Pr Ongolo Zogo : un homme de rigueur face au labyrinthe à scandales de l’Hôpital Central

Lurgentiste.com – Le Pr Pierre Ongolo Zogo a officiellement été installé ce 19 mars sur le strapontin de directeur de l’hôpital central de Yaoundé, 14 jours après sa prise de fonction actée le 5 mars dernier par le Pr Richard Ndjock, Secrétaire général du ministère de la Santé publique.

Dans les hautes sphères du milieu médical camerounais, ce médecin radiologue chevronné est donc perçu comme « l’homme de la situation » face à un hôpital qui souffre de plusieurs mauxNommé le 28 février par un décret du Premier ministre Joseph Dion Ngute, il est reconnu pour son engagement en faveur de l’excellence et de l’amélioration des soins.

Le Pr Ongolo Zogo, chef du service de radiologie et d’imagerie médicale de l’hôpital, est un modèle académique irréprochable, selon le Pr Maurice Aurélien Sosso, ancien recteur de l’Université de Yaoundé I et Grand Officier de l’Ordre international des Palmes académiques du CAMES. « C’est l’un de nos jeunes médecins qui a reçu une formation d’excellence. Certains le qualifient parfois d’imbu de lui-même, mais en réalité, il considère simplement que l’excellence est une exigence incontournable », témoigne-t-il.

Hôpital à scandale

L’arrivée du Pr Ongolo Zogo à la tête de cet établissement intervient dans un contexte de crise. Depuis plusieurs années, cet hôpital, situé au cœur de la capitale, est au centre d’une série de scandales, dont le plus récent est la disparition d’une dépouille à la morgue.

Avant cette affaire, l’Hôpital Central avait déjà été gravement secoué par l’épisode Hilaire Ayissi Mengue. Ce jeune homme de 22 ans est décédé dans des circonstances troubles au sein de cette formation sanitaire en 2021. Malgré le bruit médiatique, les résultats de la commission d’enquête mise en place n’ont jamais été rendus publics. Il a finalement été inhumé en catimini en 2023, sans que la lumière ait été faite sur son décès, contrairement aux promesses de l’autorité tutélaire de la santé. Ce scandale venait ainsi rallonger une liste déjà alourdie par le drame du décès des quadruplés de la jeune Christelle Ntsama, survenu en 2020, faute de couveuses disponibles.

Ces affaires, parmi d’autres, ont profondément terni la réputation de l’Hôpital Central de Yaoundé et érodé la confiance du public envers cet établissement. Autant dire que la tache s’annonce ardue pour le Pr Ongolo.

Challenges et défis

Au sein du corps médical et du ministère de la Santé publique (Minsanté), le nouveau promu est crédité d’une solide expertise, tant académique que managériale. Son principal défi est d’instaurer des normes de qualité, en commençant par l’hygiène et la salubrité. « Il doit mettre en place un programme permettant d’atteindre un seuil minimum de qualité des soins », souligne le Pr Sosso.

À l’Hôpital Central, plusieurs collaborateurs partagent cet avis. « Son principal enjeu est l’amélioration de la qualité des soins, la satisfaction des patients et l’amélioration des conditions de travail des professionnels pour renforcer leur motivation », confie l’un d’eux. Il devra également lutter contre les pratiques contraires à la déontologie, telles que la vente illicite de médicaments et l’exercice en clientèle privée au sein de l’hôpital.

«Cet hôpital a plusieurs spécialistes mais la prise en charge des patients est très désinvolte. Pour des cas d’urgence vaut mieux ne pas y aller», critique sévèrement un usager. Et ce dernier de lister  «Rupture d’oxygène, laboratoire avec des résultats douteux, taxe abusive, appareils non fonctionnels, espace restreint favorisant la contamination inter-patients, mauvais accueil. Et la saleté partout».

