Le sujet jugé sensible, est évité par les deux parties.

Le Cameroun n’est pas à jour de ses cotisations annuelles statutaires pour la période 2015-2018, auprès de l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Il traine ainsi des arriérés d’un montant d’environ 108 millions de Fcfa. Soit 36 millions de Fcfa à payer par an. « En réalité ce n’est pas grand-chose », relativise une source proche du dossier. Au sein de l’OMS, il se murmure même que le sujet faisait partie des éléments factuels préparés à l’attention du Dr Matshidiso Moeti, la Directrice régionale de l’OMS pour l’Afrique, en visite au Cameroun du 20 au 23 février 2019.

Une insolvabilité sur laquelle, les autorités camerounaises et onusiennes sont très peu disertes. La preuve, lorsque l’on aborde le sujet tout le monde se défile.  C’est que le sujet jugé sensible, « peut à la limite frôler l’incident diplomatique », indique notre source. Même si, elle reconnaît que l’information est avérée. La loi du silence est donc de rigueur autant auprès de la partie camerounaise à travers la division de la Coopération (Dcoop) au ministère de la Santé publique (Minsanté), que de l’OMS.

Négligence et conséquences

Selon nos informations, ceci relève davantage d’une négligence et d’un manque de suivi. « On se retrouve avec des lourdeurs administratives qui aboutissent à ce genre de situation or c’est une priorité. Un ministre passe une année sur le terrain à visiter des chantiers de construction des hôpitaux alors qu’il faut s’occuper de ces cotisations, prioriser ce dossier », argue le Dr Albert Ze, fondateur et CEO de l’Institut de Recherche pour la Santé et le développement (Iresade). Une autre source plus caustique, affirme que le Cameroun est coutumier du fait. Et pas seulement auprès de l’OMS mais aussi, auprès du Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme (the Global Fund to … Nations Unies).

Pour l’heure, la conséquence immédiate de cette situation auprès de l’organisme onusien est que le pays de Paul Biya risque d’être suspendu de son droit de vote et de prise de parole à la 72ème Assemblée mondiale de la santé, prévue du 20-28 mai 2019. Nos sources s’accordent ainsi à dire qu’il y a donc une nécessité pour le Cameroun, de s’acquitter des fonds de contrepartie auprès des mécanismes de financement dont le Fonds mondial. Parce que, non à jour de ses cotisations de ce côté aussi, « Le Cameroun peut être privé également des aides et subventions dans le domaine de la santé », regrette le Dr Ze. Ce qui porterait un sérieux coup à la lutte contre le VIH Sida, le paludisme et la tuberculose.

« Mauvaise gestion »

Les contributions fixées par l’OMS sont dues et payables au 1er janvier par tous les États membres et membres associés de l’OMS. Dans le barème des contributions des Membres et des Membres associés pour l’exercice 2018-2019 (%) produit par l’OMS et que nous avons consulté, le Cameroun ne s’acquitte que de 0,0100% desdites contributions. « C’est insignifiant par rapport à tous les problèmes de santé que nous avons. Parce qu’au moment d’attribuer une aide, on le fait en fonction de ce qu’un pays donne. Voilà pourquoi nous n’avons que des miettes quand les autres pays ont des financements conséquents », indique-t-il. Dans ce document, il apparaît qu’auprès de d’autres pays Africains voisins, le Cameroun n’est pas logé à la bonne enseigne de ce baromètre de contributions.

 Le Gabon par exemple, contribue à hauteur de 0,0170% ; le Nigéria 0,2090% ; le Ghana 0,0160% ; la Cote d’Ivoire 0,0090% et le Congo 0,0060%. « Les organismes donnent suffisamment de temps aux membres afin de s’acquitter de leurs cotisations. L’une des principales justifications de ce non-paiement est la mauvaise gestion des finances publiques liées à la santé. On rencontre ainsi plusieurs comportements non rationnels qui font que l’argent est le plus souvent affecté à des dépenses non prioritaires », soutient celui qui est par ailleurs économiste de la santé. Quoi qu’il en soit, du côté de l’OMS l’on s’accorde à dire que « c’est le mariage parfait » entre le Cameroun et l’institution onusienne. Et en guise de preuve de cette « relation de qualité », la construction en cours à Yaoundé, du nouveau siège de l’OMS au Cameroun.

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