Le vaccin qui fait polémique

Les cas de réticences et de refus enregistrés ces dernières semaines traduisent le recul de l’adhésion des populations à ce processus.

C’est fait. Depuis le 12 octobre 2020, le vaccin contre le cancer du col de l’utérus est désormais inclut dans la panoplie des 14 vaccins du Programme élargi de vaccination (PEV) de routine. Ceci, après le raté du 27 novembre 2019. Cette introduction prévue en deux phases (d’abord dans les formations sanitaires et le 23 novembre prochain dans les communautés) s’est faite sans tambours ni trompettes. C’est que, ce vaccin présenté comme solution adéquate contre le cancer du col de l’utérus et les autres infections liées au virus du papillome humain (VPH) est au centre d’une vive polémique.

Dès l’annonce en juin 2020 de son introduction et depuis lundi dernier, elle prend de l’ampleur et divise les camerounais. Une frange de l’opinion publique nationale et même médicale dénonce ses effets indésirables graves et invalidants sur la cible, enregistrés en France, les plaintes y relatives, son retrait au Japon et en Autriche. Celle-ci doute aussi de l’innocuité, de l’efficacité et de la fiabilité de ce vaccin destiné à protéger la jeune fille non encore sexuellement active contre ce 2e cancer féminin.

Cette majorité craint que ce dernier entraîne l’infertilité chez ces jeunes filles. Ce d’autant plus qu’à leurs yeux, il n’a pas encore été prouvé qu’il va protéger les femmes contre cette maladie. La classe politique n’est pas en reste. Dans une correspondance adressée au président de la République Paul Biya le 22 juillet 2020, Jean Marc Ngoss écrit que «Le peuple camerounais ne saurait nullement être un peuple de cobayes pour les grosses firmes pharmaceutiques. Si un grand pays comme le Japon a arrêté de l’administrer c’est qu’il est nécessaire de s’interroger sur l’efficacité de ce vaccin ». Même son de cloche chez Serge Espoir Matomba. Le premier Secrétaire du Peuple uni pour la rénovation sociale (Purs) s’insurge aussi « contre la campagne de vaccination systématique des jeunes filles de moins de 10 ans contre le papillomavirus, responsable du cancer du col de l’utérus chez la femme ».

Un mouvement « Non au vaccin test » a d’ailleurs vu le jour et mène depuis quelques semaines déjà, une campagne en ligne pour contester ce vaccin. « Il faut dénoncer ce massacre. La santé et la suivie de nos enfants, en dépendent », soutient Valgadine Tonga, l’un des membres de ce mouvement qui militent plutôt pour le dépistage. « L’Etat ne voudra quand même pas nuire la population dont il a la charge », rétorque Binkam Youssoufa, un parent à Ngaoundéré. « Nous avons besoin de plus de sensibilisation pour convaincre certains parents à comprendre qu’il en va de la santé et du bien-être de nos enfants. Si ma fille avait 09 ans, je n’hériterai pas une seconde », affirme ce dernier.

 

En réalité, les théories sur les vaccins et produits médicaux affectent le taux d’acceptation des vaccins dans les ménages. Lors de ces campagnes, des menaces, agressions, insultes et violences sur les personnels de santé se multiplient.  « Contre l’action des anti vaccins, nous nous limiterons à donner la bonne information sur la vaccination en mettant à contribution tous les canaux, les outils de communication et laisse la population se faire sa propre opinion », rétorque une source à la cellule de Communication de ce Programme.

Crise de confiance

Au sein dudit Programme, « c’est dans les écoles et c’est le23 novembre. D’ici à là, les fiches de consentement des parents seront distribuées aux filles de 9 ans. Ne seront vaccinées que les filles dont les parents auront donné l’autorisation », explique un responsable à la Cellule de Communication. Sauf que pour Roger Etoa, cette stratégie n’est pas suffisante. Il urge plutôt et surtout, de « Restaurer le climat de confiance entre les acteurs, les usagers et le système de soins ». Car, « La crise de la vaccination vient simplement se supposer à d’autres crises qui s’étaient installés entre ces différents acteurs qui sont complémentaires mais qui se regarde en chien de faillance », poursuit ce médecin de santé publique.

