(Lurgentiste.com)– Le landerneau médical et une frange de l’opinion publique sont en émoi depuis le 26 octobre 2022. En cause, l’épineuse question de l’humanisation des soins remise à nouveau en débat par le ministre de la santé publique (Minsanté) et le directeur de l’hôpital régional de Bafoussam. Le premier, Manaouda Malachie, est intervenu pour rappeler à l’ordre le 2e, Dr Enow Orock Georges, après sa lettre-circulaire à l’attention des Superviseurs, Majors, Chefs d’équipes et Assimilés de l’hôpital dont il a la charge.

Celle-ci exigeait désormais une caution de 50 000F aux patients au moment de leur admission au sein de cette formation sanitaire publique, avant toute prise en charge. « A défaut, ils ne seront pas admis », précisait le Dr Enow Orock. Joint au téléphone par Lurgentiste.com, ce dernier n’a pas souhaité s’exprimer sur la question. D’après le Minsanté, non seulement cette lettre ne s’inscrit dans aucun « ancrage juridique de la gestion des formations sanitaires» mais aussi et surtout, elle ne cadre pas avec «la politique d’humanisation des soins prescrite par Monsieur le Président de la République ».

Laquelle stipule que « l’accès de tout Camerounais dans une formation sanitaire ne devrait être conditionné par aucune démarché discriminatoire, susceptible de lui dénier le droit à la santé, considéré comme droit fondamental l’humain », a écrit Manaouda Malachie dans sa lettre, en guise de recadrage et pour mettre fin à la polémique qui enflait sur les réseaux sociaux. Il n’en fallait pas plus pour remettre au goût du jour ce débat. « Cette lettre du ministre de la santé est purement politique. Le problème de fond est réel et nous pouvons le résoudre », a d’emblée critiqué l’économiste de la Santé Albert Ze.

Il n’est d’ailleurs pas le seul. Pour la grande majorité des médecins ayant requis l’anonymat consultés, l’humanisation des soins que n’a eu de cesse de prôner le Minsanté depuis son arrivée à la tête de ce département ministériel en 2019 est un « slogan creux». Selon eux (qui reconnaissent au passage que la note du Dr Enow pèche par son caractère « illégale » car n’est encadrée par aucun texte de loi), il leur est difficile d’appliquer ce « crédo » de Manaouda Malachie. Ceci, dans la mesure où les hôpitaux sont asphyxiés par les charges mensuelles depuis 2019 qu’ils ne reçoivent plus la dotation de l’Etat (Carton).

Chapelet de plaintes

Quotes-parts à payer, tout comme les salaires des personnels saisonniers et occasionnels, les produits d’entretien de l’hôpital, l’électricité sont quelques-unes de ces charges. Sans oublier que des soins gratuits sont parfois prodigués aux patients qui malheureusement, ne s’acquittent pas des frais exigés après guérison. A la lumière de ce tableau sombre, d’autres médecins, pessimistes, affirment même que de nombreux hôpitaux sont déjà en faillite et que si dans quelques mois aucun mécanisme de financements de cette humanisation des soins n’est mis sur pied, les formations sanitaires vont se retrouver dans un déficit financier important. Soit.

Au ministère de la santé publique notamment, le son de cloche est différent. Une minorité de médecins soutient que malgré ce chapelet de plaintes égrené et la difficile conjoncture actuelle de ces hôpitaux, l’humanisation des soins peut y être appliquée. « Nous pouvons faire mieux, avec le peu que nous avons », avait d’ailleurs déclaré le Minsanté au cours de la réunion de concertation et de dialogue avec les personnels de santé le 17 juin 2019. Trois ans déjà que ce dernier exige donc des directeurs d’hôpitaux cette « humanisation des soins dans nos hôpitaux et des services ».

Pour lui, cette dynamique s’articule autour de la qualité des prestations de soins, de l’attention portée aux patients et usagers du service public hospitalier et sur la relation patient-soignant de manière générale. « Les malades attendent de meilleures conditions d’hygiène dans les formations sanitaires, un contrôle plus strict de leurs soins, une prise en charge plus rapide et des coûts plus accessibles à la bourse des plus modestes. Dans ces attentes, nous pouvons nous même en notre qualité de responsable du système de santé, résoudre déjà une partie des problèmes si durement ressenti par les populations », dixit Manaouda Malachie.

A noter que ce dernier a d’ailleurs mis en œuvre le numéro vert 1506 pour dénoncer les abus dans les hôpitaux.

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