Le ministre de la Santé publique au siège de l'entreprise coréenne le jour de son inauguration en juin 2020.

Ce sont principalement ceux des tests de dépistage rapide et des ambulances médicalisées.

La Chambre des comptes de la Cour suprême a rendu son premier rapport d’audit sur l’utilisation des ressources du Fonds spécial de lutte contre le Covid-19 au Cameroun. D’une vingtaine de pages, ce premier audit dénonce d’emblée, l’opacité et des irrégularités dans la passation des marchés Covid-19 de la part des administrations ayant joué un rôle dans le plan de riposte de la pandémie au Cameroun. Il s’agit notamment, du ministère de la Santé publique (Minsanté), titulaire d’un budget de 45 milliards de Fcfa sur les 180 milliards du Fonds Spécial. 18 activités sur les 19 retenus ont été mises en œuvre. Seulement, la gestion financière des ressources a relevé de nombreux abus et irrégularités. D’abord, sur l’acquisition des tests de dépistage rapide.

Au Cameroun, jusqu’en début avril 2021, le principal fournisseur retenu pour les marchés spéciaux relatifs aux tests de dépistage Covid-19 était la société Mediline Medical Cameroon SA. Les investigations menées par la Chambre des comptes de la Cour Supreme du Cameroun font état de ce que le « quasi-monopole » de cette activité budgétisée à 4 milliards 740 millions 785 000 Fcfa a été accordé à l’entreprise sus évoquée. Ainsi, sur un total de 1 million 556 mille tests de dépistage achetés tous types confondus, 1 million 400 mille proviennent de Mediline Medical (dont le contrat signé avec le Minsanté était de livrer trois millions de tests). Soit 89,97% des tests achetés.

Ceci, au détriment des deux autres prestataires nationaux (Medical Plus Sarl et Sat Pharma Sarl), « dont l’expérience dans la vente de médicament et dispositifs médicaux est avérée », indique le rapport. Cependant, ils n’ont pu se répartir que les 156 mille tests restants (10,03%), après la razzia de Mediline Medical. Au 31 décembre 2020, les engagements en sa faveur représentaient 24 milliards 500 millions de Fcfa. Soit 94% des crédits engagés (25 milliards 806 millions). Tandis que Sat Pharma Sarl et Medical Plus Sarl n’ont eu que 6,10% des crédits engagés (1 milliard 306 millions). «On pourrait à juste titre conclure que le quasi-monopole a été accordé à Mediline Medical Cameroon SA », conclut la Chambre des comptes.

Pourtant, elle a été créée le 13 septembre 2017 et n’a justifié d’aucune activité jusqu’au 2 juin 2020. Soit près de trois ans après sa création. D’après la chambre des comptes, l’exploitation de son relevé bancaire permet de constater qu’au 1er janvier 2020, son solde était nul et que ce n’est qu’à partir du 2 juin 2020 (soit 17 jours avant la conclusion des premiers contrats avec le Minsanté le 19 juin), que des mouvements ont été enregistrés sur son compte. « On peut donc conclure que Mediline Medical Cameroon SA a été réactivé pour les besoins de la cause », écrit la Chambre des comptes.

Plus de 14 milliards de pertes pour le trésor public

Malheureusement, la Chambre des Comptes a noté que le choix de Mediline Medical a eu un impact négatif sur le trésor public camerounais. En effet, la différence de 10 415 Fcfa entre le prix pratiqué par cette entreprise et celui fixé par le fabricant SD Biosensor a fait perdre à l’Etat du Cameroun 14 milliards 581 millions 884 mille 800 Fcfa. Autrement dit, c’est cette économie qu’aurait pu réaliser le pays sur l’ensemble des marchés passés en 2020 avec Mediline Medical Cameroon SA si la commande avait directement été adressée à SD Biosensor.

Plus grave, au 4e trimestre 2020, le Minsanté a continué d’acheter des tests auprès de Medeline Medical Cameroon SA au prix unitaire de 17 500Fcfa « alors qu’il est établit qu’à cette période, le Minsanté aurait pu également les acquérir par le biais du Fonds mondial de lutte contre le Paludisme, le VIH et la tuberculose au prix unitaire de 2 932 Fcfa », précise le rapport. Et donc, « il en ressort que le prix pratiqué par Mediline Medical Cameroun SA était de loin supérieur au prix pratiqué sur le marché ». C’est que, tandis que le prix fabricant était de 7 084 Fcfa en mai et 2 932 Fcfa auprès du Fonds Mondial au 4e trimestre, il était de 17 500 Fcfa chez Mediline Medical.

