Lutte contre le Coronavirus. Volée de bois vert contre l’assouplissement des mesures gouvernementales

Pour de nombreux médecins, il faut s’attendre à une explosion du nombre de cas dans les 10 prochains jours.

Images, vidéos et scènes de liesse populaire dans les grandes métropoles du Cameroun jeudi 30 avril 2020. Elles faisaient suite à l’assouplissement des mesures restrictives du gouvernement prise le même jour, dans le cadre de la lutte contre le Coronavirus. Les populations sorties en masse, exprimaient ainsi leur joie face à cette décision.

En effet, dans une déclaration spéciale le 30 avril dernier, le Premier ministre Joseph Dion Nguté a annoncé que le président de la République, Paul Biya, a décidé de lever la mesure réduisant le nombre règlementaire de passagers dans tous les transports en commun par bus et taxis. Autre décision, les débits de boissons, restaurants et lieux de loisirs sont de nouveau autorisés à rester ouverts au-delà de 18 heures.
Courroux et aveu d’échec

C’est d’ailleurs celle-ci qui a suscité l’ire de l’opinion nationale et surtout médicale, parmi ces 19 mesures d’assouplissement gouvernementale. Les critiques acerbes fusent de toute part. « Sur un plan purement médical, c’est une catastrophe vue l’explosion des cas que cela va engendrer », critique un médecin épidémiologiste en service au ministère de la Santé publique (Minsanté). Selon un pharmacien, c’est « une décision plus économique que sanitaire ».

En fait, « sur un point de vue santé publique il faut être réaliste. Les phases 1 et 2 ont pour objectif de freiner l’entrée et la propagation de l’épidémie sur le territoire or nous avons clairement échoué », argue le médecin épidémiologiste. Et ce dernier de s’indigner : « Si la fermeture des frontières tardive est excusable, comment expliquer pourquoi l’on n’a pas fermé les trois villes épicentres de l’épidémie (Yaounde, Douala et Bafousam) ».

Contamination massive

Certains y voient même une « cacophonie dans le système », tandis que d’autres soutiennent que c’est « l’hécatombe que l’OMS avait prédit ». En fait, « Ouvrir les bars, restaurants et autres est un suicide collectif. Le pic sera atteint ces jours et la réouverture va faire croitre les chiffres », prédit un internaute. Car, « Les camerounais pensent que c’est la fin de l’épidémie », regrette un autre médecin de santé public.

Voilà pourquoi ses confrères et lui craignent pour la plupart une contamination massive. « Il faut s’attendre à une explosion de cas dans 10 jours », soutient l’un de ces médecins. Si pour celui qui est par ailleurs spécialiste de santé publique « Le gouvernement n’avait pas le choix », ces mesures « envoient un message négatif : Celui que l’épidémie est finie ». En définitive, « Nous devons nous attendre à un niveau de contamination important », prédit d’ores et déjà Albert Ze.
L’économiste de la santé ne manque pas de s’interroger sur l’opportunité de la réouverture des bars et débits de boissons. Ceci, au moment où « tous les indicateurs démontrent la croissance soutenue du virus dans la population camerounaise et au moment où un bon nombre commençait à prendre conscience de la dangerosité de la situation ».

Assouplissement justifié ?

En réalité, dans la mesure où la pandémie paralyse le fonctionnement de l’Etat qui ne peut apporter les mesures réelles d’accompagnement et que l’économie est asphyxiée, cet assouplissement est justifié. « Vue que nous avons échoué dans les phases 1 et 2, nous rentrons dans la phase 3 dont l’objet n’est plus de freiner la propagation, mais d’atténuer l’impact qui ici, est davantage économique », explique un médecin.
« Je pense que le gouvernement, après avoir évalué la situation s’est dit qu’il est moins onéreux et moins catastrophique d’investir dans les centres spécialisés de prise en charge du Covid-19 que de mettre fin à la vie des camerounais », croit savoir le Dr Ndoudoumou Patrick, directeur de l’hôpital de District de Meyomessala.

Motivation

Selon le chef du gouvernement, cet assouplissement est motivé à la fois par les « résultats encourageants observés dans la mise en œuvre de la stratégie de riposte contre le Covid-19 », et les « conclusions issues de l’étude d’impact socio-économique de cette pandémie sur notre économie ». A en croire Joseph Dion Nguté, cette étude a montré que les mesures prises pour lutter contre le Coronavirus « ont entrainé des distorsions économiques et sociales, dont les effets se font ressentir dans plusieurs secteurs d’activités ».
Le Premier ministre cite parmi les secteurs les plus touchés, le transport, l’hôtellerie-restauration et le commerce d’une manière générale. Quoi qu’il en soit, il faut noter que les autres mesures prises le 17 mars 2020, dans le cadre de la riposte contre la pandémie du Covid-19, sont à nouveau prorogées, pour une durée supplémentaire de 15 jours. Renouvelable en cas de nécessité.

Espoirs de réduction de la propagation

« Les mesures d’assouplissement pourraient d’une part relancer l’économie à terme, réduire la propagation de la pandémie si chacun joue son rôle », soutient Sylvain Nga Onana, président de CAP/Santé. En d’autres termes, la population devrait jouer son rôle en respectant les mesures barrières pour sa propre sécurité. Le gouvernement à son tour, renforcer la sensibilisation sur les mesures de prévention et optimiser le dépistage et la prise en charge des cas mise à disposition du matériel et équipements appropriés auprès des soignants, mise à jour ou augmentation des plateaux techniques des FOSA par le gouvernement.

Bien plus. Il faut l’institutionnalisation des tests massifs dans les communautés, la disponibilité de l’eau coulante dans les villes et villages, l’accentuation de l’éducation des populations. « Si tel n’est pas le cas, il y aura une contamination à large échelle et une augmentation du nombre de mort », prévient le syndicaliste.

Olive Atangana

Journaliste diplômée de l'École supérieure des sciences et techniques de l'information et de communication (Esstic) au Cameroun. Passionnée et spécialisée des questions de santé publique et épidémiologie. Ambassadrice de la lutte contre le paludisme au Cameroun, pour le compte des médias. Etudiante en master professionnel, sur la Communication en Santé et environnement. Membre de plusieurs associations de Santé et Politique, dont la Fédération mondiale des journalistes scientifiques (WFSJ) et le Club des journalistes politiques du Cameroun (Club Po). Très active sur mes comptes Tweeter et Facebook.

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