Revue des personnes et actions ayant marquées l’année écoulée.

Manaouda Malachie vient de passer 12 autres mois à la tête du très stratégique ministère de la Santé publique (Minsanté). Une année sans répit pour le plus jeune ministre du gouvernement du 4 janvier 2019. Sous les feux des projecteurs depuis la survenue en mars 2020 du premier cas de Coronavirus au Cameroun, le magistère du ministre de la santé aura été des plus fébrile et turbulent au cours de l’année écoulée. Sous cet ancien pensionnaire de l’Ena de Paris, le secteur de la santé aura été marqué en 2020, par des clichés et personnes regroupés en 10 visages.

Manaouda Malachie, un ministre sous-pression

Critiqué pour sa gestion sanitaire et financière de cette pandémie dévastatrice pour la santé et l’économie, acculé par les rupture des médicaments (antituberculeux, kits de dialyse, insuline…), surpris par l’apparition de la variole du singe et la résurgence des épidémies (choléra, rougeole, poliomyélite et des cas de méningite), bousculé par la grogne des personnels de santé et celle des médecins après la suppression de la prime « technicité agent technique », tenaillé par la polémique sur le vaccin contre le cancer du col de l’utérus et l’affaire dite « riz d’Orca », le natif du Mayo-Tsanaga n’a pas connu d’état de grâce en 2020. 24 mois après son installation sur ce strapontin, les avis divergent quant aux résultats de ses actions, ses choix et ses décisions. L’abandon de la réforme hospitalière (pourtant contenue dans son cahier de charge) et de la lutte contre le médicament de la rue en sont quelques-unes.

En tout cas, à l’observation, Manaouda Malachie est très soucieux de présenter l’image d’un ministre ouvert aux outils de communication modernes. 2020 a d’ailleurs fait de lui une vedette sur les réseaux sociaux. Il est l’un des ministres le plus suivi sur Twitter, son réseau social de prédilection. Ses posts sont attendus, commentés, salués, critiqués et partagés par des internautes. Au tout début de la crise sanitaire au Cameroun, ses points quotidiens sur l’évolution statistique de la maladie au Cameroun ont renseigné les usagers sur la gestion sanitaire de cette maladie. La démarche a même rencontré l’assentiment des journalistes puisqu’elle leur facilitait l’accès à l’information. Mais si l’hyperconnectivité du Minsanté 2.0 est saluée par certains, cette communication dynamique et interactive avec le public ne lui a pas toujours valu des éloges.

La chronique fait dire que ce penchant pour le digital a valu au jeune ministre de se faire taper sur les doigts par sa hiérarchie. A noter aussi qu’en 2020, Manaouda Malachie aura œuvré à impulser une nouvelle dynamique dans la machine administrative, par des nominations des directeurs et sous-directeurs à des postes vacants dans les services centraux et les formations sanitaires, pour compléter l’organigramme. D’aucun lui reconnaissent même une « gestion dynamique » des ressources humaines, avec par exemple le déploiement des personnels et spécialistes dans les hôpitaux.

Fonds Covid-19. La gestion de tous les maux

Au Cameroun, la gestion financière des fonds destinés à lutter contre le Covid-19 et dans l’attribution des marchés y relatifs ont fait couler beaucoup d’encre et de salive durant l’année écoulée. Certaines organisations de la société civile comme l’ONG Human Rigths Watch (HRW), accusent le gouvernement d’entretenir l’opacité autour de cette gestion. Notamment pour ce qui est du processus d’attribution des marchés publics en rapport à cette crise sanitaire. Un avis partagé par certains hommes politiques qui s’inquiètent du processus d’attribution desdits marchés. C’est notamment le cas du député Jean-Michel Nintcheu. Cet élu de la nation est à l’origine de l’une des polémiques les plus corrosives visant le Minsanté. « De soupçons de prise illégale d’intérêts, de détournements de deniers publics dans la gestion Covid-19, de conflits d’intérêts, de corruption », alléguait-il le 22 décembre dernier. Dans cette même correspondance, l’opposant a d’ailleurs décliné l’invitation du Minsanté qui l’invitait à prendre part à la réunion d’évaluation de la riposte sanitaire de la pandémie du Covid-19 au Cameroun. En guise de réponse à ces accusations, Manaouda Malachie a publié la liste des entreprises adjudicataires des marchés et le détail des dépenses des fonds Covid-19. Mais cette démarche a-t-elle seulement convaincu ?

2020 au rythme des pénuries

Les insuffisants rénaux ont eu une année difficile. Pénurie des kits de dialyse et dysfonctionnement des centres d’hémodialyse de Bertoua, Maroua et Bamenda ont rythmé leur année. Le dernier en date est le Centre de Bamenda qui a dû fermer ses portes faute d’appareils tel que l’a révélé le directeur de l’hôpital régional de Bamenda le 3 janvier 2021. Et même le Centre d’hémodialyse de Bamenda a été doté le 6 janvier de 8 machines d’hémodialyse, 8 fauteuils, des solutés et des concentrés d’acide, force est de constater que le malaise est réel dans la gestion de la chaîne d’approvisionnement des kits de dialyse et de l’entretien des machines. D’ailleurs, de sources crédibles, celui de Maroua ne fonctionne pas de manière optimale. Nos informations font état de ce qu’après la crise de novembre dernier, les machines réparées sont aussitôt retombées en panne. Les patients sont à nouveau obligés de se rendre à Garoua pour leurs séances. La question de la rupture des médicaments ne concerne pas que cette catégorie de malades mais aussi, les antituberculeux et les malades d’hépatites virales. Eux aussi, ont dû faire face à une pénurie de médicaments en 2020.

