Manaouda Malachie s’insurge contre une presse qu’il qualifie de sensationnelle.

Lundi 11 mars 2019. Il est environ 14h à Yaoundé. Le téléphone du Président de l’Association des journalistes et Communicateurs pour la Promotion de la Santé (AJC-Prosanté) crépite. Au bout de la ligne, le cabinet du ministre de la Santé publique (Minsanté) qui convoque (en urgence), le bureau de cette association à une audience avec Manaouda Malachie. L’information est soudaine, même si une demande avait été introduite par l’AJC-Prosanté à la mi-janvier. Pris à l’improviste, Joseph Mbeng Boum, se saisit tout de même du bâton de pèlerin pour mobiliser les membres disponibles. Une délégation de quatre personnes se constitue rapidement et prend la direction du lieu de rencontre avec l’autorité tutélaire du secteur de la santé au Cameroun. Sur place, les choses se déroulent avec une célérité (rare dans les usages habituels). L’installation des invités au Cabinet est assurée par le chef du protocole du ministre. Dans cette pièce qui fait office de salle d’attente du cabinet, l’ambiance est quelque peu conviviale en compagnie du directeur de la Coopération, le Dr Hamadou Ba.

Sur ces entrefaites, Manaouda Malachie fait son entrée. Sanglé dans un luxueux costume-croisé bleu nuit, le membre du gouvernement a la mine grave, le visage serré. Quelques civilités d’usage, puis le maitre de céans prend place. L’échange peut alors commencer. Les pistes d’un partenariat entre l’AJC-Prosanté et le Minsanté sont évoquées. Quid de l’accès aux sources d’informations, en passant par le rôle des journalistes sur les questions de santé… « Notre challenge aujourd’hui c’est de pouvoir changer les choses. A travers notre association, nous voulons nous placer comme partenaire des institutions sanitaires et avoir accès à une bonne information afin de la relayer au public », dira en guise de plaidoyer, Joseph Mbeng Boum, Président de l’AJC-Prosanté.

Sermon sévère

Cette doléance est accueillie « avec intérêt », selon les termes de Manaouda Malachie. Mais l’échange vire aussitôt à un sermon. « Les questions de santé ne peuvent pas être traitées comme les questions de football. C’est un secteur assez sensible. Les informations que vous diffusez doivent être analysées avec soin. Il ne s’agit pas de faire du sensationnel, mais plutôt d’avoir de la mesure et diffuser des informations responsables », s’indigne Manaouda Malachie. Sévère. Et si pour lui, l’« objectif commun est que les choses marchent mieux », le Minsanté subodore que les journalistes ne font pas toujours leur job. « Au lieu de rappeler à la population que vous n’avez pas telle chose ou qu’ailleurs ça se fait mieux qu’ici, il faudrait plutôt travailler à leur donner espoir », recadre-t-il avant de monter d’un ton.

Visiblement agacé au plus haut point par ces journalistes qui « jettent l’anathème sur le Cameroun », Manaouda Malachie s’insurge contre ces actes qu’il qualifie d’antipatriotique. « On ne peut pas être celui-là qui pourfend le Cameroun. Il faut aimer son pays parce que chacun, à son niveau, doit apporter son plus à l’édification de notre grande nation », soutient le Minsanté.

Dessous de l’audience

En réalité, cette audience spéciale accordée à la toute nouvelle association pour la promotion de la santé au Cameroun n’est pas anodine. Elle intervient au lendemain de deux sujets de santé traités la veille, par deux membres de l’AJC-Prosanté. L’un à travers un tweet, sur le silence des autorités sanitaires à la suite du drame des prématurés morts à la suite d’une négligence médicale à l’hôpital régional de Garoua le 23 février 2019 et l’autre, sur la réforme hospitalière. Des actualités brûlantes de ce secteur « sensible », qui ont provoqué l’ire du Minsanté.  « Quelqu’un m’a demandé hier dans un tweet de démissionner de mon poste de ministre en rapport avec les bébés qui sont morts à Garoua, faisant une comparaison avec la démission du ministre de la Santé de Tunisie après la mort suspecte de 11 prématurés dans un hôpital de Tunis. D’abord on n’est pas dans un état de comparaison. Nos réalités ne sont pas celles des autres pays », argue Manaouda Malachie. Toujours sévère.

L’ambiance est à couper au couteau. L’auditoire est confus. Impassible, l’élite du Mayo-Tsanaga poursuit : « Quand on a reçu la confiance du chef de l’Etat on ne démissionne pas. Nous sommes conscients que nous avons beaucoup de choses à faire pour améliorer la santé au Cameroun mais nous devons travailler à redonner l’espoir aux Camerounais ».  Face à cette avalanche de critiques sur ces professionnels de la presse, le Président de l’AJC-Prosanté se veut rassurant. « Notre challenge aujourd’hui est de pouvoir changer les choses », réagit M. Mbeng Boum. Quoi qu’il en soit, « Je voudrais m’inscrire dans une démarche qualité », renchérit Manaouda Malachie. C’est en cela que l’AJC-Prosante veut se placer comme partenaire du Minsanté. Mais, « Sans toutefois embrasser les journalistes, on n’est pas des ennemis », tente d’apaiser Manaouda Malachie, sous un ton quelque peu radouci. La fin de l’audience quelques minutes plus tard sera pourtant glaciale, réduite aux strictes civilités d’usage… dénuées de chaleur.

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