Entre temps, l’absence d’un cadre réglementaire sur la vaccination du fait d’une inexistence de textes coercitifs qui obligent les parents à faire vacciner leurs enfants, en rajoute à cette controverse. La position des gynécologues à travers la Société des gynécologues-obstétriciens du Cameroun et l’offensive médiatique de l’Association des camerounaises des femmes médecins en faveur de ce vaccin semblent loin de rassurer la population.

« La polémique est normale parce que les gens sont plus informés. Un vaccin est un produit pharmaceutique qui a ses avantages, mais aussi ses risques. Mais pour le prescrire, on étudie le rapport risque- bénéfice. Et si le rapport est en faveur des bénéfices, évidemment, la solution est retenue », précise le Dr Roger Etoa. A ce propos justement, « le bénéfice est largement supérieur par rapport au risque encouru », affirme Dr Jacques Tsingaing, vice-président de la Société des gynécologues-obstétriciens du Cameroun. Pour eux, les effets indésirables sont mineurs. Notamment, rougeur au point de l’injection, inflammation, nausée, céphalée, vomissement.

« Communication insuffisante »

Bien qu’il fasse son entrée dans le PEV de routine, de nombreux acteurs relèvent que l’insuffisance de la communication autour de l’introduction de ce vaccin pourrait expliquer la réticence de la population. Voilà pourquoi, « Il faut une communication non plus attentiste mais beaucoup plus offensive ; qui s’adapte au contexte et la modernité », plaide le Dr Roger Etoa. C’est-à-dire, « Ne plus simplement faire des campagnes par des communiqués de presse mais également s’inspirer de nouveaux outils de com et de marketing social qui intègrent les nouvelles technologies de l’information et de la communication tels que les réseaux sociaux ou des médias, des talk-show, leaders d’opinion, influenceurs. Il faut passer par toutes ces voix pour pouvoir toucher la cible qui n’est plus seulement à la maison ; cibler les personnes clés pour pouvoir augmenter le taux d’adhésion à ces vaccins parce que l’heure est vraiment grave », détaille celui qui est par ailleurs président du Remedic. Au PEV, l’on fait savoir que l’un des objectifs de communication est que d’ici décembre 2020, 80% des parents et filles soient sensibilisées sur la prévention de ce cancer et sur l’introduction du vaccin et d’ici 2021, amener au moins 70% des filles âgées de 9 ans à se faire vacciner contre le HPV.

En rappel, vacciner les jeunes filles à 9 ans les couvre à 95-97% du cancer du col et des autres infections liées virus du papillome humain, martèlent les gynécologues. A noter que 339 908 jeunes âgées de 9 ans sont concernées par cette opération. Cette cible recevra deux doses de Gardasil (dont près de 400 000 doses sont déjà disponibles), qui lutte contre 4 types de virus. Ces doses seront espacées de 6 mois car pour être protégée à vie contre ce cancer causé principalement par le VPH, après la première dose, la fille doit attendre au moins 6 mois avant de recevoir la deuxième dose.

Au Cameroun, ce cancer tue 1356 femmes par au Cameroun. L’Organisation mondiale de la santé (OMS) estime qu’en 2030 près de 450 000 femmes mourront de cette pathologie par an dans le monde, dont plus de 98 % dans les pays à faibles ressources, parmi lesquels 90 % en Afrique subsaharienne. « C’est un bon vaccin. Le problème au Cameroun, c’est qu’on n’aime pas la prévention. On préfère soigner une personne qui est déjà malade et ça coûte toujours plus cher. Donc, les femmes ont intérêt à se faire vacciner », plaide Dr Nkigoum Nana, gynécologue à l’hôpital régional de Ngaoundéré.

LEAVE A REPLY

Please enter your comment!
Please enter your name here