Cancer du col. Le vaccin de la discorde

L’introduction du vaccin contre le cancer du col de l’utérus au Cameroun a été plus que mouvementée. Entre les insuffisances sur le plan de « communication » et la persistance des doutes sur l’efficacité de ce traitement préventif pour les jeunes filles de moins de 9 ans, les autorités sanitaires ont eu maille à partir avec les parents et surtout l’église catholique romaine. Certains diocèses l’ont interdit dans leurs structures sanitaires et scolaires. Même les sorties à grand renfort de Manaouda Malachie, de l’Ordre national des médecins du Cameroun (Onmc) et du Pr Tetanye Ekoe n’y ont rien fait. Eglise et populations sont restées campées sur leurs positions. Pour apaiser les esprits surchauffés par cette crise, le Président Paul Biya a dû intervenir pour préciser que le vaccin dans les écoles n’est pas obligatoire.

Le boulet des Centres hospitaliers régionaux du Planut

Le 25 novembre 2020, les camerounais ont eu droit à un état des lieux du taux d’avancement physique des travaux des 8 Centres hospitaliers régionaux (CHR) censés s’achever en 2017. Il a été présenté par le Chef du gouvernement, dans le Programme Economique, Financier, Social et Culturel du Gouvernement pour l’exercice budgétaire 2021. A l’analyse, si la construction de ces CHR était notée sur 20, le gouvernement aurait la note de 2/20. Et pour cause, seuls deux CHR (Ebolowa et Bafoussam) sur les 8 « sont quasiment achevés ». En réalité, ils ne sont pas encore opérationnels. De plus, certains de ces travaux sont très en retard. C’est le cas de Maroua dans la région de l’Extrême-Nord dont 61% des travaux n’ont pas été exécutés depuis 7 ans. Soit seulement 39% de taux de réalisation depuis lors. Les délais réactualisés par le Direction des études et des projets (DEP) du Minsanté prévoyaient pourtant des réceptions dès novembre 2020. Ce qui n’est toujours pas le cas à ce jour.

Le bonus des plateaux techniques

A côté des ratés de 2020, des bons points sont à mettre à l’actif des autorités sanitaires. De fait, la pandémie de la nouvelle grippe a été l’occasion pour l’Etat d’investir dans le secteur de la santé. L’acquisition de nouveaux équipements a permis de relever et de renforcer le système de santé camerounais. « Notre système de santé a beaucoup gagné », s’est réjoui Manaouda Malachie le 28 juillet dernier à la chaîne nationale. « Aujourd’hui, nous pouvons dire que dans chaque hôpital de District nous pourrons avoir des concentrateurs d’oxygène et même des respirateurs, des lits de réanimation et un plateau technique plus globalement relevé », avait détaillé l’autorité tutélaire de la santé. De même, les hôpitaux de région ou de 2e et 3e catégorie ont été rénovés pour certains et le plateau technique « systématiquement relevé » pour d’autres. De plus, « Il existe désormais une unité d’isolement dans chacune de nos dix régions et qui pourrait servir soit pour les soins généraux, soit pour d’autres pandémies ou épidémies à venir », selon le Minanté.

La timide avancée vers la CSU

Le processus de mise en place de la Couverture santé universelle (CSU) en terres camerounaises n’a pas abouti en 2020. Il a tout au moins connu des avancées. La signature du Contrat de partenariat public-privé (PPP) avec l’entreprise Sucam SA, le lancement des travaux de construction des datas center et la présentation du logiciel E. Wallet en sont quelques-uns. Mais si ces points témoignent de la volonté du gouvernement d’améliorer l’accès des populations aux services de santé, l’aboutissement de cette initiative n’est pas encore acquis. De nombreux écueils fragilisent encore cet important projet voulu par le chef de l’Etat. D’abord, parce que 90% des médicaments et des réactifs sont importés et 90% du matériel est importé. Ensuite, « Il y a plusieurs points de vigilance : L’entreprise Sucam en elle-même qui a été créée pour la circonstance, le temps long du PPP de plus de 15 ans est excessif, nous n’avons toujours pas de loi sur la CSU à ce jour et aucune réforme hospitalière n’a été entamée pour améliorer la qualité de l’offre de services de soins, condition sine qua non pour mettre en place la CSU », critique un cadre au ministère de la Santé publique.

