, dont la Fédération mondiale des journalistes scientifiques (WFSJ) et le Club des journalistes politiques du Cameroun (Club Po). Très active sur mes comptes Tweeter et Facebook.

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