A noter que 610 mille tests de dépistage d’un montant de 5 milliards 920 millions 645 mille 770 Fcfa pourtant facturés manquent à l’inventaire. « Aucune information sur leur destination finale n’ayant été produite à la juridiction financière », regrette la Chambre des Comptes. Mediline Medical a aussi gagné le marché d’acquisition de 8 ambulances médicalisées pour 440 millions de Fcfa. Seulement, aucune ambulance n’a été livrée au 31 décembre 2020. Par ailleurs, la Chambre des Comptes a relevé diverses irrégularités dans l’attribution et la réalisation de ces marchés. Par exemple, l’entreprise Yao Pharm a reçu l’attribution du marché de livraison de 8 ambulances médicalisées pour 440 millions de Fcfa, alors que celle-ci ne figurait pas sur la liste des prestataires préqualifiés.

L’entreprise qui fait perdre 14 milliards de Fcfa au trésor public camerounais.

Dépassements des crédits budgétaires

De manière générale, les crédits budgétaires alloués à certaines activités du Minsanté ont connu des dépassements. Cela a notamment été le cas avec l’achat des tests de dépistage Covid-19 dont au 31 décembre, les crédits engagés pour leur acquisition s’élevaient déjà à 25 milliards 806 millions de Fcfa correspondant à l’achat de 1 million 556 mille tests, tous types et fournisseurs confondus. Soit un dépassement de 21 milliards 065 millions 215 mille Fcfa. L’acquisition des équipements individuelles n’est pas en reste. Budgétisée à 2 milliards de Fcfa, c’est finalement 23 milliards de Ffa qui ont été dépensés. Ce qui a causé un surplus de 20 milliards à l’Etat et un préjudice de 1 milliard. De plus, il a été noté la distribution de 2000 combinaisons défectueuses par le Minsanté à la délégation régionale de la santé publique de l’Est ; la livraison des masques chirurgicaux en lieu et place des combinaisons de protection thermoscellables pour 47 millions de Fcfa.

Aussi, le montant des crédits alloués à l’acquisition des équipements médicaux et prise en charge des patients atteints de Covid-19 s’élève à 6 milliards 284 millions 251 mille Fcfa. Mais les engagements sur cette activité sont de 11 milliards 154 millions 537 mille 097 Fcfa, soit un dépassement de 4 milliards 870 millions 286 mille 097 Fcfa.  Pour le renforcement des mesures barrières, l’activité a été budgétisée à 70 millions de Fcfa mais au 31 décembre 2020, 383 millions 593 mille 505 Fcfa avait été dépensés au profit de Accent Media Group, qui a remporté les trois marchés. « La chambre des Comptes relève outre le dépassement de la ligne budgétaire, l’incertitude sur l’efficacité de cette activité, compte tenu de l’opacité entourant la manière dont ont été calculés les chiffres relatifs à la population touchée par la campagne de communication ».

Irrégularités et fautes de gestion

Les auditeurs de la Chambre des Comptes notent aussi des irrégularités dans plusieurs activités. Il s’agit entre autres, de celle relative à l’acquisition des équipements médicaux et prise en charge des patients atteints de Covid-19 avec une certaine opacité dans l’attribution des marchés, 27 marchés non enregistrés pour un préjudice de 75 millions de Fcfa et la fourniture des équipements par des prestataires non préqualifiés (96 fournisseurs). En outre, quatre prestataires de matériels médicaux immatriculés au Registre du commerce et du crédit mobilier à la faveur du plan de riposte se sont attribués des marchés d’une valeur de 2 milliards 068 millions 030 mille 662 Fcfa.

Autres irrégularités, 40 lettres commandes et marchés spéciaux d’une valeur totale de 7 milliards 168 millions 374 mille 953 Fcfa transmis sans pièces justificatives à la juridiction, le non enregistrement de 27 marchés pour un préjudice financier de 75 millions de Fcfa causé à l’Etat. L’attribution de marchés à Abakar Sidiki Diaby, promoteur de trois entreprises qui ont bénéficié de 5 marchés d’une valeur totale de 796 milliards 834 mille 539 Fcfa « alors que ce dernier a des liens de parenté avec M. Ousman Diaby, Président du Groupe de travail » n’est pas en reste. S’agissant de l’aménagement des centres de mise en quarantaine dans les logements sociaux, des commandes et prestations fictives ont été enregistrées pour un montant de près de 134 millions de Fcfa.

Pour le premier rapport, la Chambres des Comptes a retenu à l’encontre de divers responsables du Minsanté et du Minresi impliqués dans la gestion du plan de riposte, une procédure de gestion de fait et 30 procédures de fautes de gestion. Elle recommande dans sa conclusion, l’ouverture de 10 procédures concernant les faits susceptibles de constituer des infractions à la loi pénale. A noter que les travaux de la Chambre vont se poursuivre en 2021 et 2022 et feront l’objet de plusieurs rapports.

LEAVE A REPLY

Please enter your comment!
Please enter your name here