Huit mois après la naissance de Merveille I et II, le dossier d’évacuation sanitaire à Lyon, estimé à 67 millions de Fcfa est bloqué au ministère des Finances (Minfi). La famille à bout, en appelle aux âmes de bonnes volontés.

Merveille I et Merveille II ont eu huit mois le 6 juillet 2019. Inconscientes du triste sort qui est le leur, ces bébés siamois de sexe féminin viennent de connaitre leur poussée dentaire. « Merveille II s’amuse même à mordre sa sœur », confie Laurelle Ngali, leur génitrice âgée de 18 ans. La vie semble donc suivre son cours normal pour cette famille démunie internée depuis huit mois au service de chirurgie pédiatrique de l’hôpital gynéco-Obstétrique et Pédiatrique de Yaoundé (HGOPY). Pourtant, leurs jours sont comptés. Si l’opération chirurgicale pour séparer ces fillettes ne fait pas dans l’urgence, ces deux bébés vont malheureusement trépasser. En fait, cette opération devrait se faire à l’âge de deux à quatre mois. D’après des spécialistes, ce temps est nécessaire pour permettre aux jumeaux de se stabiliser, de faire un bilan très précis et aux équipes chirurgicales de se préparer. Mais, voilà huit mois que les siamoises Merveille I et II attendent en vain d’être évacuées. C’est donc la grande impasse.

 Blocage au Minfi

C’est un homme las et désespéré que nous avons joint le 10 juillet 2017. C’est que, les procédures de suivi du dossier d’évacuation des nièces siamoises d’Eric Abe n’en finissent pas. « J’étais encore là-bas (Minfi : Ndlr) la semaine dernière et on m’a dit que seul le ministre des Finances peut décanter la situation », confie ce dernier. En fait, pour que les nouveau-nées internées à HGOPY depuis trois trimestres puissent bénéficier de l’opération chirurgicale devant leur donner une chance de survie, il faut débourser 67 millions de Fcfa. Seulement, au ministère des Finances (Minfi), on dit ne prendre en charge que des dossiers dont le montant est inférieur ou égale à 10 millions de Fcfa. « Je suis déjà à bout tellement ce dossier me donne le tournis à cause de ces procédures et complications. On m’a conseillé de chercher à rencontrer le ministre des Finances (Louis Paul Motazé: Ndlr) en personne. Que seul lui peut m’aider compte tenu du montant. C’est le ministère de la Santé qui a monté ce dossier de 67 millions de Fcfa.  N’avait-il pas conscience de ce détail ? », s’interroge M. Abe. Pour ce dernier donc, « Je suis convaincu qu’il faut quelqu’un d’influent pour que ce dossier aboutisse et vite ».

Impasse et lenteurs

De toute évidence, les officiels camerounais se pressent lentement pour ce dossier. Huit mois après, le projet d’évacuation n’a pas évolué au grand désarroi des deux bouts de chou en détresse. En réalité, cette lenteur gouvernementale compromet gravement les chances de survie déjà faibles, de ces bébés qui ne demandent qu’à vivre malgré l’indigence de leur famille. En effet, la naissance des jumelles siamoises est considérée comme une pathologie rare, mais pas toujours désespérée. Parce que pour ce cas précis, « Le foie étant fusionné partiellement, la séparation est possible », explique le Pr Angwafo III, Fru Fobuzshi, directeur de HGOPY.

Sauf que le plateau technique des hôpitaux camerounais n’étant pas à la hauteur de cette opération hautement complexe car il faut une multitude de spécialistes (chirurgiens pédiatriques, des chirurgiens cardiologues, des chirurgiens vasculaires, des anesthésistes réanimateurs, des plasticiens, des infirmiers de blocs), il avait finalement été retenu en lieu et place d’une prise en charge au niveau locale, la solution d’une évacuation sanitaire à l’étranger. C’était à l’issue des réunions multidisciplinaires avec tous les spécialistes qui se trouvent à Yaoundé et à Douala et des éminents spécialistes des facultés en chirurgie pédiatrique, hépatique, anesthésie réanimation, pédiatrie et néonatalogie et en biologie clinique. A la vérité, le Cameroun ne dispose pas d’un équipement de pointe en matière de réanimation et de suivi post opérateur.

Dernière chance

L’évacuation sanitaire à l’étranger reste donc la seule option salvatrice pour ces enfants.  «Ils ont moins de chance de survie sans opération chirurgicale et plus de chance après l’opération. Elles sont évaluées à 75% mais ça dépend de l’environnement, de l’équipe médicale et du matériel qui doit être sophistiqué», explique un pédiatreLe choix du collège des spécialistes en charge de ces bébés en détresse s’est porté sur l’équipe médicale basé au Centre hospitalier universitaire de Lyon, en France. L’hôpital n’attend plus que la mobilisation financière. D’où l’appel à l’aide lancé par la famille à l’endroit des âmes de bonnes volontés. « J’ai besoin d’aide. Il faut de l’argent pour faire voyager mes enfants et leur donner une chance de survivre et d’avoir une vie normale », lance Laurelle Ngali.

Nées le 6 novembre 2018 dans un Centre de santé à Ayos, les deux fillettes sont reliées au niveau de l’abdomen. C’est mal en point qu’elles ont été transférées à l’hôpital gynéco-obstétrique et pédiatrique de Yaoundé, dans des conditions précairesLa famille bénéficie de l’accompagnement de cette formation sanitaire. Après avoir été abandonnée à son triste sort, l’avant dernière-née d’une fratrie de cinq enfants n’a eu d’autre choix que de se tourner vers son oncle Eric Abe, et sa tante Christelle Mengue.

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