Le Chef Section des opérations au Ccousp dresse le bilan de la couverture sanitaire de la CAN TotalEnergies, les bons points à mettre à l’actif du Cameroun et revient sur la problématique de la vente du Pass sanitaire.

Quel bilan faites-vous de la couverture sanitaire de la CAN TotalEnergies 2021 au Cameroun ?

Sans être juge et parti, on peut dire que la couverture sanitaire a été un succès. Sur le plan du suivi médical des délégations sportives, des officiels et également des spectateurs, la couverture a été de très haute qualité comme qualifiée par les officiels de la CAF qui pourtant étaient réticents au début de la compétition. De même de prestigieux clubs étrangers ont manifesté un satisfecit quant au suivi médical et l’expertise de nos spécialistes lors de la prise en charge de leurs joueurs. On a vu par exemple Sadio Mane poser avec le gardien de l’équipe comorien depuis le CHR (Centre hospitalier régional : Ndlr) de Bafoussam où ils ont eu une prise en charge 5 étoiles.

L’organisation de cette compétition au nouveau format avec 24 équipes et 52 matchs en plein Covid-19 était le défi majeur de cette couverture dans sa totalité. Ce défi a été relevé par la mise en place d’un dispositif sanitaire à la hauteur de la compétition et la situation sanitaire de la Covid à ce jour où nous n’avons que 4 cas d’hospitalisation dans toute l’étendue du territoire est une belle évidence.

Combien d’équipes et d’ambulances au total étaient mobilisées pour assurer la bonne couverture de cet événement d’envergure ?

Déjà il faut mettre en avant l’importance de la coordination et de fait la régulation médicale qui ont contribué au succès de la couverture sanitaire de la CAN TotalEnergies 2021. La coordination par le niveau central s’est appuyée sur un système de coaching performant et une décentralisation/déconcentration de la couverture par des Délégués régionaux dont l’engagement et la performance ont été grandement appréciés tout au long de la compétition. Ceci a permis la coordination de près de 4000 personnels de santé déployés dans plusieurs activités qu’ont été le testing, la vaccination (près de 200 k), le Pass sanitaire (plus de 400 k), la prévention et contrôle des infections, la sensibilisation et bien sûr la prise en charge clinique et psychologique indispensable pour un tel événement.

Nos laboratoires ont également été mis à profit pour les tests PCR des délégations sportives hormis les joueurs. Ainsi plus de 16 000 PCR ont été réalisées pendant la compétition… un véritable pari gagné. Pour ce qui est de la régulation médicale qui s’appuie sur les Centre d’appels, les ambulances et les formations sanitaires on a vu également un déploiement de qualité avec près de 100 ambulances et véhicules de liaisons mise à profit pour la couverture de cet événement.

Quels sont les couacs et manquements majeurs que vous avez relevés pendant cette compétition ?

Un tel événement ne peut se réaliser sans manquement. Déjà, il y a eu les incidents d’Olembe où nous avons déploré 8 morts sur le champ et de nombreux blessés dont la prise en charge de qualité a permis de tous les garder en vie. Le Pass sanitaire a été mis à l’épreuve durant cette compétition. On a surpris et mené des investigations sur des personnes arrêtées pour des faits de vente du Pass sanitaire aux abords du stade. Son acceptation et notamment la vaccination qui en faisait partie ont entraîné de grosses difficultés dans son implémentation. Les arrivées tardives des populations au stade sans pass sanitaire a également été un challenge majeur pour son contrôle et pour les tests de rattrapage proposés aux abords du stade. Nos équipes ont d’ailleurs été vandalisées au stade d’Olembe par des badauds pressés qui voulaient le Pass sanitaire sans toutefois être dépistés.

Justement, nos informations font état de ce que le Pass vaccinal était vendu à 500 F et que des complicités ont été découvertes au sein des personnels de santé. Qu’en est-il ?

Le prix du pass sanitaire (pas vaccinal) oscillait de 500 à 2000 FCFA en fonction des matchs et selon les personnes que nous avons interpellées. Il y’avait en effet des personnels de santé impliqués de manière directe et indirecte dans cette activité qui ne peut remettre en cause tout notre dispositif. Malheureusement, ni la Covid ni la CAN n’ont pu éliminer le virus de la corruption dans notre pays. Il faut néanmoins noter que ce sont des actes disparates par quelques individus qui ne représentent pas les 4000 et plus de personnels de santé qui ont démontré leur motivation et leur engagement durant la CAN.

Dans une note, le ministre de la Santé publique avait annoncé que des investigations sont en cours pour traquer ces « personnels véreux ». Où en est-on aujourd’hui ? Qui sont ces personnes ? Que risquent-elles comme sanctions ?

Le ministère de la santé a ses limites qui sont celles de la transmission des informations et des personnes de mauvaise moralité aux forces de maintien de l’ordre. La procédure est en cours et est suivie afin que de tels actes ne puissent plus se reproduire…

Quelle crédibilité peut-on accorder à un Pass sanitaire vendu à 500F ?

Un pass sanitaire qui est vendu quel que soit le prix, n’a aucune valeur, car ne garantit pas que son propriétaire est en effet testé et voir vacciné. Mais le plus important est d’apprécier la proportion de pass sanitaire qui ont été screenés et validés dans près de 95% des cas. Les 5% restants mettent en évidence la capacité de notre dispositif à se surveiller et surtout à s’améliorer pour les événements à venir.

Quelles dispositions ont été prises pour remédier à ces manquements et couacs ?

Les principales dispositions ont été d’une part le renforcement de la sensibilisation grâce aux médias et autres réseaux sociaux. Mais également, aux vans qui parcouraient les différents sites de la CAN. Le renforcement du dispositif proprement dit à l’entrée du stade avec un appui supplémentaire des forces de maintien de l’ordre ont permis de fluidifier le contrôle du Pass tel qu’on l’a observé dans les dernières phases de la compétition. Ceci dit, une évaluation plus approfondie sous la forme d’une revue après action est en cours de préparation. Elle permettra de tirer les leçons apprises de cet événement unique dans le monde jusqu’à ce jour et de partager l’expérience et l’expertise du Cameroun pour les prochains événements d’envergure qui auront lieu à l’échelle mondiale.

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