Le Minsanté et le Mincom lors d'un point de presse.

Il en appelle toutefois à la retenue et au sens de responsabilité des camerounais  « pour éviter de jeter l’opprobre et condamner sans réserve ».

Au Cameroun, le spectre de la prison plane sur des ministres impliqués dans la gestion des 180 milliards de Fcfa du Fonds spécial de lutte contre le Covid-19. Ceci, du fait de l’enquête préliminaire en cours au Tribunal Criminel Spécial (TCS), contre « les auteurs, coauteurs et complices des cas de malversations financières » concernant la gestion de ce Fonds. Depuis le 18 mai 2021, certains de ces responsables et leurs collaborateurs sont ainsi auditionnés par le Corps spécialisé des officiers de police judiciaire (OPJ) du TCS.

Le 28 mai dernier, le ministre de la Communication (Mincom) et porte-parole du gouvernement a commis un communiqué sur l’affaire. « Des membres du Gouvernement et autres personnalités ont été appelés à rendre compte devant les institutions compétentes au nombre desquelles le ministère en charge du contrôle supérieur de l’Etat et la Chambre des Comptes de la Cour suprême », a confirmé René Emmanuel Sadi. La sortie du Mincom intervient dans un contexte marqué par une vive controverse autour du rapport d’étape de la Chambre des Comptes de la Cour Suprême, un document de 23 pages en circulation depuis le 19 mai.

Selon certains médias camerounais qui citent des sources judiciaires, la Chambre des Comptes nie la paternité de ce rapport qui est pourtant à la base du déclenchement de l’enquête en cours en ce moment, contre des ministres encore en fonction. Ces procédures ont été engagées pour faire l’évaluation de l’utilisation desdits fonds au cours de 2020. « Les investigations menées par ces instances de contrôle ont abouti à la production des rapports sur la base desquels le Chef de l’Etat a instruit des enquêtes judiciaires actuellement en cours près le Tribunal Criminel Spécial », martèle le Mincom.

Dans l’espace public, trois ministres dont celui de la Santé publique Manaouda Malachie sont particulièrement sur la sellette. Ils sont d’ores et déjà jugés « coupables » par la chronique populaire, au mépris de la présomption d’innocence. Le Mincom tente ainsi de voler au secours de ses camarades jetés en pâture et massacrés par la vindicte populaire depuis des semaines sur les réseaux sociaux.  René Sadi en appelle donc « à la retenue et au sens de responsabilité de tous, pour éviter de jeter l’opprobre et condamner sans réserve, les membres du gouvernement et autres personnalités ayant été appelés à participer à la gestion de ces fonds publics ».

Mais à l’analyse, cette sortie du porte-parole du gouvernement est loin d’être anodine. En sus de la polémique qui enfle depuis deux semaines, le gouvernement camerounais fait face à la pression internationale de ses bailleurs de fonds qui exigent l’ouverture d’une enquête indépendante et crédible sur la gestion des Fonds Covid-19 au Cameroun. A l’observation, la communication gouvernementale de vendredi dernier vise aussi à rassurer « l’opinion internationale » notamment le Fond Monétaire international (FMI), de ce qu’une enquête est en cours. « Les procédures d’évaluation de l’utilisation de ces fonds alloués à la lutte contre cette grave pandémie continueront de se dérouler en toute sérénité, dans le respect de l’orthodoxie des règles et des procédures qui encadrent la recherche de la vérité et l’établissement le cas échéant, des responsabilités de tout justiciable dans notre pays », tient à préciser le porte-parole du gouvernement.

Et ce dernier de conclure : « La justice camerounaise saura prendre ses responsabilités, dans le respect des droits et de la dignité des personnes concernées ». En rappel, au 29 mai, les chiffres officiels faisaient état de 78 929 cas positifs, 1275 décès et 122 hospitalisés dont 39 sous oxygène.

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