Le vaccin qui fait polémique

Le Dr Guy Sandjon, son président, a rendu public un communiqué dans lequel il soutient que la circulaire du diocèse d’Obala est « manifestement inspirés d’informations glanées çà et là dans les réseaux sociaux ou alors de notions scientifiques mal assimilées ».

Il aura fallu attendre trois semaines, pour que l’Ordre national des médecins du Cameroun (ONMC) sorte de sa réserve et se prononce sur la circulaire incendiaire du diocèse d’Obala. Laquelle interdit « formellement la vaccination » contre le cancer du col de l’utérus dans les écoles et formations sanitaires de son territoire. Le communiqué de presse qui porte l’estampille du Président de l’Ordre date du 2 novembre 2020. Le Dr Guy Sandjon y dit avoir « pris connaissance avec étonnement » de « Ce document manifestement inspiré d’informations glanées çà et là dans les réseaux sociaux ou alors de notions scientifiques mal assimilées ».

Son ton se durcit et revêt le caractère d’une menace à peine voilée, lorsqu’il se voit l’obligation de rappeler au diocèse d’Obala « que la politique sanitaire à appliquer dans les établissements de santé, fussent-ils propriété d’un diocèse est du ressort du Ministère de la Santé publique ». Pour lui, « Autant on ne saurait obliger un citoyen à se faire vacciner ou à vacciner sa progéniture, autant on ne peut dénier à la liberté de ceux qui le souhaitent de se faire vacciner, tel que c’est le cas dans le diocèse d’Obala ». En d’autres termes, le diocèse a décidé unilatéralement d’interdire ce vaccin sur son territoire, sans tenir compte des avis des parents à qui il revient le libre choix de prendre la décision qui lui sied le mieux, en tout état et connaissance de cause.

Déficit d’informations

« Qu’est ce qui doit primer ? La liberté du choix des parents ou la mise en garde d’un homme avisé ? », interroge un prêtre du diocèse. C’est que, de sources crédibles au sein de ce dernier, « Cette note est une réponse pastorale. Quand nous peuple de Dieu qui sommes à Obala nous sentons menacé de quelque manière que ce soit, le pasteur se trouve dans l’obligation de répondre », indique un prêtre sous anonymat.  En fait, l’un des problèmes c’est que « Beaucoup de parent ne sont pas informés. Puis on a des indicateurs au niveau mondial et des pays qui ont refusé ce vaccin ».

Ainsi, « Il y a des décisions qui s’imposent par la vérité des faits ». A sa suite, son confrère de la zone pastorale d’Obala poursuit : « Mgr a fait une analyse scientifique. Ceux qui réagissent doivent en faire autant». En effet, « De l’Ordre des médecins on attendrait quelque chose de scientifique, de cohérent, de logique et pas des invectives. D’abord le ministre, après un médecin puis c’est l’Ordre. Le langage est confus », critique un autre prêtre.

Ligne de défense

Pourtant, « L’Ordre des médecins a remis les pendules à l’heure. La sortie de ce prêtre (Mgr Luc Onambele : Ndlr) était inappropriée. Chaque paragraphe de cette lettre a une part de faux simplement parce qu’il n’a pas approfondi sa recherche parce qu’il n’est pas du domaine », retorque le Dr Daniel Mabongo, médecin en service au ministère de la Santé publique. Et ce dernier de poursuivre : « Aux yeux des profanes, sa sortie semble correcte sur le plan de la forme mais en science ce n’est pas ça qui est primordial. Vous ne pouvez pas faire une sortie et vous trompez de prime abord dans la valence du vaccin en disant que ce vaccin couvre deux premiers types alors qu’il s’agit d’un vaccin quadrivalent qui couvre 4 types ».

Pour cet épidémiologiste, c’est une « Première erreur qui en science qui pousse à comprendre que vous ne vous y connaissez pas sur le sujet. 2e erreur, vous affirmez qu’il n’y a pas de vaccin contre le cancer du col et qu’il est plutôt orienté vers le HPV. C’est vouloir créer une polémique qui n’a pas de sens parce que sur la fiche du PEV c’est clairement écrit vaccin contre le cancer du col induit par le HPV. 3e chose, la sortie ne cite pas une étude qui a été faite en milieu camerounais alors qu’elles ne manquent pas ». En fait, en 2015 une étude a été faite au cours de laquelle 161 femmes porteuses du cancer du col de l’utérus ont été enrôlées. Chez ces femmes-là, 88% avaient le type 18 et 14% avaient le type 16.

Notions de la cancérologie

« Donc, il y a des données qui montrent que ce sont les types les plus retrouvés au Cameroun. 4e chose, il dit que les cancers du col guérissent à 99% et qu’ils sont hormonaux dépendants. Ça veut dire qu’il ne connait même pas les notions de base de la cancérologie », s’impatiente le médecin. C’est qu’ « En cancérologie, quand on parle de cancers il y a des agents initiateurs d’un cancer et les facteurs de croissance d’un cancer. Donc, si vous confondez un facteur de croissance à l’agent initiateur ça veut dire que vous ne comprenez pas ce que vous dites », explique ce dernier.

De lui, l’on apprendra que « Les cancers gynécologiques ont pour facteurs initiateurs les hormones. Donc quand dans ta sortie tu dis que ce ne sont pas des HPV mais plutôt des cancers hormonaux dépendants c’est faux ». Ce qui fait que « Les profanes vont trouver que c’est trop scientifique et que ça parait cohérent mais c’est un ramassis de wikipédia », assène le Dr Mabongo. En tout cas, « On ne va pas passer le temps à taire les choses ». Et en définitive, « Nous avons dit pas d’intrusion dans notre diocèse », campe le diocèse.

Encadré

Bienfaits de la vaccination

L’ONMC n’a pas manqué de vanter les bienfaits de la vaccination, cette « pratique médicale vielle et obligatoire depuis près d’un siècle ». En réalité, « Elle permet de prémunir contre la survenue de maladies pour la plupart infectieuses dont les conséquences entrainent un taux de mortalité élevé au pire, au mieux, dont la prise en charge nécessite la mobilisation de budgets lourds, rarement à la portée di citoyen moyen », précise le Communiqué.

Aussi, « Les populations doivent être informées qu’aucun vaccin n’a été créé avec pour objectif de stéréliser les populations de femmes ou pour éradiquer une race de la surface de la terre. Certes, comme tout autre traitement, les vaccins ne sont pas dénués de tout risque, qui de toutes les façons, sont habituellement minimes. Et en tout état de cause, ces risques seront toujours inférieurs aux bénéfices escomptés

A sa suite, le Dr Daniel Mabongo soutient que : « Le bénéfice de la vaccination n’est plus à démontrer. Elle n’est pas là pour empêcher la maladie de survenir mais pour réduire le nombre de cas et les formes graves ». Et « comme tout produit il y a des effets secondaires. Il n’y a pas deux systèmes de santé dans ce ministère et qui est dirigé par un ministère. Il est certes vrai qu’il y a des coordinations diocésaines qui ont des spécificités mais cela fait partie du système de santé et ça doit s’aligner aux politiques de santé nationale ».

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