Selon le pédiatre de renom, la note épiscopale du clergé est « légère » et revêt des « conséquences graves sur le plan santé publique »

La réaction des spécialistes de la santé était attendue, après le pamphlet du diocèse d’Obala contre le vaccin du cancer du col de l’utérus. C’est chose faite, depuis ce 27 octobre 2020. Soit une semaine après la circulaire du diocèse d’Obala signé de Mgr Luc Onambelé, Dr en bioéthique et vicaire général, interdisant la vaccination des filles contre le cancer du col de l’utérus sur son territoire.  Dans une tribune intitulé « Église et politique de santé publique », publiée au journal Lejour, le Pr Tetanye Ekoe qui revendique sa foi chrétienne et catholique et sa place dans la société civile, essaie de montrer le caractère faussement scientifique de la note épiscopale et la menace qu’elle comporte pour le rôle de l’Etat en matière de santé publique.

Le pédiatre de renom ne mâche pas ses mots face à « Une note épiscopale légère aux conséquences graves sur le plan santé publique ». D’ailleurs, d’entrée de jeu, celui qui s’est exprimé sous une casquette de médecin catholique et membre de la société civile, trouve que « la note épiscopale révèle des incongruités scientifiques et révèle des germes d’une dangereuse opposition à la politique de santé publique de l’Etat ». Certes, il existe une centaine de sous types de HPV, responsable de cette affection cancéreuse. Mais, « seuls 14 types de ce virus déterminent pour les unes, les lésions appelées « condylomes acuminés » ou « verrues génitales » d’une part et d’autre part pour les autres, des lésions pré cancéreuses puis le cancer du col de l’utérus chez les jeunes femmes et les femmes d’âge avancé », explique le pédiatre.

En d’autres termes, « la vaccination contre les virus des sous-types 16 et 18 protègent aussi contre les sous-types 31, 33 et 45 », précise ce dernier. Et donc, « Il n’est pas dénué d’intérêt de souligner que ces vaccins anti HPV confèrent aux personnes vaccinées une protection de longue durée, généralement supérieure à 10-15 ans et que nulle part on a pu démontrer une baisse de cette protection immunitaire », soutient le Pr.

Effets secondaires des vaccins

C’est l’autre pomme de discorde entre ces pro et anti vaccin. A ce propos, le Pr Tetanye Ekoé rappelle que depuis 2006 (date d’introduction des vaccins anti-HPV aux USA, notamment du GARDASIL choisi par le Cameroun et qui comporte 4 sous-types de virus), la pharmacovigilance effectuée sous le contrôle du CDC –Atlanta a permis de recenser certains effets indésirables. Ce sont entre autres, des syncopes lors de l’administration de l’injection, des vertiges fugaces, des nausées, des maux de tête, de la fièvre passagère au décours de la vaccination et des inflammations aux points d’injection.

Somme toute, « des manifestations peu susceptibles d’être considérées comme de nature à remettre en cause les bénéfices du vaccin », soutient le pédiatre. Pour lui, « Le vieux débat depuis longtemps vidé sur la séparation entre l’église et l’Etat ne saurait resurgir dans notre pays à la faveur de l’interdiction exprimée par le vicaire du diocèse d’Obala contre la vaccination anti-HPV des filles de 9 à 14 ans contre le cancer du col de l’utérus ».

Le vaccin qui fait polémique

Les 3 stratégies qui s’offrent aux gouvernements

Le Pr Tétanye Ekoe convoque dans son déroulé, les différentes stratégies disponibles pour juguler ce cancer le plus fréquent chez la femme au Cameroun, après celui du sein. D’abord, la vaccination des jeunes filles de 9 à 14 ans au moyen de l’un des trois vaccins reconnus par l’OMS comme offrant une protection équivalente contre ces cancers. C’est « La moins couteuse », indique ce dernier. Puis, la deuxième, « plus lourde et plus coûteuse », qui « consiste à organiser à travers les pays des campagnes de dépistage du cancer du col de l’utérus ». Et ce dernier de rappeler que « l’intervention la plus couteuse est la prise en charge des malades atteintes du cancer au regard du cortège des opérations chirurgicales, des séances de radiothérapie et de chimiothérapie que le budget des Etats ne peut supporter surtout dans les pays en développement comme le Cameroun ».

