Le dépistage et la sensibilisation. Telles sont les armes incontournables et les prescriptions médicales préconisées par les spécialistes et oncologues pour lutter contre le cancer au Cameroun. « Quand nous dépistons, nous prévenons un cancer », explique le Pr Paul Ndom dans les colonnes du quotidien bilingue gouvernemental. Selon cet oncologue, « C’est mieux, parce que le traitement du cancer est plus coûteux, prend plus de temps et touche plus le moral. Mieux vaut prendre l’option de prévenir à travers le dépistage. Parce que traiter est plus difficile que prévenir ». Celui qui est par ailleurs Secrétaire permanent du Comité national de lutte contre le cancer au Cameroun l’a réitéré à l’occasion de la célébration ce jour, de la journée mondiale contre le cancer.

En effet, « Il faut associer la prise en charge des lésions précancéreuses à ce dépistage. Jusqu’ici, cela n’est pas fait. Et c’est un combat que le Comité national de lutte contre le cancer mène vers tous ceux qui veulent organiser des dépistages et ne disposent de toute la chaîne d’éducation avant, avec des personnes compétentes, un bon équipement, ainsi que le volet de traitement à coût réduit. Si on dépiste gratuitement et qu’au moment des soins, les coûts sont élevés, c’est toujours condamner le malade. Il est souvent conseillé de se dépister soi-même », précise cet oncologue.

Cela passe par l’éducation à l’écoute et l’observation des changements qui s’opèrent dans sa physionomie. « Le matin, il faut prendre le temps de se regarder et d’être vigilant sur toutes les parties de son corps. En cas de modification, on doit le signaler. Quand on passe la main sur une partie du corps et qu’on détecte une anomalie, il vaut mieux se rendre à l’hôpital pour être rassuré », prescrit le Pr Paul Ndom. Malheureusement, « Lorsque nous organisons des dépistages, beaucoup pensent que nous diagnostiquons les cancers. Ce sont des lésions que nous cherchons mais il nous arrive de tomber sur des cancers. Quand on soigne les lésions pré-cancéreuses, le cancer ne s’installe pas. Parfois, on arrive même à découvrir les vrais cancers au début ».

En tout cas, cette sensibilisation couplée au dépistage doivent se faire avec l’appui « des médias, des agents communautaires et des associations qui peuvent davantage se rapprocher des populations pour les encourager à effectuer les dépistages lors des campagnes ». Par ailleurs, «Le Comité a conçu des centres de dépistage permanents et de diagnostic précoce de cancer. Nous comptons ouvrir ces centres de lundi à vendredi, il est possible pour toute personne de s’y rendre pour se faire examiner. Malheureusement, beaucoup souhaitent faire le dépistage mais ne savent pas toujours où aller. Des fois, ils ne sont pas informés à temps des campagnes», informe le Secrétaire permanent du Comité.

Et ce dernier de préciser : « Il y aura des spécialistes permanents et d’autres qui viendront parce qu’on a trouvé une lésion. Ces centres vont révolutionner le dépistage. Le Premier ministre a déjà donné l’autorisation d’ouverture dans un arrêté signé en mars 2020. Nous attendons maintenant la mise en œuvre de la part du ministre de la Santé publique pour que ces centres deviennent fonctionnels, qu’on nous donne les moyens et qu’on affecte un personnel dédié. Les agents communautaires sont très importants actuellement parce qu’ils assurent les relais au plus près des populations, même en langues locales ».

A noter qu’au Cameroun, la progression des cas de cancer est inquiétante. Sur la dernière décennie, le nombre de nouveaux cas de cette maladie a augmenté de plus de 50%. Selon les statistiques du ministère de la Santé, le pays est passé de 10 000 nouveaux cas en 2010 à 15 769 nouveaux cas enregistrés en 2018les cancers les plus récurrents sont celui du sein, du col de l’utérus, de la prostate, du foie et du colorectal. Leurs taux sont respectivement de 21%, 14,9%, 14,0%, 6,1% et de 5,5%. Dans le monde en 2020, la maladie a tué 10 millions de personnes.

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