Les évêques, lors de la messe d'ouverture de cette 45e assemblée plénière.

Deux diocèses l’ont déjà interdit dans leurs structures sanitaires et diocésaines à ce moment où l’opinion est plus que jamais méfiante, confuse et divisée à propos dudit vaccin.

Les autorités sanitaires camerounaises se seraient sans doute passées de cette autre interdiction au sein l’église catholique romaine. Surtout, à ce moment où l’opinion est plus que jamais méfiante, confuse et divisée à propos de ce vaccin présenté comme moyen le plus efficace pour lutter contre ce cancer féminin au Cameroun. Après Obala, ce vaccin est désormais interdit dans la province ecclésiastique de Douala depuis hier 05 novembre 2020. Dans une circulaire adressée aux responsables de ses différentes structures diocésaines, Mgr Dieudonné Espoir Atangana, l’évêque de Nkongsamba, demande au gouvernement de se « garder de soumettre nos enfants à ce vaccin ». De plus, celui qui est aussi président en exercice de la Conférence des Evêques de la Province Ecclésiastique de Douala décide décide qu’« Aucune équipe médicale ne doit être admise dans nos structures diocésaines (écoles, collèges, formations sanitaires et églises)»  et « recommande vivement aux parents le refus de ce vaccin pour leurs enfants ».

24h plus tard, force est de constater que comme avec la précédente lettre du diocèse d’Obala, le gouvernement brille par un silence assourdissant. En effet, jusqu’ici, la position officielle des autorités sanitaires sur cette sortie reste attendue. Le très digital ministre de la Santé publique (Minsanté), féru des réseaux sociaux dont Twitter notamment, n’a fait aucun tweet pour condamner cette sortie épiscopale. Même s’il est vrai que Manaouda Malachie a commis un communiqué de presse 4 jours après la lettre de Mgr Luc Onambele, sa réponse semble mole. Le Programme élargi de vaccination (PEV) quant à lui, cherche encore sa voix.

Tout comme les deux ministres du secteur de l’éducation. Ni Laurent Serge Etoundi Ngoa de l’Education de base, ni Nalova Lyonga des Enseignements secondaires ne s’est prononcé depuis que la polémique enfle. Pourtant, c’est ce ministre qui avait rendu public un communiqué annonçant cette opération en faveur de près de 400 000 jeunes filles âgées de 9 à 14 ans. Dans les réactions qui ont suivi la sortie incendiaire du prélat d’Obala, seul le Pr Tetanye Ekoe est monté au créneau, allant dans le même sens que son ministre de tutelle.

L’Ordre des médecins en renfort

Le 2 novembre dernier, l’Ordre national des médecins du Cameroun (ONMC) s’est invité au débat. Le Dr Guy Sandjon son président, marque son « étonnement » après avoir pris connaissance de « Ce document manifestement inspiré d’informations glanées çà et là dans les réseaux sociaux ou alors de notions scientifiques mal assimilées ».  Pour lui, les diocèses ne sont pas dans leur rôle lorsqu’ils interdisent ce vaccin. « La politique sanitaire à appliquer dans les établissements de santé, fussent-ils propriété d’un diocèse est du ressort du Ministère de la Santé publique », affirme ce dernier. Aussi, « Autant on ne saurait obliger un citoyen à se faire vacciner ou à vacciner sa progéniture, autant on ne peut dénier à la liberté de ceux qui le souhaitent de se faire vacciner», poursuit le Dr Sandjon.

Seulement, au sein du milieu médical, la sortie de l’Ordre ne fait pas l’unanimité. Certains médecins l’ont salué et trouvé qu’elle arrivait à point nommé face à une « sortie inappropriée de ce prélat (Mgr Luc Onambele : Ndlr)». Par contre, d’autres se montrent critiques vis-à-vis dudit communiqué qu’ils qualifient de « farce », car arrivait trois semaines plus tard alors qu’il devait être le premier à se faire entendre. Il n’en fallait pas plus et au regard des « insuffisances», pour y voir davantage une décision politique plutôt qu’une nécessité et volonté réelle d’y apporter des réponses clés. Ils reprochent par-dessus tout au Dr Guy Sandjon d’avoir privilégié les invectives en lieu et place d’arguments scientifiques. « De l’Ordre national des médecins du Cameroun, on attendrait quelque chose de scientifique, de cohérent, de logique et pas des invectives. D’abord le ministre, après un médecin puis c’est l’Ordre. Le langage est confus », critique d’ailleurs un prêtre du diocèse d’Obala.

Eglise-Pouvoir : Des rapports tendus en permanence

Ne s’achemine pas vers une crise entre l’église catholique et le pouvoir de Yaoundé ? Difficile à dire. Mais il est clair que les rapports entre les deux parties sur les questions de santé n’ont pas toujours été cordiaux ces derniers. En tout cas, la 45e Assemblée plénière des Evêques du Cameroun débutée le 3 novembre dernier s’achève ce 6 novembre 2020. Les regards sont d’ores et déjà rivés sur le communiqué final de la Conférence épiscopale nationale (CEN). Va-t-elle se ranger du côté de ses deux évêques ou alors céder aux enjeux de l’introduction de ce vaccin anti HPV dont elle a été imprégnée par une délégation du ministère de la Santé publique visiblement dépêchée à son chevet ?

En attendant le fin mot de l’histoire, rappelons néanmoins que ce n’est pas la première fois que l’église catholique embarrasse le gouvernement sur les questions sanitaires. On l’a récemment vu avec Mgr Samuel Kleda. Au plus fort de la crise mondiale au nouveau coronavirus qui n’a pas épargné le Cameroun, le prélat a annoncé avoir mis sur pied un médicament contre le virus mortel et plus tard, d’avoir soigné 3000 personnes. Ce l’Ordre des médecins qui avait des réserves et le Minsanté n’ont pas démenti jusqu’ici. Lors du lancement des travaux de la CEN, le président, Mgr Abraham Kome, a d’ailleurs salué l’action de Mgr Kleda.

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