Prison de New Bell. La résurgence du choléra fait 10 morts

(Lurgentiste.com)- Le choléra est de retour à la prison centrale de New Bell depuis le 11 août 2022. D’après nos sources carcérales, le premier cas a été confirmé ce jour-là. Au 25 août, la situation épidémiologique fait état de 128 cas notifiés et neuf décès. Si l’origine de cette 2e épidémie déclarée en un an n’est pas encore connue, des sources parlent du retour des pluies, d’une absence en eau potable au sein de ce pénitencier, de la promiscuité des pensionnaires avec les excréments, urines, déchets, eaux usées, etc.

« S’il y a choléra en milieu carcéral ça veut dire qu’il y a eu contact entre les cas de choléra du milieu extérieur et les prisonniers qui sont à l’intérieur », explique un médecin, épidémiologiste de terrain. En effet, de sources proches du dossier, cette prison a connu l’entrée d’environ 2000 nouveaux détenus en cinq mois. Parmi eux, « il y avait des cas de choléra », révèle notre source.

Riposte sanitaire

En guise de riposte, l’administration pénitentiaires procède à une désinfection du pénitencier trois fois par jour, à la sensibilisation sur le respect des règles d’hygiène, au renforcement des mesures d’hygiène existantes. L’implication des détenus pour une meilleure sensibilisation avec les pairs éducateurs, le ramassage systématique des ordures avec l’appui d’hysacam, le nettoyage et le curage des fosses et caniveaux ne sont pas en reste. Aussi, la délégation régionale de la santé pour le Littoral a fourni les vaccins et appuyé la prise en charge des malades évacués dans des hôpitaux publics. « Il faut préciser qu’en plus de toutes les mesures qui portent sur la salubrité, les pensionnaires de New Bell avaient presque tous reçu de la doxycycline en prophylaxie. C’est ce qui a également été fait cette fois », précise notre source proche du dossier.

Cette résurgence intervient cinq mois après la première épidémie déclarée en mars dernier. Celle-ci avait alors fait sept morts pour plus de deux cent malades. « La résurgence du choléra dans cette prison quelques mois seulement après la précédente épidémie de choléra laisse penser que les autorités administratives et pénitentiaires n’ont pas tiré les conséquences de la situation », accuse d’ores et déjà le Mouvement pour la Renaissance du Cameroun (MRC).

Prescription d’éradication

Au regard de cette situation « grave », « alarmante et critique », le MRC demande donc aux autorités pénitentiaires entre autres, de prendre les mesures adéquates pour éradiquer une fois pour toute le choléra en milieu carcéral comme c’est le cas dans tout pays civilisé. Dans la mesure où « Le choléra en milieu carcéral est une entité un peu particulière », pour en finir avec, « techniquement ce n’est pas très compliqué. Il faut juste être rigoureux parce que le milieu carcéral est un milieu fermé», indique l’épidémiologiste de terrain consulté.

Il préconise donc de restreindre le contact entre la prison et le milieu extérieur. Par exemple supprimer les visites, les corvées à l’extérieur, interdire les repas de l’extérieur. « A l’intérieur de la prison, il faut mettre les mesures de Wash c’est-à-dire désinfecter la prison quartier par quartier. Il faut prioriser cette désinfection, identifier les quartiers qui ont le plus fort taux d’attaque et désinfecter les autres quartiers de manière préventive ; il faut mettre des points d’eau avec lavage systématique des mains, voir la gestion des déchets. La riposte du choléra en milieu fermé est généralement plus aisée à faire qu’en milieu ouvert ».

En outre, il faut traiter les cas, faire la prévention et le suivi des contacts auprès de cas contacts. « Mais tout réside vraiment dans les restrictions et le Wash », insiste notre source médicale. Elle ajoute que « le choléra a une meilleure gestion quand la communauté est impliquée. A ce moment il faut identifier les relais dans les différents quartiers ». Aussi, « Vue que les prisons sont des lieux où on fait souvent la recherche active de la tuberculose, il y a déjà des personnes qui sont des relais dans les différents quartiers pour la recherche active des cas de tuberculose. On peut juste utiliser ces relais-là qui sont habitués à la recherche de la tuberculose, pour faire la surveillance communautaire du choléra en milieu carcéral pour qu’il y ait une détection rapide des cas et une prise en charge immédiate », prescrit l’épidémiologiste de terrain.

Et ce n’est pas tout. « La mesure à mettre en place dorénavant c’est la vaccination et prophylaxie pour tout nouveau pensionnaire, en plus des autres mesures barrières », conclut un autre médecin. En rappel, au Cameroun, neuf régions sont affectées par cette maladie qui a déjà fait 219 décès au total.

Olive Atangana

Journaliste diplômée de l'École supérieure des sciences et techniques de l'information et de communication (Esstic) au Cameroun. Passionnée et spécialisée des questions de santé publique et épidémiologie. Ambassadrice de la lutte contre le paludisme au Cameroun, pour le compte des médias. Etudiante en master professionnel, sur la Communication en Santé et environnement. Membre de plusieurs associations de Santé et Politique, dont la Fédération mondiale des journalistes scientifiques (WFSJ) et le Club des journalistes politiques du Cameroun (Club Po). Très active sur mes comptes Tweeter et Facebook.

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