Alors que les pouvoirs publics peinent à y maitriser la propagation de l’épidémie du choléra, cette partie du pays est désormais aux prises avec le pian et la rougeole, deux nouvelles invasions épidémiologiques dangereuses.

Choléra, pian, rougeole ! Le diagnostic est sans appel pour le Grand-Nord du Cameroun. La situation sanitaire de la partie septentrionale du pays est des plus préoccupantes. Particulièrement dans les régions du Nord et de l’Extrême-Nord, le choléra fait des ravages depuis le mois de mai 2018. La liste des personnes tuées par le vibrion cholérique s’alourdit, chaque jour un peu plus. Les dernières statistiques datant du 03 décembre, font état de 57 morts sur le carreau, dont 40 au Nord, 16 à l’Extrême-Nord. Pis, le nombre de cas suspects, frôle désormais le un millier de malades détectés par les équipes du ministère de la Santé publique. Les chiffres qui remontent à la semaine indiquaient précisément 987 cas. Soit 632 dans la région du Nord et 276 à l’Extrême-Nord.

Au ministère de la Santé publique cette propagation de l’épidémie du choléra se justifie. « Du fait qu’on est frontaliers avec les régions du Nigeria où l’épidémie n’est pas confinée et persiste, et du fait que dans nos régions, le Nord surtout, les conditions d’accès à l’eau sont difficiles », explique le Dr Etoundi Mballa, directeur de la lutte contre les Maladies, les Epidémies et Pandémies au Minsanté. D’autres facteurs ont également contribué à cette propagation du choléra. Notamment le mauvais état des routes, l’insécurité dans la zone en épidémie à l’Extrême-Nord, l’absence d’électricité et même les perturbations des réseaux téléphoniques et internet.

La Rougeole en embuscade

Comme si cela ne suffisait pas, depuis le 31 octobre 2018, les populations font également face à une épidémie de rougeole. Elle sévit dans le district de santé de Kousseri. Au total, 66 cas de rougeole ont été identifiés. D’après nos sources, cette maladie aurait déjà fait trois morts. Ce que réfutent les autorités sanitaires. « Pas de morts pour l’instant », précise-t-on au programme élargi de vaccination. Quoi qu’il en soit, cinq aires de santé ont notifié des cas de rougeole. Le cas indices est un garçon de 3 ans non vacciné venant de l’aire de Pagui, quartier Madagascar reçu à l’hôpital régional annexe de Kousseri le 12 novembre 2018. Après ce cas, 4 autres cas ont été prélevés et notifiés entre le 13 et 14 novembre 2018. « Le 27 novembre, le centre Pasteur déclare que le District de Kousseri est en épidémie avec les 5 cas confirmés IGM+. Après cette nouvelle, une équipe constituée de la délégation régionale de la Santé publique de l’Extrême-Nord, de l’ECD de Kousseri et l’OMS se mise sur le terrain en vue de détecter les différents foyers de l’épidémie », peut-on lire dans le rapport dressé à cet effet. Le premier foyer est constaté dans l’aire de santé de Madana, avec 30 cas ; le deuxième, dans l’aire de santé de Hilé haoussa, où on a compté 17 cas. Le troisième foyer se trouve dans l’aire de santé d’Amchediré où on note 05 cas dans le quartier Alaya. Le quatrième foyer se situe dans l’aire de santé de Madagascar avec 05 cas. Le cinquième foyer se trouve dans l’aire de santé de Parpar où 04 cas ont été détectés.

Près de 2000 cas de pian

Depuis le 29 octobre 2018. La région de l’Extrême-Nord est aux prises avec le Pian. Il s’agit d’une maladie qui se transmet par le contact physique d’une personne infectée à l’autre. Elle a fait son apparition dans la localité de Mokolo où une flambée de cas suspects a été notifiée. Les données compilées au 20 novembre faisaient mention de 1 821 cas notifiés dans 23 établissements scolaires (22 écoles primaires et 01 école secondaire), pour une population scolaire exposée de 11079 élèves. Sur le terrain, la situation semble sous-contrôle mais non maitrisée. « Pour le pian, nous avons envoyé les médicaments. La prise en charge est effective. Le traitement, la sensibilisation », rassure le directeur de la lutte contre les Maladies, les Épidémies et les Pandémies au Minsanté. Pour ce dernier, la résurgence permanente de cette maladie va chercher dans les conditions socio-économiques dans lesquelles les populations vivent. La promiscuité dans les localités, la population peu sensibilisée sur la maladie et la non efficacité des campagnes d’éradication sont aussi mis à l’index ici. « Ce qui fait que plus on ne connait pas la maladie, plus il y a des chances de la transmettre à d’autres personnes. Ce n’est pas facile de traiter toute la population dans laquelle il y a un cas suspect de pian parce que généralement pour éradiquer il faut traiter non seulement le sujet suspect mais toutes les personnes qui sont entrées en contact avec elle et ce n’est pas facile de les identifier. Mais elle fait partie du groupe des maladies à surveillance épidémiologiques dans les localités. Si un cas est suspecté il est notifié dans le district pour une prise en charge immédiate », confie le Dr Anne, en service à Mokolo.

 

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