Le Vice-président du Conseil Scientifique des urgences de santé publique au Minsanté plaide pour une décentralisation rapide et efficace dans la riposte vers les Districts de Santé, une discipline des populations et une répression des autorités face aux comportements délictueux.

La mine du Pr Eugène Sobngwi n’a cessé d’avoir la mine grave le 24 mai dernier sur le plateau de Scènes de presse à la télévision nationale. Ce jour là même où le Cameroun, avec 293 nouveaux cas testés positifs, n’était pas loin de franchir la barre de 5000 personnes infectées au Coronavirus. « La progression de l’épidémie au Cameroun est à nul autre pareille, particulièrement importante », a déclaré ce dernier.

C’est que, le Cameroun enregistre un nombre quotidien sans cesse croissant des nouveaux cas testés positifs, depuis l’annonce de l’assouplissement des mesures restrictives gouvernementales. « Les cas confirmés que nous avons ne sont que la face visible de l’iceberg. En dessous, qu’est-ce qui est caché ? Les cas en communauté qui ne sont pas traités ou qui vont être diagnostiqués tardivement. Nous nous attendons à avoir beaucoup plus de cas sévères, de cas symptomatiques », prévient celui qui est par ailleurs Vice-président du Conseil Scientifique des urgences de Santé publique au Minsanté.

Face aux journalistes de la télévision nationale dimanche dernier, il n’a pas caché son inquiétude. Ce d’autant plus que le pays occupe le premier rang en Afrique Centrale en termes de cas et décès. Bien plus, il est classé parmi les pays où la transmission et la croissance de la courbe sont les plus importantes.

Pression et affluence

« C’est extrêmement grave parce que nous pourrions passer pour un pays qui a donné l’exemple au moment de la préparation de l’épidémie, pour un pays qui pourrait devenir la risée du monde, la risée de l’Afrique », regrette le directeur médical de l’hôpital Central de Yaoundé. En fait, à en croire ce dernier, il y a eu un décalage d’une semaine entre l’assouplissement des mesures et l’explosion des contaminations.

« Aujourd’hui, les hôpitaux vivent une pression extrême en raison de la croissance de nouveaux cas confirmés de Covid-19 », regrette ce dernier. Mais ce n’est pas tout. « Il y’a aussi la pression des formes sévères. Nous avons une affluence des formes sévères, à la fois liée à la croissance du nombre de cas, mais aussi au diagnostic tardif, à la prose en charge tardive, à la sollicitation tardive du système de santé ».

Le gouvernement à l’index

Pour le Pr Sobngwi, si la responsabilité de cette explosion des contaminations est en partie attribuée à l’indiscipline des populations, il faut aussi et surtout y voir l’incohérence du gouvernement dans sa décision du 30 avril dernier, d’assouplir les mesures restrictives. Surtout au moment où la population prenait déjà progressivement conscience de la menace réelle du danger.

Et donc, « On récolte ce qu’on a semé », affirme ce dernier. Ce d’autant plus que « Lorsqu’il y a eu relâchement dans les mesures, la population a interprété cela comme une victoire du Cameroun sur la Covid-19. Cette compréhension comme une victoire sur la maladie est entrain de produise ses effets », regrette le Vice-président du Conseil Scientifique. Et l’un de ces effets est la pression que vivent les hôpitaux sus-évoquée.

Or, « Lorsqu’on ne trouve pas un lit, ce n’est pas de la faute du personnel de santé qui est lui aussi confronté à un afflux massif des patients », regrette le Pr Eugène Sobngwi. En d’autres termes, le gouvernement doit augmenter la capacité en lits (1394 pour l’heure, avec un taux d’occupation de 100% : Ndlr) mais davantage, améliorer le système de santé. « Les crises, ça détruit ou ça fait progresser. Cette crise doit nous faire progresser », soutient-il.

Décentralisation urgente de la riposte vers les DS

Si pour lui, l’indiscipline et l’insouciance des camerounais qui se traduisent par des comportements délictueux qui favorisent la progression de l’épidémie doivent être sanctionnés, il faut surtout impulser le sursaut. Lequel passe aussi par la décentralisation. C’est-à-dire, confier la lutte contre cette pandémie au Cameroun, aux Districts de Santé (DS), plus à même de mieux gérer les cas en communautés. « Dans l’architecture de la riposte, on insiste sur le rôle que le DS aura à jouer. Je fais le plaidoyer pour une décentralisation plus rapide encore pour que le DS fasse rapidement ce qu’il sait faire ». D’ailleurs à titre de rappel, « C’est le DS qui a vaincu la poliomyélite ».

Mais pour que le DS puisse pleinement jouer le rôle qui est le sien afin d’obtenir le résultat similaire qu’avec la poliomyélite, il faut « que l’on capacité le DS avec le transfert des moyens nécessaires pour que le DS puisse absorber à son niveau au moins les formes légères à modérés ». Mais en dépit de ceci, « Il est temps qu’on comprenne que indiscipline d’une personne peut mettre en péril toute une nation », prévient le Vice-président du Conseil Scientifique. A noter que la situation épidémiologique au 25 mai fait état de 5044 cas confirmés, avec 154 nouveaux cas testés positifs et 171 décès.

LEAVE A REPLY

Please enter your comment!
Please enter your name here