Hortense Atchoumi, présidente de l’Asfac: « Il faut les recruter car le besoin est énorme ».

Cela contribuerait à réduire 15% des décès maternels d’après l’Asfac.

750 sages-femmes et maïeuticiens (SFM) environ sont formés chaque année au Cameroun. D’après l’Association des sages-femmes et assimilés du Cameroun (Asfac) qui agrège ces statistiques, les 3/4 de ces diplômés sont au chômage. « C’est un taux d’au moins 65% de chômage », regrette Annie Hortense Atchoumi, présidente de l’Asfac. Et pour cause, le recrutement ne se fait pas chaque année. « On a commencé à en recruter quelques- uns ; autour de 200 lors des concours de la fonction publique. Si 200 sont recrutés sur 1500 qui sont au chômage, cela n’est pas très significatif dans les hôpitaux où le besoin est hyper nécessaire », explique-t-elle.

Pourtant, la sage-femme est au cœur de la vie et a un rôle crucial à jouer pour la santé de la mère et du nouveau-né. Son métier est d’accompagner les femmes enceintes avant, pendant et après l’accouchement. Elle « représente la colonne vertébrale de la santé mère-enfant et dirige les 3/4 des naissances par voie basse. Elle est au carrefour de la pédiatrie et de l’obstétrique », argue la présidente de l’Asfac.

Dans un contexte où le besoin en personnel pour cette catégorie de professionnel de santé est réel dans les Fosa, le chômage des sages-femmes constitue un paradoxe. Le chapelet de leur misère est interminable. « Nous avons soutenu depuis le 5 octobre 2019. Jusqu’à ce jour, nous n’avons pas eu de sortie officielle ni d’attestation et aucun concours n’a été lancé depuis ce temps. On nous exploite dans les formations sanitaires et les stages de perfectionnement avec une rémunération au rabais. Nous n’avons pas le choix », se plaint l’une d’elle. Dépitée.

C’est pour remédier à cette situation dommageable à la fois pour ces diplômés sans emplois décents, que pour le système sanitaire, que les sages-femmes du Cameroun mènent actuellement un plaidoyer. Si les sages-femmes préalablement bien formées sont insérées au terme de leurs cursus, cet état de chose permettrait à l’Etat du Cameroun de réduire la mortalité maternelle de plus de plus de 15% environ, soutient Annie Hortense Acthoumi.

En effet, malgré la baisse de 40% des décès allant de 782 décès pour 1000 naissances en 2011 à 28 décès pour 1000 naissances en 2018, « Le niveau actuel de mortalité lié à la grossesse est encore 10 à 20 fois plus élevé que celui des pays développés », reconnaît le ministre de la Santé Publique, Manaouda Malachie. L’Asfac plaide donc pour un recrutement massif de cette catégorie des professionnels de la santé. Malheureusement, le gouvernement se presse lentement dans le traitement de ce dossier. Pour mémoire, le dernier recrutement des sages-femmes par l’Etat remonte à 2019. Ce recrutement par concours direct visait à enrôler 225 sages-femmes et maïeuticiens à la fonction publique sous le statut de contractuel d’administration relevant du Code du travail.

De sources proches du dossier, près de 200 avaient été recrutés dans le cadre de cette opération. Avant cette vague de recrutement, 548 SFM avaient été recrutés par l’Etat en 5 ans, selon les statistiques communiquées par la Direction des ressources humaines (DRH) du Minsanté. Soit 179 en 2015, 150 autres en 2017 et 225 en décembre 2018, pour le compte de 2019. Soit un tiers de la demande globale en SFM des formations sanitaires publiques camerounaises. Autant dire que l’effectif recruté est largement inférieur à la demande globale des formations sanitaires publiques en sages-femmes qui était évaluée à plus de 1500 postes à pourvoir sur la période 2015 – 2020.

Depuis lors, « La situation est sensiblement la même », regrette la présidente de l’Asfac. Sauf que ces informations ne sont pas corroborées à la Sous-direction du personnel (SDP) au Minsanté. « Nous en avons recruté 225 l’année dernière, conformément au plan de recrutement sur trois ans que le Minfopra a, avec l’appui de l’Unfpa. Compte tenu de la densité de la pandémie de Covid-19, nous les avons directement envoyés sur le terrain, sans publier de liste. Nous sommes entrain de travailler sur leurs procédures d’affectation », explique-t-on ici.

Plan de recrutement en stand-by

Quoi qu’il en soit, en 2019, des sources à la SDP annonçaient un plan de recrutement de plus de 1000 SFM en vue. Deux ans plus tard, « Le dossier est en stand-by. Il ne connaît pas d’avancées depuis 2019. Nous sommes en phase de plaidoyer auprès des services du Premier ministère », confie une autre source au Minsanté. Entre temps, le Cameroun a un besoin de 1146 SFM. « Ce chiffre représente le gap pour combler les écarts », fait savoir notre source. A la SDP, nos sources arguent qu’il n’est pas question d’un plan de recrutement des SFM en particulier mais de celui qui définit le nombre de personnels à utiliser sur 5 ans. « Pour les SFM c’est l’Unfpa qui a sollicité que le Minfopra mette à la disposition du Minsanté au moins 225 sages-femmes et maïeuticiens par an », explique notre source. En tout cas, ces SFM « restent non seulement sous-exploités mais leur champ d’action est réduit, et la répartition n’est pas toujours équitable sur le Plan national », informe la présidente de l’Asfac.

Voilà pourquoi, « Nous devons veiller à ce que la voix des sages-femmes reçoive toute l’attention qu’elle mérite, que les préoccupations des sages-femmes soient prises en compte lors de l’élaboration des politiques », exhorte le Dr Matshidiso Moeti, Directrice régionale Afrique de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS). Le thème retenu pour l’édition de cette année était : « Les chiffres parlent d’eux-mêmes : investissez dans les sages-femmes ». « Cela veut dire que, on a constaté que si l’on fait un investissement accru au niveau de cette profession, on aurait 87% de décès maternels qui seront évités et à côté de cela, on aurait 94% de décès néonatals qui seront évités mais aussi la mortinaissance sera évitée de 84% », explique Annie Hortense Atchoumi.

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