De nombreux spécialistes de santé publique doutent de son efficacité et ses résultats sont mitigés.

Août, septembre et octobre. C’est pour cette période de trois mois qu’a été élaboré le Plan national de réponse à l’épidémie de choléra au Cameroun en 2018, mis en œuvre depuis lors. Ceci, parce qu’«au regard des risques persistants de propagation de cette épidémie, il est apparu indispensable d’élaborer un plan d’urgence national de riposte », précise le ministre de la Santé, André Mama Fouda, dans ledit document. Financé par l’Etat et les partenaires, son coût est estimé à 1 milliard 759 millions 890 mille 500 Fcfa (1 759 890 500). De source officielle, la plus grande partie de ces ressources financières proviendrait des caisses de l’Etat. Si de l’avis de certains observateurs, ce budget semble obèse pour un seul trimestre d’activité, le but principal de cette stratégie est de contrôler la flambée épidémique dans ces délais. Elaboré en français, le Plan de 51 pages détaille de façon succincte la manière dont les acteurs impliqués vont se déployer sur le terrain pendant la période de référence. Le document présente par ailleurs les rôles et responsabilités de chaque partie engagée dans cette lutte.

Ainsi, du côté des administrations, ce sont 19 départements ministériels qui sont concernés. En effet, le Plan national de réponse à l’épidémie de choléra au Cameroun se décline en plusieurs sections dont la 12e et dernière, qui balise le cadre logistique budgétisé. Celle-ci comporte sept sous-sections. Notamment la Coordination (205,238 millions Fcfa pour 16 activités) ; la prise en charge hospitalière des cas (532,8 millions Fcfa, pour 17 activités) ; la prise en charge communautaire (72 millions de Fcfa pour 06 activités) ; la veille, surveillance épidémiologique, investigation et laboratoire (571,75 millions de Fcfa pour 18 activités) ; WASH (271,1 millions de Fcfa pour 16 activités). L’hygiène dans le milieu hospitalo-sanitaire (8 millions de Fcfa pour) et la Communication (100 millions de Fcfa pour trois activités majeures). « La vérité c’est que personne ne peut financer ce plan. C’est exagéré. En plus, la réponse au choléra est classique et multisectorielle », avance un spécialiste de santé publique sous anonymat.

Grandes poches de dépenses

Quoi qu’il en soit, il apparait clairement que les grandes poches de dépenses ici, vont à la veille, surveillance épidémiologique, investigation et laboratoire, et à la prise en charge hospitalière des malades. Par exemple, l’acquisition des médicaments et intrants de prise en charge pour 1000 malades a été budgétisée à 75,11 millions Fcfa. L’appui aux équipes de prise en charge (forfait) lui, coûtera 40 millions de Fcfa et l’acquisition et pré-positionnement des médicaments et consommables médicaux (stocks d’urgence) dans les régions en épidémie s’arroge 139, 487 millions Fcfa. La formation du personnel pour la prise en charge médicale du choléra n’est pas en reste, avec 60 millions Fcfa tandis que celle du personnel de laboratoire des 190 DS à l’utilisation des tests de diagnostics rapides est de 50 millions Fcfa. Il faut relever ici qu’au cours d’une réunion, il a été décrié l’insuffisance du personnel impliqué dans la lutte contre le choléra. « L’on peut retrouver quatre à cinq personnes dans les DS mais ça dépend des ressources humaines alloués et des effectifs disponibles dans les DS en épidémie. Déjà, il faut aussi compter avec les agents de santé communautaires qui sont près de 750, les volontaires, le personnel des partenaires », explique une source.

A relever aussi que 30 millions de Fcfa sont alloués à l’élaboration/mise à jour de la cartographie des risques et vulnérabilité au choléra dans les 190 DS du Cameroun. Dans le même temps, 50 millions Fcfa seront dépensés pour disposer d’un équipement facilement mobilisable pour les missions d’investigation et d’intervention rapide au choléra. L’organisation de la surveillance environnementale des maladies du péril fécal à tous les niveaux quant à elle est budgétisée à 65 millions Fcfa. Tandis que 60 millions Fcfa permettront d’organiser des équipes d’investigation et d’intervention rapides à tous les niveaux et 270 millions pour les équipements des Equipes d’intervention rapide (EIR). Suffisant donc pour un autre spécialiste de santé publique de soutenir que « l’objectif de ce document n’est pas de soigner le choléra. Ça ne cadre pas avec ce que les populations sont en droit d’attendre. On lutte contre les causes ou les conséquences ? Dans leur prise en charge des cas, ils n’ont pas expliqué qu’ils veulent une mortalité réduite. Le résultat attendu est qu’il y aura toujours le choléra mais à une dose réduite. Affectons l’argent là où il faut ; pas pas à lutte contre la prévention, en mettant l’accent sur des aspects qui ne marchent pas ».

Réajustements

D’ores et déjà, une première évaluation de ce plan de riposte s’est tenue à Yaoundé le 31 octobre. Le ministre Mama Fouda qui semble particulièrement préoccupé par cette situation épidémiologique a personnellement présidé cette rencontre où des réajustements qui étaient naturellement attendus, ont été fait à tous les niveaux. Notamment, en ce qui concerne les régions septentrionales du pays. Ceci, pour les trois prochains mois. Pour la coordination par exemple, le déploiement de l’équipe du niveau Central va se poursuivre au Nord, mais l’effectif sera ramené à deux personnes. Le Minsanté et ses partenaires ont également jugé de la nécessité d’améliorer la promptitude de remonté et d’analyse et s’assurer de la disponibilité des TDR, pour la surveillance. La prise en charge des malades elle, verra se poursuivre le redéploiement pour une courte durée, du personnel de santé dans la région du Nord, afin de soutenir les UTC ayant un faible effectif.

L’ajustement fait au sujet du Wash concerne entre autres, la désinfection des domiciles ainsi que l’entourage des malades cholériques et amener les communautés à contribuer à l’assainissement de leur environnement. Le volet communication qui a aussi subi des réajustements, devra veiller à la disponibilité sur le terrain des outils de communication, poursuivre la sensibilisation et amener les communautés à aménager les latrines et les utiliser. « Ils ont échoué. Les objectifs montrent d’emblée qu’ils ne luttent pas contre les causes, accusent les autres, n’impliquent pas les autres départements ministériels. La communication est inexistante. Je n’ai pas par exemple reçu un message de sensibilisation contre le choléra de quelque opérateur que ce soit. Dans les régions septentrionales qui sont les plus affectées par cette épidémie, on ne dit pas les ressources financières qui y ont été allouées exactement pour être efficace. Il y a tellement d’incongruité dans ce plan qui est là à la réalité, pour partager les perdiems. La copie est à revoir », conclu un spécialiste de santé publique sous anonymat.

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