Le Président de la Fondation camerounaise du cœur (FCC) dresse le bilan de la 13ème édition de la semaine du Cœur 2018 placée sous le thème : « Hypertension artérielle : Ennemi public dangereux ». 

Qu’est ce qui justifie la tenue d’une semaine camerounaise du Cœur ?

Comme vous le savez, notre pays est confronté à l’explosion exponentielle des maladies cardiovasculaires responsable d’un taux de mortalité sans cesse croissant et touchant de plein fouet toutes les couches de la population.  Toutes les preuves issues d’études scientifiques réalisées au Cameroun et dans d’autres pays à travers le monde ont démontré que la majorité des facteurs de risque prédisposant auxdites maladies cardiovasculaires sont évitables via la prévention.  C’est dans l’optique de prévention que la Fondation camerounaise du Cœur a institué la Semaine du Cœur  qui du reste est implémentée depuis 13 ans dans l’ensemble du territoire national et dont l’objectif primordial est d’une part sensibiliser et d’éduquer la population sur les dangers que représentent ces maladies cardiovasculaires et leur facteurs de risque ainsi que la possibilité de leur prévention ; d’autre part d’entreprendre des campagnes de dépistage gratuit des principaux facteurs de risque à l’instar de l’hypertension artérielle, le diabète, l’obésité et la troubles du rythme cardiaque. Outre les activités de dépistage, de sensibilisation et d’éducation, la semaine du cœur offre également une opportunité à tous les citoyens à se former à la réanimation et défibrillation cardiaque ainsi qu’aux autres gestes de premier secours afin de venir au secours d’un proche ou d’une victime lorsqu’on est témoins d’un arrêt cardiaque ou d’une mort-subite.

Concrètement, il est question de vulgariser les informations sur les dangers des maladies cardiovasculaires telles les AVC, l’infarctus du myocarde et la mort-subite et permettre à chaque citoyen camerounais de connaître son niveau de risque cardio-vasculaires, et d’agir efficacement en cas d’un arrêt cardiaque ou en cas de danger.  Osez Sauver et Osez agir est l’un des programmes phares de la fondation.

Quel bilan faites-vous de cette 13e édition qui s’est officiellement achevée le 18 novembre dernier à Yaoundé avec notamment, un Cœur dancing party ?

Le bilan de cette 13ème édition de la semaine du Cœur placé sous le thème : « Hypertension artérielle : Ennemi public dangereux » est très positif à la fois en termes de sensibilisation, de dépistage et de formation de masse. En effet, grâce au soutien et à l’appui inestimable des média nationaux à l’instar de L’œil du Sahel, nos messages de prévention de l’hypertension artérielle et de ses complications via un dépistage et une hygiène de vie saine a été porté avec succès auprès de près de 5 à 6 millions de Camerounais. Le cœur Dancing Party, qui est une activité physique visant à sensibiliser la population sur l’importance de la danse vectrice de prévention des maladies cardiovasculaires accessibles à tous est un nouveau concept de la Fondation Camerounaise du Cœur qui intéresse bien les populations qui ont pris d’assaut les différents lieux du cœur dancing party.  Un concept qui montre que la dance est un meilleur moyen efficace de protéger notre cœur, surtout les danses traditionnelles qui nous permettent en même de valoriser notre culture.  Pour ce qui concerne le dépistage, nos différents villages du Cœur ont connu une affluence record du grand public venu se faire dépister à travers le territoire national. A ce jour, plus de 6000 camerounais et Camerounaises ont bénéficié d’un dépistage cardiovasculaire gratuit. Fait important à souligner ; plus de 1000 Citoyens ont bénéficié d’examens bucco-dentaires gratuits. Les populations de certaines régions rurales et semi-urbaines reculées ont bénéficié des dépistages et de formation à l’instar de Tibati, Tokombere, Mbodjo, Nitoukou, etc…

A l’issue de celle-ci, peut-on savoir combien de camerounais souffrent de maladies cardiovasculaires et quelles sont les régions les plus touchées du pays ?

