Accusé de négligence médicale, d’homicide involontaire… la formation hospitalière se dédouane. L’affaire est désormais diligentée par la Compagnie de gendarmerie de Garoua.

hopital régional Garoua
Une vue de l’hôpital régional de Garoua

L’incident dramatique fait des vagues dans la ville de Garoua. Dans la nuit de vendredi à samedi 23 février dernier, trois nouveau-nés prématurés, internés au service de néonatalogie de l’hôpital régional de Garoua sont passés de vie à trépas. Une mort jugée suspecte par les familles des victimes. Car, selon une source interne à cette formation hospitalière, l’état de santé de ces enfants était plutôt rassurant. Seulement, aux environs de 1h50, l’irréparable va se produire, relate le parent d’un des trois défunts bébés. « D’après les diagnostics, l’état de santé de ma fille était plutôt bon. Il y a eu un problème avec l’énergie et ma fille a été subitement victime d’un malaise alors que je me trouvais surplace. Nous avons fait appel à des infirmiers qui gardaient dans les salles voisines parce l’infirmière qui devait travailler était absente pour des raisons de deuil nous a-t-on dit et celle qui devait ensuite prendre la garde toute la nuit ne s’est carrément pas présentée à son service », confie Albert Legrand Bayang. Courroucé. Une version que ne corrobore pas la direction de l’hôpital régional. En effet, un des responsables confirme que l’infirmière permissionnaire pour raisons funèbres a été effectivement remplacée. Mais au moment du drame, l’infirmière (remplaçante) de garde était absente de son poste, affirment les plaignants.

Absence d’assistance

La mine ravagée par le chagrin, Albert Bayang poursuit le récit des événements de cette « nuit ténébreuse » qui a emporté son bébé qui pesait 1kg 225g. « Une infirmière qui gardait dans un autre service est arrivée et a d’abord commencé par se plaindre en nous rappelant que l’hôpital n’était pas le champ de son père et qu’elle n’avait pas à tout faire seul. Elle a ensuite prescrit le Débridat Sirop en nous demandant d’aller chercher le produit à la pharmacie. Mais curieusement, après avoir administré ce médicament, on nous fait savoir que c’est un produit qui ne doit pas être administré à un enfant de moins de deux ans. L’état de l’enfant a commencé à s’empirer. C’est à ce moment qu’on constate que même la couveuse à des soucis. L’enfant bavait sans arrêts. J’ai été obligé moi-même de prendre du coton pour essayer de nettoyer les baves qui sortaient de sa bouche. J’ai vécu cette scène surréaliste, impuissant, jusqu’ au décès de ma fille », détaille le domicilié de Garoua. Toujours est-il qu’à la direction de l’hôpital qui ne dispose que de deux couveuses fonctionnelles sur les six, le décès du nouveau a été causé par une détresse respiratoire.

Couveuse « artisanale »

Tout commence le 14 février 2019, lorsque l’épouse d’Albert Legrand Bayang donne naissance à leur bébé, à 33 semaines. Le nouveau-né de sexe féminin qui pèse 1kg 222g est déclaré « prématuré », puis prise en charge au moyen d’une couveuse « artisanale » au service de néonatalogie. Ses chances de survie sont alors de 75%, précise un gynécologue interrogé. Elle y passe ainsi neuf jours et son état s’améliore. « Après avoir établi que le bébé était prématuré, on m’a demandé d’aller acheter des ampoules pour chauffer la couveuse artisanale dans laquelle elle allait être placée. J’ai acheté quatre ampoules de 60 watts. Mais avant, j’ai pris le soin de savoir pourquoi je devais acheter une ampoule. On m’a fait savoir que l’hôpital ne dispose que de deux couveuses normales et elles sont déjà occupées, et donc, ma fille devait être conservée dans une couveuse artisanale. L’ampoule servirait donc au chauffage », explique le plaignant.

Poursuites judiciaires

Les familles des victimes réclament que justice soit faite. C’est du moins le sens de la plainte déposée auprès de la Compagnie de gendarmerie de la région du Nord, par M. Bahyang, le 25 février 2019. Dans cette requête contre le personnel médical de l’hôpital régional de Garoua, le plaignant leur reproche notamment des négligences caractérisées ayant entrainées le décès de sa fille internée au service de néonatalogie. Pour le plaignant, l’enjeu est d’éviter qu’à l’avenir, ne survienne d’autres drames du même ordre à d’autres enfants. Mais du côté de l’hôpital incriminé aussi, les responsables soutiennent que ces décès ne peuvent pas être imputées au personnel soignant. Pis, sur les trois cas de décès dénoncés par les familles des victimes, seulement deux décès ont été reconnus par les autorités sanitaires de Garoua. Pourtant, deux autres familles soutiennent que, la même nuit, leurs deux enfants internés dans ce même service, sont également décédés après des problèmes d’électricité qui ont entrainé des perturbations dans le fonctionnement des couveuses. Autant dire qu’on est loin d’avoir tourné la page de cette embarrassante actualité. Surtout que l’affaire qui était l’un des principaux points abordés au cours de la réunion de coordination qui se déroule tous les lundis à l’hôpital régional de Garoua, « est désormais suivie de près par le ministre de la Santé publique », confie-t-on.

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