A titre de rappel, des essais cliniques et la surveillance épidémiologique de la Food and Drugs Administration (FDA) et le Center of Control of Diseases (CDC Atlanta) des USA et validées par l’OMS, montrent que les 3 types de vaccins anti-HPV disponibles « sont très sûrs et très efficaces pour prévenir les infections à HPV à plus de 99%. En outre, ces vaccins anti-HPV donnent de meilleurs résultats s’ils sont administrés avant l’exposition au HPV », insiste le pédiatre. En définitive, « Il va de soi que tout observateur doué de bon sens ne saurait remettre en cause la pertinence de la vaccination au HPV comme mesure de prévention coût-bénéfice largement adoptée contre le cancer du col de l’utérus dans le monde », argue le Pr Ekoe.

En rappel, d’après le programme de lutte contre le cancer 30 à 40 jeunes femmes sur 100000 soit 6000 à 8000 jeunes personnes atteintes chaque année « de cette affection et plus de 2500 en meurent dans des conditions inhumaines et inacceptables dans leurs familles ou dans les hôpitaux ». A ce jour, 128 Etats sur 195 de l’OMS ont adopté cette mesure de prévention et 44 sont voie de le faire avant la fin de 2021.

 

Extrait de la tribune libre

Certains activistes anti-vaccination ont tenté de faire croire aux populations mal informées que les vaccins anti HPV pouvaient entraîner de l’infertilité chez les jeunes filles vaccinées. Ces allégations n’ont évidemment jamais été prouvées depuis l’introduction de ces vaccins dans les 128 pays de l’OMS ayant adopté le vaccin anti HPV dans leurs programmes de vaccination nationaux. Au contraire, il est évident que les femmes atteintes de pré cancer ou de cancer du col montrent une indéniable infertilité du fait des interventions telles que les opérations d’ablation de l’utérus ou hystérectomie, la chimiothérapie ou encore la radiothérapie. Il n’est pas dénué d’intérêt de souligner que ces vaccins anti HPV confèrent aux personnes vaccinées une protection de longue durée, généralement supérieure à 10-15 ans et que nulle part on a pu démontrer une baisse de cette protection immunitaire.

Une note épiscopale légère aux conséquences graves sur le plan santé publique

Ce qui précède ne laisse donc aucun doute sur le caractère outrageusement superficiel des bases scientifiques de la note épiscopale du diocèse d’Obala interdisant la vaccination anti HPV des jeunes filles de 9-14 ans sur l’étendue de son territoire. Elle surprend surtout ceux des scientifiques qui professent la foi chrétienne et qui sont confondus de voir l’église catholique si habituellement prudente et pleine de discernement se livrer brusquement à des approximations aventureuses sur un terrain si éloigné de ses préoccupations séculaires. Tout ce qui précède montre aussi à suffisance que l’Etat est dans son bon droit quand il promeut la vaccination HPV pour protéger les jeunes filles âgées de 9 à 14 ans contre le cancer du col utérin. Le jeune et truculent vicaire d’Obala, probablement habité par ses lectures récentes de Cervantès en Espagne a–t-il confondu les moulins à vents de Don Quichotte avec la très sérieuse raison d’Etat qui fait obligation au gouvernement de protéger ses populations contre toute menace de santé publique. C’est le lieu de se rappeler ces évangiles de St Matthieu 22 :21 et de St Luc 20 :25 qui rapportent l’épisode du piège que les pharisiens avaient tendu à Jésus en lui demandant s’il fallait payer l’impôt à l’empereur. Que répondit Jésus : « Il faut rendre à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu ». Manifestement, dans tous les sens, le plus profane des citoyens a compris que le vicaire dans cette circonstance a oublié que le vaccin HPV qui sauve des vies est à Dieu et que la vaccination qui est à l’Etat est un outil pour sauver des vies et la dignité des femmes.

Pr Tétanye Ekoe, Médecin catholique, membre de la société civile.

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