Les statistiques globales et définitives de cette édition de la semaine du Cœur seront connues à la fin des activités prévue le 30 novembre 2018.  Le temps que les informations des autres régions nous parviennent.  Je voudrai souligner que les tendances actuelles sont à l’image des résultats des travaux d’années antérieures avec près de 35-40% des camerounais sont hypertendu, le taux de diabète est aussi bien élevé par rapport à d’autres pays de la sous-région, avec une moyenne nationale d’environ 6 à 8% dans nos différentes campagnes de screening, avec un pic de 12% dans la région de l’Extrême-Nord. Environ 70% de la population Camerounaise est sédentaire et le surpoids/obésité touche environ 60% de femmes et 40% d’hommes ayant participé à nos enquêtes à travers le pays. Ces chiffres sont très inquiétants et toutes les régions sont concernées avec des tendances similaires à l’exception du diabète qui semble être plus prépondérant dans la région d’Extrême-Nord comme je l’ai mentionné plus haut. Il s’agit donc d’un phénomène général n’épargnant aucune région et touchant toutes les couches de la population y compris les adolescents.

Vous avez récemment déclaré que le Cameroun en est touché de plein fouet. Qu’est ce qui justifie cet état des choses ?

L’explosion des maladies cardiovasculaires au Cameroun est attribuable largement aux changements de notre mode de vie à savoir : les modifications de nos habitudes alimentaires. En effet, nous mangeons de plus en plus trop salé, trop sucré et trop gras.  En dépit du fait que le Cameroun est un grand « grenier » agricole, nous consommons très peu des fruits et légumes qui pourtant protègent efficacement et durablement contre les maladies cardiovasculaires. Le taux de sédentarité est très élevé et inquiétant comme mentionné plus haut : avec l’avènement de la globalisation la population est de plus en plus sédentaire. Ceci est favorisé par les moyens de communications modernes à l’instar des médias, l’affluence des moyens de transports, etc… Il convient d’ajouter à ces facteurs les troubles de sommeil qui augmentent drastiquement le risque d’hypertension et des maladies cardiovasculaires au Cameroun tel qu’observé dans nos différentes enquêtes. Je voudrai également souligner l’impact de la malnutrition maternelle et fœtale pendant les grossesses et responsable de naissance des enfants avec une petit poids. Or, il est actuellement prouvé que les maladies cardiovasculaires affectent beaucoup plus à l’âge adulte des personnes nées avec un petit poids.  Ceci pourrait expliquer en partie la forte prévalence de l’hypertension et du diabète dans la région de l’Extrême- Nord.

L’absence d’un plateau technique moderne dans nos hôpitaux n’est-il pas aussi à mettre à l’actif de cet état des choses ?

En réalité, même en présence d’un plateaux technique optimal, la prévention doit rester l’action prioritaire car même dans les pays occidentaux disposant des techniques médicales de pointes, les moyens affectés à la prévention sont plus importants que le curatif. Je suis persuadé que nous devons investir davantage dans la prévention via la sensibilisation de la population, le dépistage de masse et je suis heureux de constater que dans tous les centres de santé publics du Cameroun, il est possible de mesurer sa pression artérielle et sa glycémie. C’est une étape importante aux bénéfices de la population. Savez-vous que le traitement anti-hypertenseur moyen est d’environ 600 FCFA /mois dans nos centres de santé. J’encourage la population à utiliser nos structures de soins de santé pour se protéger contre les maladies cardiovasculaires.

Les populations des régions septentrionales du Cameroun dont le plateau technique est des plus vétustes, sont-elles à l’abri des affres des maladies cardiovasculaires ?

Aucune population n’est à l’abri, même si on dispose des meilleurs équipements possibles.  Nous avons souligné plus haut, que la prévention reste le meilleur moyen viable et efficace pour éviter les maladies cardiovasculaires. À Maroua comme à Kribi ou encore Douala et Yaoundé, les taux de prévalence des facteurs de risque sont à quelques différences près superposables.  La seule différence majeure est que dans le septentrion le niveau de prise de Conscience de la population est encore très bas.

Pouvez-vous rappeler à nos lecteurs, ce qu’il faire pour les éviter ?

Pour se prémunir contre les maladies cardiovasculaires, nous conseillons à la population de bouger plus souvent (faire du sport : marche, danse, etc..), de manger sainement, de réduire la consommation d’alcool et d’éviter de fumer.   Pour des patients souffrant d’hypertension et de diabète, en prenant régulièrement leurs médicaments sous la supervision médicales, ils réduiront considérablement leur niveau de risque.

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