Affaire Hilaire Ayissi. Une deuxième autopsie a lieu ce jour, le rapport de la 1ere est bloqué au Parquet du TGI de Yaoundé

(Lurgentiste.com) – La dépouille de Hilaire Ayissi Mengue va faire l’objet d’une 2e autopsie prévue pour ce mercredi 09 août 2023. C’est ce qu’a décidé la magistrate de 4e grade Ekassi Gertrude épouse Sanama Nkono, juge d’instruction en charge de cette affaire portant sur la mort d’un jeune homme de 22 ans, décédé dans des circonstances non élucidées le 19 septembre 2021 après des opérations chirurgicales à l’Hôpital central de Yaoundé.

La nouvelle autopsie qui sera réalisée par un collège de trois médecins légistes, intervient après un blocage observé dans la procédure judiciaire initiée auprès du Tribunal de Grande Instance du Mfoundi (TGI). « Le juge d’instruction veut procéder à une 2e autopsie du corps parce que les résultats de la première autopsie ne lui ont jamais été transmis », révèle une source judiciaire.

Blocage

En effet, le rapport de cette première autopsie réalisée le 08 octobre 2021 ne figure pas dans la liasse de documents constitutifs du dossier mis à la disposition du juge d’instruction par le Parquet du TGI de Yaoundé. L’absence injustifiée de ce rapport — présenté pour ailleurs comme une pièce clé — a obligé le juge d’instruction à saisir le parquet pour mettre cet élément à sa disposition.

Mais, plus de 18 mois après l’ouverture de l’information judiciaire, les services du procureur de la République près le Tribunal de grande Instance du Mfoundi sont restés muets aux relances de Me Gertrude Sanama Nkono. À tel point qu’à ce jour, l’absence dudit rapport d’autopsie constitue l’une des principales causes du retard observé dans l’évolution de cette procédure judiciaire. « Las d’attendre indéfiniment le rapport bloqué au Parquet, le juge d’instruction n’a pas eu d’autre choix que d’ordonner la réalisation d’une nouvelle autopsie. Conformément à la demande des plaignants », avance une source interne au TGI de Yaoundé.

Colis encombrant

Pendant les semaines précédant cette autopsie, l’Hôpital central de Yaoundé a fait pression sur la famille pour retirer la dépouille de Hilaire Ayissi Mengue est devenue « encombrante » pour la morgue. Le nom de l’infortuné figure dans liste d’une centaine de corps dits « abandonnés » ou « non identifiés » que le HCY s’apprête à remettre à la Communauté urbaine de Yaoundé pour inhumation. Cette liste est annexée à un communiqué de presse signée le 11 juillet dernier par le Pr Pierre Joseph Fouda, directeur de l’Hôpital central de Yaoundé.

Ce communiqué invite les familles des défunts à se présenter à la morgue dudit Hôpital. « Cette note concerne les corps non identifiés ou abandonnés. Après un certain temps, ces corps doivent être mis à la disposition du Maire pour inhumation. Sauf disposition spéciale », explique un responsable de la morgue. Selon Me Claude Assira, avocat de la famille du défunt « le corps de Hilaire Ayissi n’est pas un corps abandonné ».

Ce qui fait dire à la famille que le communiqué de l’hôpital Central n’était pas anodin. Certains proches de la famille croient que la sortie du 11 juillet n’était rien d’autre qu’une manœuvre du HCY pour empêcher la mise en œuvre de la deuxième autopsie qui pointait à l’horizon. « Si la famille cédait à cette demande en acceptant d’enterrer le défunt, cette nouvelle autopsie n’aurait pas été possible », avance-t-on.

Menaces

Mais pour le Pr Joseph Fouda que nous avons rencontré, ces arguments sont sans fondement. « Même si l’affaire continue en justice, ça ne sert à rien de continuer à le (Hilaire Ayissi : Ndlr) garder. Il faut qu’ils le prennent et aillent l’enterrer. S’ils ne viennent pas le récupérer dans les prochains jours nous allons commencer à comptabiliser ou l’enterrer », menace-t-il. D’après le directeur du HCY, « C’est la famille qui refuse le corps ». Le natif de Ngomedzap soutient que la famille de Hilaire Ayissi aurait dû récupérer ce corps juste après l’autopsie d’octobre 2021.

Après avoir déjà passé plus de 22 000 jours à la morgue, la dépouille de Hilaire Ayissi « rentre dans le cadre de la législation et peut être enterrée à tout moment », soutient le patron de l’Hôpital central. « Ce corps occupe la place qu’un autre doit occuper et payer. Nous avons déjà supporté. Surtout qu’ils (Famille: Ndlr) nous ont sali. Nous aurions pu porter plante. Mais, nous avons essayé d’être humains ».

Rappel des faits

Pour mémoire, l’affaire Hilaire Ayissi éclate en septembre 2021. Blessé à l’arme blanche au niveau du dos, il est admis aux urgences de l’Hôpital central de Yaoundé le 10 septembre, puis décède 9 jours plus tard. Sur sa dépouille, la famille constate des mutilations suspectes et sollicite par écrit des explications auprès des responsables de l’hôpital.

Mais le courrier de la famille reste sans suite jusqu’au jeudi 23 septembre 2021. Jour où elle débarque au bureau du directeur du HCY, Pierre Joseph Fouda, avec la dépouille d’Hilaire Ayissi sous les bras. Le scandale irradie les réseaux sociaux et mobilise les autorités administratives et policières de la capitale.

Deux enquêtes sont ouvertes : une policière et une administrative à la demande du Minsanté. À ce jour, les résultats et les conclusions de ces deux enquêtes restent inconnus de la famille éplorée et de l’opinion publique. Idem pour le rapport d’autopsie réalisée le 08 octobre 2021.

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Olive Atangana

Journaliste diplômée de l'École supérieure des sciences et techniques de l'information et de communication (Esstic) au Cameroun. Passionnée et spécialisée des questions de santé publique et épidémiologie. Ambassadrice de la lutte contre le paludisme au Cameroun, pour le compte des médias. Etudiante en master professionnel, sur la Communication en Santé et environnement. Membre de plusieurs associations de Santé et Politique, dont la Fédération mondiale des journalistes scientifiques (WFSJ) et le Club des journalistes politiques du Cameroun (Club Po). Très active sur mes comptes Tweeter et Facebook.

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1 réponse

  1. Juanita KABEYENE dit :

    Octobre prochain fera deux ans. Je n’ose pas imaginer le calvaire psychologique de l’entourage du défunt

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