Outre le ministre, de nombreuses fonctions stratégiques sont tenues par des ressortissants du Septentrion.

La santé aux bons soins du Grand-Nord

Le Septentrion n’a certes pas décroché le jackpot auquel il prétendait légitimement en récompense à son soutien déterminant dans la récente réélection de Paul Biya à la magistrature suprême. Dans la configuration gouvernementale issue du remaniement du 4 janvier 2019, l’on constate aisément que le Grand-Nord ne gagne pas en nombre de portefeuille. Mais difficile pour autant, de nier le succès de cette partie du pays dans le domaine de la santé. Cela peut même être rangé dans le registre de l’inédit au Cameroun. En effet, à l’issue de cet énième remaniement de Paul Biya après 36 ans au pouvoir, il apparait clairement que la santé a été confiée au Grand-Nord. Le Président de la République a ainsi misé sur Manaouda Malachie, désormais patron du ministère de la Santé publique (Minsanté). Originaire de Mokolo dans le Mayo-Tsanaga, région de l’Extrême-Nord, le nouveau Minsanté est tout juste âgé de 45 ans. C’est donc désormais sur les épaules de ce jeune -doté d’une solide carrière dans l’administration camerounaise avec tout à tour des passages au Minac, au Minee et au Mincommerce où il a tout juste passé quelques mois – que repose désormais ce « grand ministère ».

Dans ce département, il rejoint un ainé qui y trône depuis une dizaine d’années : Alim Hayatou. L’inamovible secrétaire d’Etat à la santé en charge des Epidémies et Pandémies. Quoi qu’un peu effacé, celui qui fait également office de Lamido de Garoua est en fait un cacique du gouvernement et baron au sein du ministère de la santé publique. Et ce n’est pas tout. Emmanuel Maina Djouldé, Inspecteur général au Minsanté et originaire de l’Adamaoua vient compléter ce trio des ressortissants du Grand-Nord au Minsanté. L’ancien chef de la division de la Coopération au sein de ce ministère a été au cœur de l’approche PBF, le financement basé sur la performance mise sur pied dans certaines régions dont le Nord, l’Extrême-Nord et l’Adamaoua. Mais le tableau est loin d’être complet. Car, trois postes de délégués régionaux de la santé publique sur les 10 que compte le Cameroun, sont occupés par des fils et filles du Septentrion. Il s’agit des Dr Arabo dans le Nord, Fanne Mahamat à l’Extrême-Nord et Aladji dans l’Adamaoua.

Défis

Cependant, cette remarquable percée des ressortissants de la partie septentrionale n’est pas qu’un cadeau aussi bien au plan national que régional. Ici, l’enjeu n’est pas que de s’inscrire dans la continuité des actions de son prédécesseur et avoir un meilleur système de santé. Avec lui, les populations de cette partie du pays en proie un peu plus que les autres régions du pays, non seulement à un plateau technique vétuste et personnels de santé insuffisant et peu qualifié, mais aussi et surtout, à de considérables problèmes de santé comme les épidémies, la malnutrition aigüe, le choléra, le paludisme, les maladies dites oubliées (Pian, leishmaniose, etc) peuvent-elles légitimement espérer une amélioration de leurs soins de santé ? Difficile à dire. « Parce qu’elles resteront pauvres. Le problème est systémique. Seul, il ne pourra pas. Ensemble, ils vont encore construire des CSI vides et ils risquent d’aggraver la maladie. Ce qui peut changer au Grand-Nord c’est l’éducation de la jeune fille, la fourniture d’eau potable, le soutien de l’agriculture et un peu, la viabilisation des Fosa», explique un spécialiste de santé publique sous anonymat. Pour ce dernier donc, les populations du Grand-Nord principalement ne devraient pas espérer avoir de meilleurs soins de santé. La région de l’Extrême-Nord par exemple, vient d’être frappée des épidémies dont le choléra, la rougeole le Pian. Tout comme le Nord qui a été aux prises avec le choléra pendant sept mois. Même si depuis le mois de décembre 2018 l’on assiste à une relative accalmie, il n’en demeure pas moins que la maladie a fait de réels ravages, avec sur le carreau, 58 morts et 991 cas notifiés au total. Certains médecins eux, pensent qu’il faut améliorer le plateau technique et personnels des hôpitaux.

Tout comme il faut accélérer la mise en place de la CSU, en tenant compte des réalités du Nord, « encourager les médecins à rester à leur poste parce que le taux de désertion des personnels du public est élevé. Les conditions du médecin du privé sont aussi à revoir dans le partenariat hôpital parapublic-gouvernement. Si ces aspects s’améliorent, les problèmes de santé de nos populations d’’ici vont changer », soutient un médecin de l’Extrême-Nord. Et le chapelet de ces problèmes est loin d’être égrené. « Nous avons un manque criard en ressources humaines en qualité et quantité de surcroit démotivé, un plateau technique et infrastructures hospitalières insignifiants et vétustes. Les décès maternels et infantiles communautaires très accentués très accentués, le manque de matériel roulant pour les vaccinations et consultations prénatales dans la communauté », énumère un médecin en service à l’Extrême-Nord.

Au plan national, il hérite « du désastre de 30 ans de pilotage à vue. Il trouvera pleins d’incompétents dans les services centraux, des gens à pousser à la retraite, des délégations en ruines, des jeunes à coopter et mettre au-devant de la scène pour de meilleurs résultats. Il devra faire le terrain en vrai », soutient un autre spécialiste. Selon son analyse, « Avant de commencer, il a déjà échoué. Il a été nommé à ce poste pour faire joli et parce qu’il manque de gens. Obligé donc de faire avec lui. Et n’oublie pas qu’il est un vieux SG, quoique jeune ».

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