Enfin, au départ prévu en janvier 2020, puis renvoyé au premier semestre 2021, « le rendez-vous pourra connaître un petit retard », a dit le Minsanté. Or, « Tout est presque prêt. Nous attendons seulement l’aboutissement de la loi », a assuré Manaouda Malachie. Lequel indique que le projet de loi a été élaboré et ne reste plus qu’à transmettre au Parlement (au mois de mars). Quoi qu’il en soit, au regard de ce que les ménages camerounais continuent de ployer sous le poids des coûts astronomiques des dépenses de santé, il demeure donc primordial d’implémenter la CSU. Et pour cette année 2021, « Nous allons rentrer de plain-pied dans l’implémentation de la CSU. Je ne doute pas un seul instant que Sucam est à la hauteur. Nous veillerons à ce que les choses se passent très bien », a rassuré Manaouda Malachie.

Dr Laure Menguene Mviena, le chantre de la santé mentale

Sa voix compte désormais dans le secteur de la santé au Cameroun. Précisément, dans le sous-domaine de la santé mentale dont elle est le chantre. 2020 l’a d’ailleurs sacré vedette de la santé mentale. C’est que, dans la prise en charge psychologique au Cameroun, le Dr Laure Menguene Mviena est incontournable. Affectueusement appelée « Le Dr des fous », cette psychiatre à la réputation et compétence établies a le mérite d’avoir fait de la santé mentale un sujet capital, son credo et de vanter l’importance de distiller l’amour, tributaire du bien-être. Elle l’a une fois de plus démontré au cours de l’année écoulée, avec la survenue de la crise sanitaire mondiale de Covid-19 qui a placé la santé mentale au centre du bien-être et fait d’elle un acteur de poids de la santé de manière générale. Celle qui se distingue par une ardeur au travail, l’efficacité, la disponibilité et l’humilité a été en première ligne de la prise en charge psychologique des personnes affectées par le Covid-19 et a fortement travaillé pour une mise en place du Call Center dédié à l’assistance psychologique nationale inaugurée en octobre 2020.

On l’a récemment vu à la tête d’une équipe de psychiatres et psychologues au chevet des victimes du drame de Kumba dans le Sud-Ouest Cameroun. Toujours au cœur de tous les évènements tristes qui ont frappé le Cameroun (Eseka, Bertoua, Kumba, Nord-Ouest, Sud-Ouest, Ngouache), cette diplômée de l’ex CUSS et de l’Université Cheikh Anta Diop pour sa spécialisation a permis de mettre la lumière sur ce parent pauvre de la santé au Cameroun. Elle ne cesse de marteler que « Sans investissement en santé mentale, il ne saurait y avoir développement ». Responsable de l’unité de prise en charge psychologique des patients au Cousp, le Dr Laure Menguene, adulée par ses collaborateurs, est par ailleurs Lauréate du prix de l’excellence du leadership en Santé au Cameroun.

Mgr Kleda, la surprise du Covid-19

Son visage fait désormais figure d’autorité dans la lutte contre cette pandémie au Cameroun. C’est que, depuis mars 2020, Mgr Samuel Kleda propose des soins de phytothérapie contre le coronavirus aux populations. L’archevêque qui pratique la phytothérapie depuis une trentaine d’années propose ni plus ni moins un remède (dont il vante l’efficacité) à base de plantes médicinales, pour soigner le coronavirus. Le 10 septembre, il a annoncé que 9071 patients ont bénéficié de son protocole aussi bien au Cameroun qu’à l’étranger. D’abord controversé au début de la pandémie par la classe médicale, il a fini par être plébiscité par les camerounais. C’est ainsi qu’il a été reçu le 25 juin par les députés au cours d’une séance plénière spéciale sur la médecine traditionnelle et son apport dans la lutte contre le coronavirus. Un mois avant (le 25 mai) il avait aussi été reçu par le premier ministre Joseph Dion Ngute qui lui avait exprimé le soutien du président de la République du Cameroun, Paul Biya. L’entretien, qui avait eu lieu à huis clos à Yaoundé avait porté entre autres sujets, sur les modalités d’accompagnement de l’action de Mgr Samuel Kleda contre le Covid-19.

Clin d’œil à la médecine traditionnelle

« […] J’encourage également tous les efforts visant à mettre au point un traitement endogène du Covid-19». A travers cet extrait du discours à la nation le 19 mai 2020, le président de la République appelait à une synergie des efforts visant à associer les initiatives locales à la lutte contre la pandémie du Covid-19. C’est ainsi qu’une concertation interministérielle avec les promoteurs de la pharmacopée traditionnelle s’est tenue à l’Institut de recherches médicales et d’études des plantes médicinales. Il était question de procéder à un examen minutieux des solutions thérapeutiques initiées sur la base des plantes médicinales, afin d’en exploiter les plus pertinentes pour le protocole de soins à proposer aux malades de Covid-19. A l’issue des travaux, une méthodologie a été élaborée pour être soumise au Premier ministre, chef du gouvernement, en vue d’apporter un encadrement institutionnel à ces acteurs de la pharmacopée traditionnelle. Pour Mgr Kleda, « il était temps que notre gouvernement puisse prendre connaissance des travaux significatifs des chercheurs, tradipraticiens et autres de la médecine alternative et, surtout, mettre en avant les produits qui découlent de nos recherches».

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