La présidente du Csusp et le Minsanté.

Une session du Conseil scientifique des urgences de santé publique (Csusp) est annoncée pour le jeudi 25 février 2021. D’après nos sources, il s’agira pour cette instance « Consultative » d’émettre un avis sur la marque de vaccin anti Covid-19 la plus adaptée au Cameroun. « Nous avons suffisamment d’arguments pour conseiller au gouvernement d’investir dans un vaccin », confirme un membre de ce Conseil présidé par le Pr Sinata Koulla-Shiro, biologiste, ex-secrétaire générale du ministère de la Santé publique et Présidente du Conseil d’administration du Centre pasteur du Cameroun.

Pour notre interlocuteur, « Nous ne pouvons plus attendre. Le temps perdu expose les personnes susceptibles d’être atteintes ».  La rencontre de ce groupe d’experts se déroule dans un contexte où de nombreuses firmes pharmaceutiques font pression sur l’Etat du Cameroun pour l’acquisition d’un vaccin. Notamment Spoutnik-V, Pfizer/BioNtech, AstraZeneca, Johnson and Johnson, Moderna et le vaccin chinois.

Il convient de relever que le Csusp créée le 27 mars 2020 par Manaouda Malachie, le ministre de la Santé publique (Minsanté), n’émet qu’un avis scientifique. « L’Etat du Cameroun, pour des raisons stratégiques, peut donc faire fi de cet avis du conseil scientifique », insiste un cadre du Minsanté. Pour preuve, le gouvernement à travers le Minsanté a déjà élaboré son plan de déploiement et de vaccination contre le Covid-19. « Le positionnement du Cameroun en rapport avec le vaccin contre le Covid est clair. La situation épidémiologique permet d’observer un peu de recul mais il est indispensable de se préparer au cas où nous devons protéger nos compatriotes par le vaccin. D’où le plan élaboré », explique Manaouda Malachie.

Recherche d’un consensus

Le 22 janvier dernier, lors de la dernière session, le Conseil n’a pas pu valider l’option de l’acquisition d’un vaccin faute de consensus entre les membres de l’équipe composée entre autres du Pr Eugène Sobngwi (Endocrino-diabétologue), du Pr Tetanye Ekoe (pédiatre) et du Pr Sinata Koulla-Shiro. Certains parmi eux pensent que ce n’est pas encore le moment pour le pays, de se lancer dans l’acquisition d’un vaccin anti Covid-19, au stade actuel de l’épidémie. Pour cette frange, c’est un choix que l’Etat du Cameroun ferait davantage par mimétisme. En investissant davantage dans le respect des mesures barrières, on obtiendrait de bien meilleurs résultats.

De plus, « Le choix d’un vaccin doit s’adosser sur la surveillance épidémiologique, la surveillance génomique (celle de la carte identité des virus qui circulent et leurs variants : Ndlr) et bien sûr, les questions d’économie de la santé c’est-à-dire coût/efficacité, coût/bénéfice, opportunité », argumente l’un d’eux. Autres éléments mis en avant par cette frange, l’analyse des différents variants déjà en circulation dans certains pays voisins comme le Nigéria et le Gabon, le recul des autres pays sur les différents vaccins en circulation et le fait que tous ces vaccins ne soient pas totalement efficaces chez les personnes de plus de 65 ans.

Pourtant, « Quand nous observons la courbe de décès, ce sont les personnes de 50 ans et plus qui décèdent et celles-ci ont des comorbidités. C’est maximum 5% de la population camerounaise », explique ce médecin. Selon lui, «Nous reconnaissons que le vaccin pourrait être un moyen efficace de lutte contre le virus mais notre avis est celui de la prudence et de la réserve. C’est-à-dire, observer le recul nécessaire pour mieux apprécier l’efficacité et l’innocuité des vaccins déjà développés». Le ministre de la Santé partage d’ailleurs cette réserve. « La situation épidémiologique permet d’observer un peu de recul », a-t-il fait savoir.

Pour une autre frange, il est temps de choisir, au regard de l’évolution de la situation épidémiologique au cours du mois écoulé. « La cible qui décède dans notre contexte ce sont les personnes âgées, les soignants. Si nous ne vaccinons pas ces personnes, nous allons vivre ces mortalités », soutient un membre de ce groupe d’universitaires. D’après ce dernier, « Nous sommes tous d’accord sur le vaccin. Le problème c’est qu’est-ce qu’on propose au gouvernement ». Et, « même si nous avons souscrit à l’initiative Covax, nous devrons payer ces vaccins d’une façon ou d’une autre, quant à faire selon le bon choix », dit-il.

Vaccins au scanner

Dans tous les cas, le débat s’annonce houleux au sein de ce groupe d’experts. Malgré ces divergences apparentes, selon certains sondages, le Csusp a pris le temps de passer au scanner ces vaccins. En résumé, ils « s’équivalent mais avec une différence fondamentale c’est que certains ne sont pas adaptés à notre contexte et impliquent une impressionnante logistique que nous n’avons pas», explique un membre dudit Conseil. Par exemple, au sujet de Souptnik-V, « Malgré l’article du Lancet, il lui manque une reconnaissance par un comité véritablement scientifique qui va lui demander quel est son taux d’efficacité et d’innocuité réel », précise l’une de nos sources.

Pfizer/BioNtech et Moderna eux, sont hors de course au regard de la chaine de froid dont dispose le pays. Le vaccin chinois lui, « est encore davantage dans l’opacité scientifique » tandis que « Johnson and Johnson a deux problèmes : Il n’a pas encore soumis l’ensemble de ses données et les preuves de son efficacité n’ont pas encore été prouvées », détaille ce pro-vaccin.

Et si c’était… AstraZeneca

Au regard de ces spécificités, le vaccin AstraZeneca semble avoir une longueur d’avance sur ses concurrents. « Il est mieux adapté à notre contexte », justifie une source proche du dossier. En fait, quoi que moins efficace que Pfizer/BioNtech, il a l’avantage de pouvoir être stocké avec des moyens de réfrigération classiques. Un choix en réalité, qui ne surprend pas parce que c’est aussi ce vaccin qui a été validé au sein de l’Union Africaine à travers l’initiative Covax.

C’est également ce vaccin qui a été offert au Cameroun pour vacciner son personnel de santé. Par ailleurs, il a été homologué en urgence lundi 15 février dernier par l’Organisation de la Santé (OMS), pour permettre au dispositif Covax d’en commencer la distribution. En effet, ce vaccin représente la majorité des 332,7 millions de doses de vaccins que ce dispositif piloté par l’OMS, Gavi et la Coalition pour les innovations en matière de préparation aux épidémies (Cepi) entend distribuer au premier semestre de cette année.

En tout cas, même si le vaccin est une option de poids dans une épidémie de maladie infectieuse comme celle-ci, il faut davantage insister sur les mesures barrières. Ce d’autant plus que le Cameroun n’aura pas les moyens d’acheter le vaccin pour toute sa population.  Notons que selon les derniers chiffres officiels, la situation épidémiologique fait état 33 749 cas positifs, un taux de guérison de 93% seulement, 523 décès et un taux d’occupation des lits de 5%.

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