(Lurgentiste.com)– 2333 personnes sont mortes de suicide au Cameroun en 2019. Soit 569 femmes et 1763 hommes selon le rapport de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) intitulé « Suicide worldwide in 2019 : Global Health Estimates ». Les hommes, avec 13,6 pour 100 000 habitants sont donc les plus affectés que les femmes, avec 4 ,4 pour 100 000 habitants. « Il y a une nuance relative aux comportements suicidaires chez les hommes et les femmes. Chez les femmes, les tentatives de suicides sont plus nombreuses mais très peu de réussites comparativement chez les hommes où les tentatives sont moindres mais les réussites plus élevées. Mais de manière générale les hommes se suicident plus que les femmes dans le monde », explique Didier Demassosso, psychologue clinicien.

Précisément, « Ce qui justifie le fait que les hommes se suicident plus que les femmes c’est que dans l’ensemble, leurs méthodes sont plus mortelles comparativement à celles des femmes », poursuit cet expert en santé mentale. C’est-à-dire, « se trancher la gorge, sauter d’un point, boire des pesticides, se pendre ». Et ce n’est pas tout. « De manière générale les hommes sont plus impulsifs que les femmes. De plus, les hommes ne demandent pas à être aidé lorsqu’ils ont des problèmes émotionnels. En d’autres termes, la santé mentale chez les hommes est quasiment taboue », précise ce dernier.

Or la femme elle, a plus tendance à une grande faculté d’exprimer ses émotions et émettre plus de signaux de détresse à son entourage. Par conséquent, « Il y a ces facteurs bio et psycho sociaux qui font en sorte les problèmes émotionnels de la femme se gèrent avec un soutien social plus élaboré. Ce qui justifie aussi ses tentatives échouées de suicide», ajoute le psychologue clinicien.

Tendance haussière

Selon les spécialistes de la santé mentale, le Cameroun se situe au-dessus de la moyenne des pays africains ayant un grand nombre de personnes qui se suicident. Celle-ci varie entre 13 et 65%. La prévalence nationale elle, est de 17% (contre 4,9 en 2012 et 12,2 pour 100 000 habitants en 2016, selon le Rapport sur les 100 indicateurs de santé en 2019 du ministère de la Santé publique).

Cette estimation de l’OMS place le Cameroun parmi les 10 pays africains qui ont enregistré le taux de suicide le plus élevé entre 2000, 2016 et 2019. « Nous avons toutes les raisons de croire que la tendance suicidaire est en nette augmentation. Surtout chez les jeunes. Ce n’est pas perçu parce que les données ne sont pas facilement accessibles », indique Didier Demassosso.

Malheureusement, il n’existe pas de programme de prévention au suicide en terres camerounaises. Néanmoins, des initiatives pour la promotion de la santé mentale et la réduction des maladies mentales existent. Seulement, « tout ceci reste très insuffisant parce qu’il n’y a pas suffisamment de financement et de volonté politique pour la prévention des maladies mentale et la promotion de la santé», regrette ce dernier.

Tragédie

Entre temps, les conflits comme ceux dans le Nord-Ouest, le Sud-Ouest et à l’Extrême-Nord, les catastrophes, la violence, la maltraitance ou un deuil sont aussi associés et augmentent les comportements suicidaires. Or « La mort par suicide est un acte qui est très mal vécu par l’entourage parce que la morte par suicide est soudaine, très brutale et suscite des questionnements dans l’entourage », fait savoir Didier Demassosso.

Voilà pourquoi, « Nous ne pouvons pas – et ne devons pas – ignorer le suicide », a déclaré le Dr Tedros Adhanom Ghebreyesus, Directeur général de l’Organisation mondiale de la Santé dans un communiqué de presse de juin 2021. Ce d’autant plus que « Chaque suicide est une tragédie. Il est d’autant plus important aujourd’hui de porter attention à la prévention du suicide, que nous venons de vivre de longs mois de pandémie de COVID-19, et que de nombreux facteurs de risque de suicide  ̶  perte d’emploi, difficultés financières et isolement social – sont toujours très présents », ajoute ce dernier.

« Vivre ma vie »

Dans le monde, une personne meurt par suicide toute les quarante secondes. En 2019, plus de 700 000 personnes se sont suicidées dans le monde. Soit un décès sur 100, alerte l’OMS. L’organisation onusienne a ainsi élaboré de nouvelles orientations pour aider les pays à améliorer la prévention et la prise en charge liées au suicide. Elles sont contenues dans son approche « Vivre sa vie » qui s’appuie sur 4 stratégies.

Il s’agit de limiter l’accès aux moyens de se suicider, comme les armes à feu et les pesticides les plus dangereux ; former les médias à une couverture responsable du suicide ; favoriser les compétences psychosociales chez les adolescents ; et à un stade précoce, identifier, évaluer, prendre en charge et suivre toute personne ayant des pensées et/ou un comportement suicidaire. Parce que « Prévenir le suicide est possible si la détection des signes de détresse psychologique se fait à temps », insiste le psychologue clinicien.

A noter que la 19ème édition de la journée mondiale de prévention du suicide se célèbre 10 septembre 2021 sous le thème « Créer l’espoir par l’action ». C’est l’occasion de sensibiliser au suicide et de promouvoir l’action par des moyens qui réduiront le nombre de suicides et de tentatives de suicide dans le monde. Parce chaque suicide a un impact profond sur ceux qui les entourent. Il donc important de sensibiliser le public et de réduire la stigmatisation qui entoure le suicide. En rappel, le nombre de victime fait du suicide un problème de santé publique selon l’OMS.

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