(Lurgentiste.com)– Les médecins du Cameroun ont boycotté l’Assemblée générale Extraordinaire (AGE) convoquée par Manaouda Malachie, ministre de la Santé publique. Seulement 121 médecins sur les 10 432 que compte cet Ordre professionnel influent ont pris part à ces travaux. Soit 84 présents dans la salle et 37 procurations. « Je trouve quand même que c’est beaucoup, étant donné qu’on n’avait que cinq jours pour se préparer pour cette AG. Ça montre quand même l’engouement que les médecins ont pour leur Ordre », a voulu relativiser le Dr Kamany Kamgueu Lucienne, doyenne d’âge désignée séance tenante pour conduire la session.

Soit. Toujours est-il que la mobilisation était faible, contrairement à la précédente session du 19 avril dernier. Mais, ce qu’il faut aussi et surtout relever, c’est que cette AGE s’est tenue en l’absence remarquable du Conseil de l’Ordre. C’est d’ailleurs le fait marquant de ces assises. « «Aucun médecin normal ne devrait être présent à ces assises », a déclaré un membre du Conseil joint au téléphone.

C’est que, dans une correspondance adressée au ministre de la Santé le 12 mai, soit la veille, le Conseil justifie cette politique de la chaise vide par plusieurs raisons de poids. Entre autres, les délais limités de mobilisation (moins de 48h) ; l’absence d’une déclaration à manifestation publique (obtenue manu militari le 12 mai par le Pr Richard Njock, Secrétaire général du Minsanté) ; le communiqué de Manaouda Malachie interdisant les regroupements de plus de 50 personnes ; et que la convocation d’une AG est une prérogative du Dr Guy Sandjon, Président de l’Ordre. Soit.

Mais, ce n’est pas que l’absence de ce Conseil qui était remarquable. L’on a aussi noté la non présence des caciques comme le Pr Tetanye Ekoe, le Dr Roger Ngoula, les présidents du Réseau des médecins du Cameroun (Remedic), de Médecins du Cameroun (MedCamer); du Syndicat national des médecins privés du Cameroun. Même les Présidents des autres Ordres professionnels notamment l’Ordre national des pharmaciens et l’Ordre national des chirurgiens-dentistes n’y étaient pas.

Sur place, l’on a remarqué les présences des Dr Fonkoua, Tchamfong, présentés pour l’heure comme les principaux opposants au bureau sortant. Mais aussi, les Dr Pierre Bassong et Laah (deux membres du Symec) sur lesquels « Le ministère compte »; le Dr Tchinou, présenté comme « Le manœuvrier »,  ayant fait sceller les comptes de l’Ordre au cours d’un contentieux. C’est donc avec eux que les deux textes (Code de déontologie et le règlement intérieur) ont été examinés, amendés et adoptés hier nuit, au terme d’une fastidieuse journée. Il était un peu plus de 22h.

Discussion

Concrètement, une dizaine d’articles a été revue en ce qui concerne le Code de déontologie. Par exemple, il y aura désormais une Commission électorale composée de 11 membres pour conduire les assemblées générales électives. Mais, le point sur lequel les participants ont achoppé portait sur les conditions d’éligibilité. Notamment, celles à remplir pour être Président de l’Ordre. L’article 83 stipule en effet que pour faire acte de candidature, il faut « avoir été membre du Conseil de l’Ordre ou de la chambre d’appel ». Au bout de près de 10 minutes d’un vif échange, la majorité pour le maintien de cet article (39) l’emportera sur celle qui votait contre (26). Certains médecins ont décidé de déposer un recours ce lundi à cet effet.

Le règlement intérieur a aussi subi un toilettage. Les cellules régionales et départementales par exemple y font leur entrée. Celles régionales seront composées d’un président régional, un vice-président, un secrétaire régional et trésorier tandis que « les cellules départementales sont faites de deux confrères désignés par le président régional ». L’on note aussi l’ajout de sept Commissions. Notamment, celles électorale, de la déontologie, de l’organisation et de la communication, des conflits et affaires sociales.

Pression électorale

En fait, « Nous sommes partis sur ce qu’il y avait et nous avons améliorés. Il y a encore beaucoup de choses à faire mais nous ne pouvons pas les faire maintenant. Il y a par exemple l’aspect de la PMA (Procréation médicalement assistée : Ndlr) qui n’a pas été abordée. Ce que nous faisons en ce moment c’est la précipitation, parce que nous voulons des textes pour l’AG élective», a confié l’un des participants.  En tout cas, ces textes doivent passer l’étape de la validation au Minsanté. « Il y a sans doute des retouches et des aménagements qui seront fait à ce niveau-là », a déclaré le Dr Tchinou, promoteur de la Polyclinique « Le Berceau » à Douala. En effet, « La tutelle aura le pouvoir de réinterprétation des conclusions des travaux qui vont découler de ce conclave », a fait savoir Boukar Kella, Inspecteur général des services administratifs (IGSA) au Minsanté.

Légalité des textes

D’ores et déjà, une frange de la corporation affirme que ces textes manquent de légitimité et de légalité. Même au sein de l’opinion publique, des voix interrogent ces deux aspects.  « Le ministre a pris ses responsabilités conformément aux dispositions de l’article 22 de la loi et le décret d’application notamment les articles 31 et 32 du décret 1992. Nous sommes dans la régularité, dans le respect d’une procédure », argue l’IGSA. Pour ce dernier, « Peut-être qu’ils n’ont pas voulu prendre part. Toujours est-il qu’ils peuvent préparer l’ensemble des documents ou travaux préparatoires à l’effet de tenir cette réunion ».

Quoi qu’il en soit, les conclusions des travaux dûment signées ; le projet de règlement intérieur et du Code de déontologie amendé et découlant du consensus sont attendus au Minsanté lundi prochain. « L’Ordre ne va pas accepter cette inféodation des fonctionnaires. Nous somme un Ordre indépendant », prévient déjà le bureau sortant. Les prochains jours seront assurément riches en rebondissements. Nous y reviendront.

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