Au Minsanté, plusieurs sources décrivent le Pr Ongolo Zogo comme un « innovateur et avant-gardiste ». Il est attendu sur des réformes structurelles visant à moderniser l’hôpital et à remobiliser les équipes. Parmi ses priorités figurent l’amélioration de l’accueil et la réorganisation des services spécialisés, la réhabilitation des infrastructures et l’acquisition de nouveaux équipements médicaux, ainsi que la gestion optimale des ressources humaines et financières.

Sur l’aspect relatif aux ressources humaines, des défis majeurs persistent, notamment la précarité d’une bonne franche du personnel en service au sein de cette formation sanitaire. « Plus de 200 personnels précaires travaillent sous pression. Les quotes-parts ont été réduites, certains ne perçoivent que 15 000 FCFA par mois, contre 80 000 FCFA auparavant », déplore une source médicale.

Nécessaire réforme hospitalo-universitaire

Au-delà des chantiers immédiats, l’Hôpital Central nécessite une refonte plus profonde. Un haut responsable du secteur affirme : « L’hôpital Laquintinie de Douala et l’Hôpital central de Yaoundé fonctionnent comme des directions du Minsanté, alors qu’ils devraient plutôt bénéficier d’une délégation hospitalo-universitaire. Une telle réforme aussi axée sur la recherche et l’encadrement de nos étudiants modifierait en profondeur leur fonctionnement », plaide le Pr Sosso.

D’ailleurs, il semble très conscient de cet aspect. « L’hôpital central est l’hôpital qui reçoit le plus grand nombre d’étudiants en formation, mais également l’hôpital qui forme les spécialistes de notre pays et ceux venus d’ailleurs. Et les missions de recherche de l’hôpital central pour continuer à améliorer la qualité́ des soins, nous allons nous y atteler», a-t-il déclaré. Et ce dernier de poursuivre : «Nous avons eu la chance de travailler avec certains directeurs, comme le Pr Marie Thérèse Abena Ondoua, le Pr Pierre Joseph Fouda. Nous allons continuer à améliorer ce qu’il y a lieu d’améliorer pour que l’hôpital central reste cet hôpital qui est au cœur de la cité capitale».

Un profil… haut

Le Pr Ongolo Zogo est spécialiste en imagerie médicale et en élaboration de politiques de santé. Titulaire d’un doctorat d’État en santé publique (PhD), il a acquis des compétences approfondies en gestion des systèmes de santé et des pandémies. « Même si aucun homme n’est parfait, il est travailleur, à l’écoute de ses collaborateurs et profondément humain », témoigne un ancien collègue.

Impliqué dans plusieurs initiatives de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), il a représenté le Cameroun à de nombreux forums internationaux. Lauréat du Global Health Leadership Award, il est également titulaire d’un MSc en génie biomédical de l’Université de Grenoble I Joseph Fourier et d’un MD de l’Université Lyon I Claude Bernard, en France.

Il succède au Pr Pierre Joseph Fouda, admis à faire valoir ses droits à la retraite après 12 ans à la tête de l’Hôpital Central. « Le Pr Fouda s’en est allé après une passation de service très chaleureuse et la tête haute », témoigne un ancien collaborateur.

Le Pr Ongolo Zogo réussira-t-il là où d’autres ont échoué ? Entre réformes structurelles et résistances internes, son mandat s’annonce comme un test grandeur nature pour la gouvernance hospitalière au Cameroun.

 

Journaliste diplômée de l'École supérieure des sciences et techniques de l'information et de communication (Esstic) au Cameroun. Passionnée et spécialisée des questions de santé publique et épidémiologie. Ambassadrice de la lutte contre le paludisme au Cameroun, pour le compte des médias. Etudiante en master professionnel, sur la Communication en Santé et environnement. Membre de plusieurs associations de Santé et Politique, dont la Fédération mondiale des journalistes scientifiques (WFSJ) et le Club des journalistes politiques du Cameroun (Club Po). Très active sur mes comptes Tweeter et Facebook.
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