Riposte au Coronavirus. L’état d’urgence déclaré au Cameroun

Interdiction des rassemblements de plus de 50 personnes, fermeture des débits de boissons à partir de 18h sont entre autres 13 mesures du Président de la république présentées par le Premier ministre.

A compter de ce mercredi 18 mars 2020, les frontières terrestres, aériennes et maritimes du Cameroun seront fermées. Telle est la mesure phare des 13 contre le Coronavirus prescrites par le chef président de la République Paul Biya et présentées par le Premier ministre Joseph Dion Ngute, hier 17 mars. C’était à l’issue de la concertation interministérielle qui a eu lieu à Yaoundé, contre cette pandémie. « Il s’agit des mesures certes difficiles mais nécessaires pour garantir la protection de tous et de chacun, et de limiter la propagation de cette pandémie », indique le chef du gouvernement.

Ce sont entre autres, la suspension de tous les vols passagers en direction de l’étranger à l’exception des vols cargos et des navires transportant les produits de consommation ainsi que les bien et matériels essentiels ; la fermeture de tous les établissements publics et privés de formation relevant des différents ordres d’enseignement y compris les centres de formation professionnelle et les grandes écoles.

A noter aussi que les rassemblements de plus de 50 personnes sont interdits sur toute l’étendue du territoire national, les compétitions universitaires et scolaires sont reportées (Jeux Fenasco et jeux universitaires) ; les débits de boissons, restaurants et lieux de loisirs seront systématiquement fermées à partir de 18h, sous le contrôle des autorités administratives et les déplacements urbains et interurbains ne devront s’effectuer qu’en cas d’extrême nécessité. « Le gouvernement invite la population à ne pas céder à la panique mais à faire preuve de discipline, de solidarité, et de sens de responsabilité au moment où le monde entier traverse des moments difficiles », poursuit le Premier ministre.

Pressions

Au pays, une salve d’applaudissements et de satisfaction a accompagné l’annonce de ces mesures. Cependant, de l’avis de nombreux experts interrogés, le gouvernement a réagi sous le coup de la pression de l’opinion nationale. « Il faut mettre ces mesures à l’actif du public. Il a été très alerte et a mis la pression au gouvernement », analyse une source médicale. En effet, « Il y a eu une forte demande du public pour que le leadership du Cameroun s’affirme dans cette lutte », poursuit celle-ci.

C’est que, le sursaut d’orgueil du Cameroun intervient après la confirmation de 10 personnes testées positives au Covid-19 en terres camerounaises. Ce qui fait dire à un médecin que : « C’est trop peu, c’est trop tard. Le Cameroun a réagi par suivisme. Le ministre de la Santé publique s’est retrouvé en première ligne, à compter les cas, alors que ce n’était pas de son ressort. Il intervient juste dans le volet médical. La police n’a pas par exemple été mis à contribution parce que ce n’est pas au ministère d’aller dans les quartiers récupérer les cas suspects ».

Plus grave, « On a vu tout un PAN (Président de l’assemblée nationale : Ndlr) se pavaner à l’Assemblée nationale avec le risque de contaminer tout le monde », s’indigne un autre médecin par ailleurs spécialiste de santé publique. Donc, « Il y a un double langage qu’il faut condamner », regrette ce dernier. Aussi, à en croire l’expert, il est à déplorer le peu de sérieux dont ont fait preuve les camerounais et les autorités sanitaires dans la prise en compte de la menace. « La coutume a toujours été de minimiser le problème, de le nier. C’est ce qui s’est passé notamment avec le choléra. C’est une bien dommage habitude camerounaise», explique-t-il.

Laxisme

Et celui-ci de marteler : « C’est trop tard. Surtout que les autres pays ont pris des mesures avec zéro ou un seul cas. Un seul tweet n’est pas une une parole officielle dans un pays. On a vu des chefs d’Etats monter au créneau ; annoncer des mesures. Mais pour nous, la menace n’était pas assez sérieuse». Le Dr Albert Ze est aussi de cet avis. « Il est quelque peu à déplorer la lenteur enregistrée par le Cameroun dans la pris en compte du coronavirus. Pendant que les meilleurs systèmes de santé à travers le monde faisait face à cette situation en nous laissant l’opportunité de mieux asseoir une politique sanitaire optimale, le pays a brillé par un laxisme qui a failli coûter la vie à tout un peuple », regrette le docteur en économie de la Santé.

Perspectives

En réalité, l’opinion publique réclamait à cor et à cri la prise de ces mesures. A présent qu’elles sont effectives, les experts soutiennent qu’elle doit jouer sa partition. « Il faut qu’elle se discipline. On doit leur dire : nous avons quelque chose de sérieux et avons besoin de vous», explique notre spécialiste de santé publique. A sa suite, le premier ministre invite les populations « à respecter scrupuleusement les mesures d’hygiènes recommandées par l’Organisation mondiale de la santé ».

Les perspectives s’annoncent toutes aussi cruciales dans le volet médical et occupent une place de choix. « Il faut systématiquement tracer le profil des malades afin de définir les zones à risque et les potentiels infectés », précise le Dr Albert Ze. Pour le Dr Etoundi Mballa, « C’est une montée en puissance qui va nécessiter des sacrifices ».

 

Olive Atangana

Journaliste diplômée de l'École supérieure des sciences et techniques de l'information et de communication (Esstic) au Cameroun. Passionnée et spécialisée des questions de santé publique et épidémiologie. Ambassadrice de la lutte contre le paludisme au Cameroun, pour le compte des médias. Etudiante en master professionnel, sur la Communication en Santé et environnement. Membre de plusieurs associations de Santé et Politique, dont la Fédération mondiale des journalistes scientifiques (WFSJ) et le Club des journalistes politiques du Cameroun (Club Po). Très active sur mes comptes Tweeter et Facebook.

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