Manaouda Malachie: "J’ai les mains propres et la conscience tranquille".

Le ministre camerounais de la Santé publique a toujours clamé son innocence face aux accusations de détournement des fonds Covid-19 dont il était permanemment l’objet. « Je suis l’enfant d’un pasteur. J’ai les mains propres et la conscience tranquille », déclarait-il sur le plateau de Naja TV au mois d’avril dernier.  Néanmoins depuis un an, une frange de l’opinion nationale mais aussi et surtout l’ONG internationale Human Rigths Watch (HRW) et le député du Social Democratic Front, Jean Michel Nintcheu n’y sont pas allés de mains mortes pour imputer à Manaouda Malachie des faits de malversations financières, d’opacité, de conflit d’intérêt, surfacturation et de corruption dans le cadre des marchés publics en rapport avec la riposte contre le Covid-19.

Le premier rapport d’audit de la Chambre des Comptes sur l’utilisation des ressources du Fonds spécial de lutte contre le Covid-19 au Cameroun lui donne-t-il raison et l’innocente-t-il ? Sur cette question, l’opinion semble divisée. Les pros et antis Manaouda s’entrechoquent. « Quand on entend le ministre s’exprimer, il a plus peur pour ses collaborateurs qui ont commis de nombreuses fautes de gestion que pour lui-même. Il sait que c’est un acharnement contre lui mais il a des preuves pour se défendre », renseigne un proche du Minsanté.  Dans la même lancée, un ex-cadre du Minsanté, argue que « Le rapport pose des réserves qui nécessitent des clarifications. Le volet enquête du procureur va juger le degré de responsabilité sur les fautes relevées par ce rapport préliminaire ».

Ligne de défense

Autant le dire, qu’à première vue, le rapport d’étape de la Chambre des comptes en circulation depuis le 19 mai dernier qui dénonce des irrégularités dans la passation des marchés Covid-19 au sein du ministère de la Santé publique, n’épingle pas le chef de ce département ministériel. De fait, la Chambre des comptes charge principalement trois acteurs dont une entreprise privée (Mediline Medical Cameroon SA) et deux hauts fonctionnaires. Notamment le défunt Secrétaire d’Etat à la santé, chargé de la lutte contre les épidémies et pandémies, Alim Hayatou et Diaby Ousmane, le chef de la Division des études et des projets au Minsanté. Ce dernier est aussi le responsable de la logistique du plan national de riposte contre le Covid-19 au ministère de la Santé.

A ce titre, c’est lui qui préside le groupe de travail mis sur pied par Manaouda Malachie pour l’attribution des marchés spéciaux du Fonds Covid-19. Des contrats soumis à la signature de feu Alim Hayatou, que le Minsanté avait préalablement habilité comme ordonnateur délégué. Dans l’entourage du ministre, on soutient que le « Setat a géré en toute autonomie ce pan » et que « Manaouda n’a pas interféré dans le processus de passation des marchés publics, ni signé aucun marché dans la gestion du Covid-19 ». Une tribune libre titrée « Manaouda Malachie, l’agneau du sacrifice », signée d’Alphonse Abena (Pseudonyme) et largement relayée sur les réseaux sociaux par certains proches collaborateurs du Minsanté, crédite d’ailleurs cette thèse qui rejette la culpabilité du natif du Mokolo.

Contrattaque

Toutefois, si les marchés à problème avaient été signés par Alim Hayatou en tant qu’ordonnateur délégué sur proposition du Groupe de travail, il n’en demeure pas moins vrai qu’en tant qu’ordonnateur principal, c’est le ministre de la santé lui-même qui définissait l’opportunité de la dépense. Ce qui lui donne une certaine responsabilité dans cette affaire. Plus grave aux yeux des anti Manaouda, l’actuel ministre est passible de fautes de gestion, « révélatrice d’une mauvaise gouvernance qui peut être justifiée par une incompétence et le non-respect des procédures, talon d’Achille de Manaouda ». Par exemple, « Comme fautes de gestion, il a désigné M. Eyenga comme régisseur des finances alors que c’est le Minfi (ministère des Finances: Ndlr) qui devrait le faire. Il a signé une circulaire sur la gestion des fonds Covid 19 au Minsanté. A ce titre, il aurait dû s’assurer qu’il y a un contrôle interne or ça n’a pas été le cas. Il n’y avait pas de manuel de procédures », liste l’un d’eux.

Autre élément et pas des moindres, les contradicteurs estiment qu’il est prématuré de crier la victoire de Manaouda Malachie. Ce d’autant plus que la Chambre des comptes dans son rapport, soupçonne des conflits d’intérêt dans le cadre des marchés d’achat des tests Covid-19 attribués à l’entreprise Mediline Medical Cameroon à hauteur de 24 milliards de Fcfa. « La recherche sur la propriété réelle et les éventuels conflits d’intérêt que suggère le privilège accordé à cette société devraient faire l’objet d’un rapport ultérieur », écrivent les auditeurs de la Cour suprême.

Le cas Mahamadou Dabo

En effet, l’un des actionnaires de cette entreprise n’est autre que le milliardaire camerounais Mohamadou Dabo via sa société Moda Holding Hong Kong. Cet homme d’affaires originaire du Grand-Nord, connu comme Consul honoraire de la Corée au Cameroun, est aussi présenté comme un proche de Manaouda Malachie. Dans le même ordre d’idées, Diaby Ousmane fait partie des poulains de l’actuel Minsanté. « C’est bien Manaouda Malachie qui l’a fait partir du ministère de l’Eau et de l’Energie pour le propulser à la tête de la très stratégique Division des études et des projets du Minsanté », souffle un haut fonctionnaire.  Aussi, « La mort du Setat fait du ministre le seul plus haut responsable à indexer au Minsanté », avance un médecin impliqué dans la riposte gouvernementale de cette pandémie au Cameroun.

Depuis vendredi dernier, le clan Malachie riposte à travers une communication informelle. Sur la Toile, les pro Manaouda s’activent pour sauver le jeune ministre « jeté en pâture ». « Ils affichent un air calme mais ne sont pas sereins. La preuve, ils ont commencé la contre-attaque sur les réseaux sociaux notamment à vouloir se justifier, justifier le choix de Mediline et comme ligne de défense : le ministre avait l’autorisation du PM ; il ne signait aucun marché. C’est une mauvaise défense. Il est l’ordonnateur principal du ministère de la santé publique », observe le médecin impliqué dans la riposte nationale.

En tout cas, il n’en fallait pas plus, pour que le député Jean Michel Nintcheu, l’un des détracteurs les plus sévères de Manaouda demande « avec insistance », la démission du ministre de la Santé qui aurait « violé toutes les règles de gestion de la fortune publique ». Quoi qu’il en soit, Manaouda Malachie auditionné mardi dernier par le Tribunal criminel Spécial dans le cadre de l’enquête préliminaire se prévaut de sa présomption d’innocence. Et si la responsabilité et les fautes de gestions peuvent lui incomber au stade actuel, peut-il pour autant être poursuivi pour des faits susceptibles de constituer des infractions à la loi pénale ? Là réside toute l’énigme judiciaire dont seul le temps saura apporter une réponse exacte. Affaire à suivre…

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