Sur 150 malades d’insuffisance rénale enregistré à Maroua, 70 viennent de cette ville. Soit environ 46,67%.

Les malades souffrant d’insuffisance rénale à Yagoua broient du noir. Ils ont tenu à le faire savoir au ministre de la Santé publique (Minsanté). Le 5 juillet dernier, le député Isabelle Manamourou Silikam du Mayo Danay, s’est fait le portevoix de ses nécessiteux. Car sur les 150 cas de personnes souffrant d’insuffisance rénale à Maroua, 70 viennent du département du Mayo Danay, notamment de Yagoua. Soit environ 46,67%. Aussi, une dizaine d’autres cas suivis à Garoua proviennent de Yagoua.

Selon un néphrologue du Centre d’hémodialyse de Maroua (CHM), trois hypothèses peuvent justifier cet état des choses. « Premièrement, c’est une région qui a une forte population exposée aux pesticides (la Semry, les champs de la Sodecoton). Deuxièmement, nous avons une forte prévalence de la schistosomiase dans le département du Mayo-Danay », explique le Dr François Nguegoué.

Et ce dernier de conclure que : « La troisième pour laquelle je ne vais pas m’aventurer, c’est peut être que la teneur en eau de cette région est forte en plomb; et le plomb est connu pour causer à long terme un des lésions intestinales rénales qui donnent les insuffisances rénales. Il faut beaucoup d’examens pour pouvoir confirmer ces hypothèses ».

Correspondance désespérée

Quoi qu’il en soit, Manaouda Malachie a reconnu que « C’est assez élevé (Chiffres des personnes souffrant d’insuffisance rénale à Yagoua : Ndlr) ». C’est aussi ce que pensait la communauté musulmane de cette ville il y’a deux ans. Dans une missive envoyée au prédécesseur de l’actuel Minsanté, elle disait son inquiétude et déplorait le décès de 19 de ses « fils et filles » morts d’insuffisance rénale. « L’insuffisance rénale fait des ravages dans notre cité. Plusieurs personnes sont passées de vie à trépas, emportées par cette pathologie qui pourtant selon le personnel de l’hôpital régional de Yagoua peut être soignée », écrivait-elle, après la mort du 19ème malade, décédé au retour d’une cure de dialyse à Maroua.

Plaidoyer

Selon l’imam de la ville, Modiba Abdoulaye et les autres signataires de cette correspondance, « les populations de Yagoua ne savent plus où mettre la tête. Il faudrait que le ministre de la Santé publique fasse un effort pour limiter les décès causés par cette maladie ». Concrètement, la démarche des dignitaires musulmans de Yagoua était un plaidoyer pour la construction d’un centre d’hémodialyse à Yagoua. Mais visiblement l’Etat se presse lentement pour la réalisation de ce projet au détriment des populations.

Perspectives

D’après des sources officielles, une séance normale de dialyse coûte 60 000 Fcfa. « Il faut en faire trois par semaine pour un niveau normal. Si nous maintenons ce prix, nombreux sont ceux qui n’iront plus se faire dialyser », explique Manaouda Malachie aux députés. Voilà pourquoi le gouvernement supporte 55 000 Fcfa et le patient paie juste 5 000 Fcfa. « On est en train de mener une étude qui pourrait amener le patient à ne plus débourser de l’argent à l’avenir », fait-il savoir.

Il préconise par ailleurs la transplantation d’organe comme solution définitive à ce mal social. « La solution définitive est certes de dépister et regarder les causes mais ça sera par la transplantation d’organe », pense le Minsanté. Le Cameroun n’autorisant pas encore les greffes d’organes, un texte est en cours d’élaboration à cet effet, confie-t-on au sein de ce département ministériel. Ce projet de loi sera soumis pour appréciation devant la représentation nationale au moment opportun. Pour mémoire, l’insuffisance rénale coûte 4,1 milliards de Fcfa au budget du Minsanté.

 

Cameroun

Dialyse : la croix et la bannière

Au quotidien, la mort est au chevet des patients souffrants d’insuffisance rénale. Eux qui vivent un véritable calvaire au Cameroun. Depuis plus de 10 ans, leur prise en charge reste inadéquate et onéreuse, malgré la subvention des soins par le gouvernement (55 000 Fcfa sur les 60 000 Fcfa que coûtent une séance). Les coupures d’eau et d’énergie électrique, les pannes des machines déjà en nombre très insuffisant et la pénurie en kits de dialyse constituent le lot permanemment de ces malades.

Pis, le pays compte à peine une dizaine de centres d’hémodialyse, dont le tout dernier, celui de Bagou qui a ouvert ses portes le 6 juillet 2019 et celui privé de Douala en avril dernier. Du coup, des trois séances de dialyse que leur impose la thérapie, les insuffisants rénaux n’en font que deux dans le meilleur des cas, ou alors aucune séance, dans le pire des cas.

Environ 40% des régions attendent toujours de jouir de ce privilège. La revue des villes camerounaises disposant d’un centre d’hémodialyse n’est guère reluisante. D’abord Bafoussam qui, ne disposant d’aucune unité de prise en charge était obligé d’orienter ses patients vers Bamenda, Douala ou Yaoundé. Une unité vient toutefois d’être inaugurée à Bangou. Dans le Sud du Cameroun, la ville d’Ebolowa fait face à une affluence des patients confrontés aux ruptures fréquentes des kits dans les hôpitaux des autres villes.

Même Yaoundé la capitale est logée en mauvais enseigne. L’hôpital général de Yaoundé est tristement célèbre pour ses « dialyses au ralenti » et les grèves à répétition des malades. L’unité d’hémodialyse du Centre hospitalier universitaire de Yaoundé (CHU), quant à elle, peine à satisfaire la demande à cause des ruptures de stocks quasi permanentes des kits. Malheureusement, la réduction des séances favorise la survenue des complications chez ses patients. Pourtant, la dialyse est un traitement qui assure le renforcement de la fonction rénale, qui débarrasse le sang des déchets et de l’eau accumulés dans l’organisme. Pour le moment, un traitement efficace contre l’insuffisance rénale.

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